XL INTRODUCTION
CoraeiUe dit d'une manière analogue, an figuré : c . . . SoQTenez-Toas que ces mots insensés L'avameeromt ehe% moi plus que toos ne pensez. » (Mil., ii, 3. ;
Emporter^ entraîner^ s'accompagnaient aussi de diverses prépositions qui en modifiaient le sens d'une manière très-heureuse et très-yariéc :
« Hais ions deax ê'emparunu à pins d'iirévérenee. (P. Coui., Po/., m. 2.) c S* emporter à nn tel reproche. > (Boss.) — • S'rwporier à des imprécations. > (M** DE ViLLED.)—€ Laisser emporter son esprit oax impressions de la surprise.» (Vacvkk./
€ Le soutenir des siens, l'orgneil de sa naissance, Vemporu à tons momenu à hraver ma puissance. « (P. Comm., BéraeL, i, 1.) c S'emporter dam l'insolence, s'emporter dan» des extrémités. » (P. Couc.) — < S'emporter dan» des excès. > (Retz.)
On verra encore dans le Lexique des exemples de iemparter ou delà de et de s'emporter jusqu'à^ avec \m infinitif.
Arrêter se construisait aussi avec dam^ ou un adverbe de lieu. Voir le Lexique.
Empêcher^ prenait un régime indirect de personne, et, quoi qu'en ait avancé Voltaire, Corneille ne commettait nullement un solécisme quand il disait :
c Cet orgoeillenx esprit, enflé de ses snccés.
Pense bien de son cœur nou» empêcher l'accès. » {Nicom., ii. A.)
On trouve dans de très-boDs auteurs du seizième et du dixseptième siècle, empêcher à quelqu'un le passage^ lui empêcher les moyens de faire quelque chose ^ lui empêcher la liberté de ses actions, lui empêcher le logis^ le pillage des recettes^ etc., lui empêcher la parolCj les effets de quelque chose^ etc., etc.
Causer^ dans le sens de converser, pouvait aussi avoir un régime indirect, comme parler :
c Tandis que ce Tieillard me couse.
Une heure se passe très-bien. » (J.-A. de BaÎf, V Eunuque, ii, 3.)
« Cette-cy je creignoy Qu'elle ne vou» eau»a»t de moy. > (Id., ibid,^ v, 3.)
c Lysis m'aborde, et ta me veux causer, » (P. Corn,, La PL Itoy., ii, 5.)
On pouvait dire, souffrir à quelqu'un de, comme permettre à quelqu'un de :
« Quel monarque est si loing d'icy
Qui me vueille souffrir tf« vivre
Si mon roy ne le veut aussi? » (Thêop., au Boy sur son esU, ode.)
INTRODUCTION. xli
« Je ne ¥ons pois souffrir de dire une sottise. » (P. CoRic.) — « Seigneur, encore an coup, «oi^res-moi de me taire. » (Th. Corn.)
S'étudier j dans le sens d'affecter, de rechercher quelque chose, était bien plus souvent qu'aujourd'hui accompagné de la préposition à et d'un substantif :
c S^imdier à brièveté. » (Calvin.] — « Situdier au général repos du royaume, iHmdier à l'embellissement de la langue. > (Pasq.) — « S^iiudier au mal. > (Bsmi !¥.)--€ S'étudier à l'acquisition de la prudence. » (La Mothb Le Vater.) — < Séiuditr à une extravagante rhétorique. > (Batlr.)— « S'étudier aux moyens de. > (Malsbr.) — < S*étudier aux enchantements. » (Rkgnard.)
« Plus elle i*est étudiée
A ce noble ravalement. » (P. Corn., Imii,, m, 43.]
ComcUle donne encore un régime indirect à fléchir. Il dit flécUrà^ pour signifier, rendre favorable à, en domptant la résistance :
« Faites qu'd nos désirs je la puisse yi^cAir. > (Cinmi, m, 8.)
Et en parlant ainsi, il est toigours dans la tradition de la langne :
c Si la raison, le debvoir naturel et les anciennes lois et constitutions de ce royaume n'ont peu yZécAtr vos cœurs à la reconnoissance de nostre légitime vocation à cette couronne. » {Leu. miss, de Henri 7F., 16 juiil. 1590, t. m, p. 217.)
Fléchir s'employait aussi avec à et un infinitif :
«Le courage leur revint quand, à force de supplications, les plus basses qu'on S0 puisse imaginer, ils eurent fléchi le pape à écouter leurs ambassadeurs. 9 (lUxER., Abr. de VBisL de Fr„ ann. 1509.)
Corneille donne encore un régime indirect à ramier. Il dit, ravoler dansj pour signifier, rejeter dans la bassesse de, faire redescendre dans, à :
« Si dans mon premier rang ton ordre me ravale, » {Sonn.àLouis XIY,)
Il construit aussi ce verbe avec à, suivi d'un substantif :
« Qu'à des pensers si bas mon âme se ravale. » [PoL, n, 1.)
Et suivi d'un infinitif :
« n M ravale à craindre sa femme. > (Exanu de Théod,) — « 56 ravaler à exprimer des menues actions. » [Trois. Disc,)
n dit en outre, se ravaler jusqu'à^ suivi d'un substantif :
« Dois-je me ravaler jusques à cet époux! » (OiA., ii, 3.)
XLii INTRODUCTION.
Il emploie enfin ravaler nentralement arec ifr, oomme baisser de^ « ravaler de son prix , » expression que Voiture a^ûit employée avant Corneille.
