‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du 17e siecle en généralChapitre 95 sur 344 · DES JOURS · texte numérisé non relu

DES JOURS

De ce qui m'est permis je sais mieux la mesure,

Seigneur, et j'ai pour vous une flamme trop pure,

Pour vouloir, en faveur d'un zèle ambitieux,

Meure au moindre péril des jours si précieux . {Tile et Bér., v, 4.)

— Al PÉRIL DE, suivi d'un infinitif, au risque de :

11 m'en a fait un don, et fort de tant de voix,

.4« péril de tout perdre, il met tout à mon choix. [Androm., v, -2.)

Au péril de se trouve, également dans le même sens, suivi d'un substantif :

J'aime mon maître assez pour m'exposer sans peine. Jusqu'à l'oser servir, au péril de sa haine. (Ql'in., Astrale, v, 3.

Les anciens, disent ces gens-là, ne sont pas trop méthodiques; donc il ne faut pas l'être ; mais je me hazarde à soutenir qu'il faut l'être, au péril de la conséquence qu'on en peut tirer contre certains anciens. (La Motte, Disc, sur le diff. mér. des ouvr. d'esprit.)

— AUX PÉRILS DE, comiiie au péril de :

J'ai conquis votre cœur aux périls de ma vie. (Penh., i, 4.)

PERIODE. — PERIR. iW

— A SES l'ÉKiLS, AUX péhils DE, comme on dit, à ses risques et l)érib, aux risques et périls de :

Contente « les périls ion curieux désir. (Mél., v, 1.)

Chacun o ses périls peut suivre sa fortune. [Penh., m, 2.)

Et doutant s'ils voudront se faire à l'esclavage,

Alix périls de Sylla vous tàtez leur courage. [Sert., m, 1.)

La forme de Corneille est incomparablement meilleure pour la concision et la rapidité.

On a dit comme le grand poète, et probablement à son imitation :

Laissant à ses périls l'oisif physicien

Se fatiguer l'esprit d'un frivole entretien.

Libre d'un tel souci, le laboureur plus sage

Du fleuve répandu goftte en paix l'avantage. (SÉNECÉ,Sa/»-e«, LeNouvell.)

Seulement en ce point politique savant,

Qu'il réduit ses amis à se paître de vent,

Et nourrissant d'espoir leur attente trompée,

Maintient à leurs périls sa grandeur usurpée. (Id., ibid.)

PÉRIODE, subst. masc, point le plus élevé, apogée :

Puisque les sciences et les arts ne sont jamais à leur période, il m'est permis de croire qu'ils n'ont pas tout su. (Mél., préf.)

PERIR, en parlant du sang :

Je conserve ce sang qu'elle veut \oh- périr. [Cimia, m, 1-)

« Périr un sang est un barbarisme, » au jugement de Voltaire. C'est au moins une manière de parler très-singulière.

— PÉRIR, avec un nom de chose, être périssable :

J'ai de l'ambition, mais plus noble et plus belle,

Cette gi'andeur péril, j'en veux une immortelle. [PoL, iv, y.)

— PÉRIR, conjugué avec être, en parlant d'un être animé :

Et ce cheval ailé jûi péri mille fois

Avant que de voler sous un indigne poids. {.indrom., m, 4.)

Pnr Deu ! gardez-la moi, qu'ele ne soii périe.

(J. BoDEL, La Chans. des Sax., 7' éd.)

Ei furent tous ceulx qui estoient dedens noiez et péris. (J. d'Arras, Mélus., éd. Brunet, p. 130.) — Chascun plaignoit la noble chevalerie, qui estoit comme la fleur de France, (\mperie y esioii. (le Liv. des Juicis du maresc. de Boucicaui, i/21.)

Trestout le bestail est penj

Cest yver par la grant froidure. [Lu Farce de maislre Vutlielin, se. ii.)

134 PERSECUTANT — PESER.

Quarente-neuf /«rcHi periz.

Et rendirent leurs esperitz Par glayve, et au lict vaincus. (K. de Collerye, Dtazoïi des Dames.)

Et par lequel tant d'autres sont péris-

(F. Sagon, Le Coup d'Essay, Resp. ;ï l'Epistre de C. Mar.)

Tous ceux-là sont péris par des pestes cachées. (D'Aubigné, Trag., vi.|

Quantité de personnes de divers aages, qualitez et sexe, ont estez péris en ces déluges et furieuses tempestes des vents. (Estrauyes accidens arrivez sur la Loire, MDCxxxiii. Variétés hisi. et titt., t. vi, bibl. elzev. ) — Pensez aussi combien de grands personnages sont péris par la veiie et par les yeux, auxquels eust mieux valu estre du tout aveugle. (Bouchet, Serées. xix.) — Beaucoup plus de gens sont péris d'estre trop saouls que de faim. (Id., ibid., xxx. ) — Le roi ne m'attendoit presque plus, croyant que tout était péri, à cause du grand feu que l'on avoit fait toute la nuit. [ilém. de Poutis, 1. vu, 1628.) — Ne considérons plus son âme comme périe et réduite au néant, mais comme vivifiée et unie au souverain vivant. (Pasc., Lett., à M"" Périer, 17 oct. 1651.)

