‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 121 sur 389 · CHEZ. — CHOIX · texte numérisé non relu

CHEZ. — CHOIX

La locution toute faite est : Prendre l'occasion aux cheveux, par les cheveux.

CHEZ, auprès de. chez la postérité :

Et vous serez fameux che% la poitériié

Moins pour ravoir conquis que pour l'avoir quitté (rempire). [Cin,, n, 1.)

— CHEZ , dans Fesprit de :

n le verra sans peine, et cette dureté

Passera chez SyHa pour magnanimité. {SerL, m, 2.)

CHOIR, employé fréquemment pour tomber j au propre et au figuré :

Un grand destin commence, un grand destin s'achève,

L'empire est prêt èichoir, et la France s'élève. {Attila, i, 2.)

L'infâme couteaa QuiJaU choir les méchants sous la main d'un bourreau. {Uor., v,3.) Je l'pstime beaucoup, mais en vain il soupire, Quand même sur ma tôle il feroii choir l'empire, Vous me verriez répondre à cette illustre ardeur Avec la même estime et la même froideur. [Théod., ti, 4.)

Respect de ma maîtresse, incommode vertu, Tyran de ma vaillance, à quoi me réduis-tu? Que n'ai-je eu cent rivaux en la place d'un père, Sur qui, sans t'offenser, taitser choir ma colère? (LUbu. eom., ui, 4.) Comme à Lyon le peuple aime fort les laquais, Et leur donne souvent de dangereux paquets. Deux coquins me trouvant tantôt en sentinelle

Om laissé choir sur moi leur haine naturelle. {Suite du Mem„ iv, 7.) Que l'amour aime peu ces folles confiances, Et que pour affermir son empire en tous lieux, l\ laisse choir souvent de cruelles vengeances Sur qui promet son cœur sans l'aveu de ses yeux ! {Agée., h 3*)

— LAISSER CHOIR, dans le sens de laisser s*a£faiblir, s'éva^ uouir :

Vous laissez choir ainsi ce glorieux courage. [Le Cid, ii, t.)

CHOISIR DE, choisir parmi :

S'il faut grâce pour moi, choisissez de mes crimes;

Les voilà tous, madame. {Nieom., iv, 2.)

CHOIX. SE TROMPER AU CHOIX, sc tromper en choisissant, en

parlant d'avis, de conseils :

Mais c'est une imprudence assez commune aux rois,

D'écouter trop d'avis et se tromper au choix. {Pomp,, iv, 1.)

— EUT MIS EN MON CHOIX, cût laissé à mon choix :

Si le ciel en mon choix eût mis mon hyménée,

A vos seules vertus je me serois donnée. {PoL, ii, 2J

CHOQUER. — CIARTE. 131

— CHOIX, objet du choix :

Yons èles le choix de ce grand génie, qui n'a fait que des miracles. {Disc, de récepL 4 VÀcad.)

CHOQUER , attaquer de près et vivement, choquer la fortune :

L'âme doit se roidir plus elle est menacée,

Et contre la fortune aller tête baissée,

La choquer hardiment, et, sans craindre la mort,

Se présenter de front à son plus rude effort. {Méd.t i, ô.)

CHUTE, suivi de dans, avec un régime :

La chute d'un méchant dans le malheur a de quoi nous plaire par l'aversion que nous prenons pour lui. [Deux, Disc.)

Et te laissera faire une chute effroyable

Doiu les pièges du monde Qt lesfileu du diable. {Imit.^ i, 24.)

On comprend difficilement qu'un emploi si heureux n*ait pas été seulement indiqué par les dictionnaires. Le goût autoriserait certes encore aujourd'hui à dire avec Corneille : La chute d'un méchant dans le malheur, faire une chute effroyable dans les pièges du monde. On pourrait dire aussi bien avec d'excellents écrivains :

La chute de TertuUien dans le montanisme est une des plus étonnantes dont on nous ait conservé la mémoire. (Ddgubt, Con/ér, eccL, vi« dissert., § 3 ) — H n'y a que l'Écriture sainte qui nous donne une notion claire et certaine de l'homme, en nous découvrant les avantages de sa première origine, sa chute dans le péché et les suites funestes de cette chute. (Roll., Traité des études, vu, 1.)

Et en parlant d'une chose matérielle :

Nous y venons souvent, à la chute du soleil dans la Méditerranée. (Lamart., iVoiiV. Coft/Sd., 10*lett.]

CLAIR. TIRER LA VÉRITÉ PLUS CLAIRE, comme OU dit, tirer une affaire à clair :

Quelque secret mystère est caché là- dessous.

Allons, pour en tirer ta vérité plus claire^

Seules dedans ma chambre examiner l'affaire. (La Gai, du Pal., m, 8.)

CLARTÉ, fig., avec le plur., lumières de Tesprit :

Je ne veux plus d'époux, mais il m'en faut une ombre,

Qui des Césars pour moi puisse grossir le nombre,

Un mari, qui, content d'être au-dessus des rois,

Me donne ses clartés ei dispense mes lois. {Puleh,, v, 3.)

Vous avez des clartés que mon insuffisance.... {Sert., ii, 3.)

Sens usuel chez les grands écrivains du dix-septième siècle.

422 CLAUSION. — CŒUR.

— CLARTÉ, fig. et avec le plur., lumières, éclaircissements :

Quoi qa'il en soit, madame, allez trouver PhÀrbâs.

