‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 70 sur 344 · OUTRE · texte numérisé non relu

OUTRE

On trouve, au seizième siècle, outrageux avec un nom de pers. :

Il y avoit là auprès un bouvier nommé Sapés, mauvais homme, ouUrarjeux et présomptueux. (Amyot, Daphnis et Chloé, iv.) — Les peuples francs sont plus violents et plus ouUrageux envers leurs bons citoyens.. (Id., Vies, Phocion.)

De même au dix-septième siècle :

En matière de procès tout homme peut aisément être obligé de commencer. Le plus injuste, le plus outrageux se donnera presque cet avantage. (Patru, Plaid. ,i.) —Un ennemi insolent et ouiracjeux. (Boss.. 3^ serm. pour le pretn. dhn. de /'Jî;.,iii.)

Il se rencontre plus fréquemment au dix-septième siècle avec un nom de chose, comme l'a employé Corneille :

Que pouvoit-il arriver de plus ouirarjeux à la maison de Rohan, à la mémoire des héros qu'elle a portés, qu'une cause si scandaleuse? (Patru, Plaid., n.) — Vous voyez un triste exemple, qui peut tout seul vous remettre devant les yeux ces violences ouirageuses qui excitèrent autrefois tant de plaintes toutes publiques. (Id., ibid., V.) — Effacez par votre arrêt toute la honte, tout le scandale d'un emprisonnement si outrageux. d'une condamnation si infamante. (Id., ibid.) — Souffrir un mépris si outrageux. (là., ibid., xiv.) — Je ne doute point que vous n'ayez tous regardé la seule proposition d'une entreprise si outrageuse à la dignité épiscopale comme une insulte signalée qu'on faisoit à l'Eglise de Paris. (Retz, Mém., V, 1655.)— Il lui dit mille choses outrugeuses- (Fléch., Hist. de Ximen., u.) — C'était une charitable correction, et non une insulte outrageuse que vous aviez à lui faire. (Boss., Serm. pour le mardi de la trois, sem. de car., ii.) — Pour abattre ceux qui lui résistent, le monde est armé de traits piquants, je veux dire de railleries, tantôt fines, tantôt grossières; les unes plus accablantes par leur insolence outrageuse, les autres plus insinuantes par leur apparente douceur. (Id., Trois, serm. pour la Peut., i.) — La fortune, pour être également outrageuse, ne se rend pas moins féconde en événements fâcheux. (Id., Serm. pour le jour dis Morts, 11.) — La plume outrageuse de Luther. (Id., Hist. des variai., ii.) — On étoil scandalisé, même parmi ses disciples, du mépns outrageux avec lequel il (Luther) traitoit tout ce que l'univers avoit de plus grand. ;Id., ibid.) — Chacun sait combien de fois Calvin a passé par-dessus leurs décisions,., et la manière outrageuse dont il a cru pouvoir éluder leur témoignage unanime. (Id., ibid., ix.) — Tout ce qu'il y a d'injuste et à'outrageux dans leurs écrits. iFÉ.N'., Lett., à l'abbé Brisac, 28 avril 1698) — Donner au public une scène si outrageuse à sa majesté, c'est une hardiesse et une ingratitude sans exemple. (Id., Examen de iécrii intitulé : Réponse au cardinal de Nouilles, etc.)

Voltaire, qui constatait la désuétude où était tombé de son temps le mot outrageux, l'a lui-même très-heureusement employé :

11 faut savoir douter, secouer la poussière du collège, et ne jamais s'exprimer avec une insolence outrageuse. [Dici. philos., art. Babel, § i.)

Ce mot indispensable a depuis été repris universellement. OUTRE. OUTUE QUE, ajouté que :

Il n'est que curieux, Et ne montreroit pas si grande impatience,

OUTHECUIDE. 40<

S'il me considéroil avec indifférence.

Outre (/u'un tel secret peut souffrir un ami. (Suite du Mini., iv. 3.)

— IN PEU PLUS OUTRE, quelquc temps encore, nlteri'is, pur l'assiinilatioii si fréquente du temps à la distance :

Tigre altéré de sang, Décie impitoyable.

Ce dieu t'a trop longtemps abandonné les siens ;

De ton heureux destin vois la suite effroyable :

Le Scythe va venger la Perse et les chrétiens.

Encor un peu plus outre, et ton heure est venue. [Pol., iv, 2.)

— OUTRE, employé adv. plus outre, fig., comme /ilan loin :

Tu dois aller plus outre, et m'imputer encor

L'attentat sur mon flls comme sur Rosidor. iClii., v, 4.)

J'irai plui outre, et dirai que tous presque ont souhaité que ces entretiens se ûssent. (Exam. du Cid.)

Cette locution , très-usitée au seizième et au dix-septième siècle, se rencontre jusqu'au dix-huitième :

Or la foi doit bien passer plus oultre. (Calvin, Instit. cjirét., i, 16.) — Je ne veulx point passer plus oultre d'un pas, sans estre accompaigné d'aucuns de mes plus confidens amis et serviteurs. (Leit. miss, de HenriIV,3 juin 1581, 1. 1, p. 374.) — Je vous prie, mon cousin, que cela cesse et ne passe plus oultre. [Ibid., 4 août 1583, t. i, p. 568.) — Je passe bien plus outre, et dy... (Fauchet, De l'Origine de la langue et poésie françaises, i, 8.) — Avant que de passer plus oultre, je feray une saillie, non peut-estre mal à propos. (E. Pasq., Rech., xiv, 26.) — L'amour que le prevost luy portoit lui avoit tant esblouy les yelix, qu'il ne voyoit point plus outre. (Lariv., Facét. JSuicts de Sirap., i, 2.1 — .Mais luy qui esloit fort advisé, voyant qu'il se présentoit occasion de passer encor plus outre... (D'Urfé, l'Astrée, i, 7.) — Encore un peu plus outre, et le radotage sera consommé. (D'Ar- GENSON, Mém.., bibl. elzév., t. ii,p. 136.)

— PLUS OUTRE, avec une négat., pas davantage, plus :

Soit une vérité, soit une illusion

Que ton esprit adroit emploie à ta défense,

Le mien de tes discours plus outre ne s'offense. [La Veuve, n, 3.)

OUTRECUIDE, téméraire , présomptueux, qui entreprend au delà de ce qu'il est et de ce qu'il peut; de la préposition outre, et du vieux verbe cuider, croire :

L'aveugle ouirecuidé

Se croiroit mal guidé

Par l'aveugle fortune. [La Veuve, m, 8.)

Ce synonyme vieilli à' outrecuidant pourrait fort bien, croyonsnous, s'employer encore, à l'imitation des exemples suivants :

Sont icy venus, ne sçavons quels oultrecuidez, fiers comme Escossois. (Rabel., 1. V, c. 19.) — Ta langue te portera dommage, glorieux outrecuidé que tu es.

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