PERSECUTANT, adj., employé avec ^n nom de chose, dans le sens de cruel :

Un si grand exemple à souffrir me convie

Tout ce qu'a le malheur de plus persécutant. {[mit., m, 18.)

— PERSÉCUTANT, employé substantivement et opposé à persécuté :

C'est donc un grand avantage pour exciter la commisération que la proximité du sang, et les liaisons d'amour ou d'amitié entre le persécutant et le persécuté, le poursuivant et le poursuivi, celui qui fait souffrir et celui qui souffre. [Deux. Disc.) — D'où vient que tant de partisans de Rome, d'ennemis de Rome, ont été si sanguinaires, si barbares, si malheureux, persécutants et persécutés? (Voltaire.)

Cette phrase est citée par le soi-disant Dictionnaire national de M. Bescherelle, qui, par une de ces confusions étourdies ou ignorantes dont il est si coutumier, donne cet emploi de perséattant comme exemple de ce mot pris adjectivement.

PERSÉCUTÉ, substantiv. :

Nos rois lassés du joug, et vos persécutés,

Avec tant de chaleur l'ont joint de tous côtés. [Sert., v, 1.)

Nous n'indiquons cet emploi que pour mémoire; les exemples analogues sont nombreux.

PESER, v. n. CE que pesait sox bras, (juelle en était la force, la valeur :

Tu l'as vu tant de fois au milieu des combats

Montrer à tes pareils ce que pesait son bras. {Pertli., m, 4.)

PESTK. — l'KU. 135

On a dil dans le comuiue :

Si je le vois jamais regarder cette porte,

M'i'nlends-tu? tu sauras ce que pèse ma main. La Font., L'Eunuq., v,5.)

Je vous ferai sentir ce que pèsent mes coups. (Couns., Le Meic. gai., i, 3.)

PESTE, avec le pluriel, vomir toutes leurs pestes, vomir tous leurs poisons, tous leurs venins :

Vois combien de serpents à mon commandement

D'Afrique jusqu'ici n'ont tardé qu'un moment,

Et contraints d'obéir à mes clameurs funestes,

Oui, sur ce don fatal, vomi toutes leurs pestes. [Méd., iv, 2.)

— Fig., PESTES DE COUR :

Un roi qui de ses mains ; A ces pestes de cour lâche

PEU. vs PEU, iron., pour dire trop, très

Vous pourriez un peu loin pousser ma patie Seigneur...

— UN PEU BIEN, devant un adjectif ou un adverbe, assez, très, trop :

SABINE. Qu'il ne se hâte point, on l'aime, assurément.

CUTON. Mais on le lui témoigne un peu 6/en rudement. [Le Ment., iv,7.)

Ah ! tu me fais l'amour un peu bien rudement. [Suite du Ment., ii, 6.) Mais si vous m'imposez la pleine servitude,

J'y trouverai, comme elle, un joug un peu bien rude. {Oih., ai, 3.)

C'est en votre faveur être un peu bien crédule. [Œd., i, 2.)

Je n'abuserai point d'un surprenant respect. Qui semble un peu bien prompt pour n'être point suspect.

[Tue et lier., v, 5.)

— UN PEU BIEN DU, suivï d'un subst., pour beaucoup trop de :

C'est pour un grand monarque un peu bien du scrupule. [Œd., i, 2.) Vous montrez cependant un peu bien du mépris. {Pomp., ii, 3.)

Un roi qui de ses mains a reçu la couronne

A ces pestes de cour lâchement l'abandonne. [Pomp., ii, 2.)

Vous pourriez un peu loin pousser ma patience.

Seigneur... [Pulcli., i, 1.)

Un peu bien du mépris » n'est pas français, dit Voltaire.

Cette locution ne se rencontre guère, mais un peu bien, devant un adjectif ou un adverbe, se trouve assez fréquemment :

Cet hymen qui du roi vous soumet les États

Me semble un peu bien prompt pour ne vous gêner pas.

{T. Corn., Pers. et Uémétr., m, 5.) Un conseiller et un receveur sont des amants un peu bien minces pour une grande comtesse comme vous. (Mol., La Comtesse d'Escarbagnas, se. xi.) La déclaration est tout à fait galante; Mais elle est, à vrai dire, un peu bien surprenante. (Id., Le Tart.,in,3.)

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