Tirez-en, s'il se peut, les clariét qu'on n*a pas. {CEJ., iv, 4.)

CLAUSION DE COMPTE, règlement de com'<)te :

A ce que pour sa décharge il soit procédé à l'examen dudit compte et clausion d'icelui. (Compus de la paroine Si-Sauv.)

CLORE, fig. :

.... Oui, seigneur, celte heure fortunée

Par mes derniers soupirs chra ma destinée. [Nicom,, iv, 3.)

Suivant Voltaire, « clorez clos, n*est absolument point d'usage dans le style tragique. » Pourquoi? Ce mot n* est-il pas clair, imagé, harmonieux? Que faut-il de plus pour la dignit/; tragique? Clore, clora y et même clos^ se trouvent employés dans les vers les plus relevés, les plus soignés et les plus agréables :

Avant le temps tes tempes fleuriront,

De peu de jours ta fin sera bornée,

Avant le soir se clàira ta journée.

Trahis d'espoir tes pensers périront. (Ronsard.)

Hélas! ma fille, hélas 1 qui me clorra les yeux, Mais que mon pasle esprit soit monté dans les cieux?

(Kac AU, Le* Berg.t ai, 2.)

Mais quct dans cet exemple, signifie quand, CLOSAGE, enclos :

Qui, seul et désarmé, cherche dedans ces buis

Un bœuf piqué du taon, qui, brisant nos dosages.

Hier, sur le chaud du jour, s'enfuit des pâturages. [Clil.f ii, 7, P* éd.)

Closage, avant le dix-septième siècle, était employé pour signifier non -seulement enclos, mais encore champs voisins d'une ville, champs qui entourent, enclosent une ville. Le vieux français avait aussi la forme clautsage,

CŒUR. ÊTRE LE COEUR DE QUELQU'UN, être Tobjet de toute son affection :

H fui ainsi que vous le cœur d'un roi Louis. (Réméré, au card, Mazar.)

— PERDRE LE COEUR DE, suivi d'uu infinitif, perdre le courage, la hardiesse de :

Les Mores ont appris par force à vous connottre,

Et, tant de fois vaincus, ils ont perdu le cœur

De se plus hasarder contre un si grand vainqueur. [Le Cid, ii,6.)

COI. — COLERE. Ii3

On trouve d'une manière analogue, avoir te cœur <fc, pour avoir le courage de :

J'auToit le cmeur de te deffaire,

S'il n'y avoU excasatioa. [Farce du itouv. wuaié qui ne penlijomrmr à Cappoinciemem.)

COIf tranquille, de pied coi, comme on dit de pied ferme :

AUends là de pied eoi que je t*eii avertisse.

(La Place Aoy., iv. i, J** édit. jusqa'à 1654 inelas.;.

La locution de pied coij ou simplement pied cot, était d'un

usage très-fréquent autrefois, et se trouve employée jusqu'à

l'époque de Corneille, en prose comme en poésie :

Quand lis virent de prés la profondeur de leur bataille si bien serrée, et où les hommes estoient plantés si fermes et depiedcoy, ils reculèrent arriére. (Ahtot, Viet, Grassns. ) — S: les ennemis vous courent sus, attendez-les de pied coif : s'ils attendent <fe pied coy courez leur sus. (Montaicjcb, £««., i, 47.]— A la bataille de Pharsale entre autres reproches qu'on donne àPompeîus, c'est d'avoir arresté son armée pied coy attendant i'ennemy. (M., lbid.)—li attendit de pied eoy l'empereur. (E. Pasq. , tell., I, 2.) — Et M. de Guise , sorti de sa chambre pour se trouver au conseil, fut attendu de pied coy sur la terrasse du cbasteau par un gentilhomme auvergnat. ( Id., Ibid,^ xiii, 5.) — De faire une armée plds nombreose que la nostre de six mille hommes, et qui attendoit de pied eoy dans de bons retranchements qu'il nous falloit forcer. (Nauoé, Le Mascurat, in-4*, p. 419.)

COLÈRE, indignation, vengeance :

Sans emprunter ta main pour servir ma colère^

Je saurai bien venger mon pays et mon père. (Le CtJ, m, 4.)

« Le mot de colère^ dit Voltaire , ne paraît pettt-étre pas assez juste. On ne sent point de colère pour la mort d"un père mis au nombre des proscrits il y a trente ans. Le mot de ressentiment serait phis propre; mais, en poésie, colère peut signifier indignation, ressentiment, souvenir des injures, désir de vengeance. »

— COLÈRE, avec le plur. :

Pressé de toutes parts des cotèreê célestes... {Pompée, i, 1 )

Voltaire blâme encore légèrement cet emploi. « Colère j substantif, dit-il, n'admet point de pluriel. ï^

— Corneille se sert plusieurs autres fois de ce pluriel :

Puissent briser mon chef les traits les plus sévères

Que lancent des grands dieux les plus âpres colères;

Qu'ils s'unissent ensemble afin de me punir,

Si je ne perds la vie avant ton souvenir. [iiéd,, m, 3.)

Les nymphes de la mer ne lui sont pas si chères,

Qu'il veuille s'abaisser à suivre leurs colères. [Androm.^ i, 1.)

Ma fille, si tu sais les nouvelles funestes

De ce dernier effort des coltres célestes. (Ibid,, ii, 4. )

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