Nous pourrions allonger beaucoup la liste de ces verbes construits avec des prépositions dont on ne les accompagne plus an* jourd'hui*
Le dix-septième siècle employait aussi plusieurs substantifs avec une préposition régime indirect, ou déterminatif, comme on emploie les verbes ou les adjectifs correspondants. Le Lexique de la langue de Corneille présente quelques-unes de ces excellentes manières de dire. On y trouvera :
Chute, suivi de dans^ avec un régime :
« La chmie d'un méchant dam le malhenr a de quoi nou plaire. » iDtmx. J>tic»)
c Et te laissera faire une ehuie effroyable
Dans les pièges da monde et les filets da diable. » {Inùt., i, 24.)
Et comme exemples analogues :
c La chute de Tertullien dans le montanisme, etc. » (DcrcasT.)— « Sa chtmésm» le péché. > (RoLLiif.)
Nombre d'adjectifs prenaient un régime qui n'en admettent plus aujourd'hui.
On disait être savant de, comme on dit encore être ignorant de :
« Je me suis fait sçavantde tout ce beau mystère. » (J. db Schblamimc.)
« Quoi qu'il fut irés-sçavant de son humeur et de ses trompertes. » (D'Urp^.) -^ c Sçavants des arts et des sciences. » (Racan.) — • L'on estoit bien pins sçavant à, Paris de ce qui se passoit à Saint-Fargeau. » (H*** db Môntp.)
« Sttvatae à mes dépens de leur peu de durée. » (P. Cobn.)
On disait encore savant à, avec un substantif, pour signifier qui se connaît à :
« Pour peu savant qu'on soit aux mouvements de l'âme. » (P. CoBii.) « Un homme si savant au langage des yeux. • (Id.)
m Au langage des yeux je ne suis pas savante. » (Bouas., Germanio., 1,4.)
Bk avec un infinitif, pour signifier qui sait très-bien :
• Sçavant à tourner les bandes en fuite. » (Rons.) — c Savante à foarber. »
(P. COBN.)
€ Sa haine en cent façons é te perdre est mrmnmt^ • (U., /aiii., m, 90.)
INTRODUCTION. xuii
ComeQIe dit, être croyable de quelque chose, pour signifier, être croyable sur, concernant quelque chose :
c Si llintnble saint François en peut être croyable. » {Imil., iv, 3.)
Ardent aprèSy pour dire, qui recherche, qui poursuit avec ardeur:
c Ardeni après la nouveantd. » [Perth., iv, 1.]— < Ardent après Testime. > (AtHla, 1, 40
« Je n'ai point on esprit complaisant à sa rage
Jusques à supporter sans réplique un outrage. » {Mid. , ii, 4.)
Opiniâtre pouvait être suivi de la préposition à et d'un infinitif:
« On cesse d'estre opiniastre à maltraiter une personne qui est opimastre à nous aimer noalgré nos mauvais traitemens. » (Lb Maistre, Plaid., xxix.)
c Sa haine opiniâtre à croître mes malheurs. (P. Corn., OBd,, i\, 3.)
Après nous être si longuement étendu sur Tusage des prépositions, il est temps de dire un mot des conjonctions. Elles présentent aussi un certain nombre de différences remarquables entre la pratique actuelle et celle du dix-septième siècle. Voyons, par exemple, quelques particularités de que conjonction.
n était souvent précédé de point dans le sens de seulement :
« Et ne l'auront point vue obéir qu'à son prince. 9 (P. Corn., Hor., m, 6.)
Et cette manière de parler, condamnée par Ménage avant de l'avoir été par Voltaire, n'a tout à fait cessé d'être en usage qu'à la fin du dix-huitième sîède.
Que s'employait souvent sans négation , pour signifier si ce n'est, autre qiie, autrement que, autre chose que :
« Si j'ay rien prononcé que saiocte vérité. » (D'Aobhuié.)
€ Et lui défend d'agir que sur elle et son père. > (P. CoMf .)
c Si je conçois des vœux que pour votre service. » (Id.)
< Si Rome se pouvoit éviter qu*k ce prix. > (Id.)
Comme que^ ni était souvent accompagné de point :
< Je vouB avois prié de l'aiuquer loi-méme,
Et de ne mêler foini^ surtout dans vos desseins,
Ni le secours du roi, ni celui des Romains. » (P. Corn., Nicom.j lu, 6.)
Voltaire a vu là un barbarisme de phrase contre lequel il recommande de se précautionner. Cependant, parmi les nombreux exemples de cette manière de dire, rapportés dans notre
XLiv INTRODUCTION.
Lexique f on en trouvera plusieurs où la négation explétive donne plus d'énergie à la phrase.
Si présente également quelques acceptions particulières. Par exemple, nous le voyons employé avec le conditionnel : « Si ton intérieur... ne lui saurait offrir d'agréables victimes. > (P. Gorr.) Nous relevons aussi beaucoup d'emplob elliptiques pour lesquels nous renvoyons à notre article.
Siy adverbe, est encore l'objet de quelques observations qu'on ne trouve ni dans les dictionnaires, ni dans les grammaires. Nous signalons particulièrement l'emploi de si peu que pour le peu que :
€ Si p$u que j*ai d'espoir ne lait qu'avec contrainte. » (P. Corii.)
c Deassé-je perdre si peu <|u« j'ay \ aillant en ce monde, j^ (Tournbbu.)
Quelques conjonctions qui aujourd'hui gouvernent toujours le subjonctif se rencontrent assez souvent, au dix-septième siècle, avec l'indicatif. Tel est quoique^ dont nous n'avons pas parlé, sous ce rapport, dans notre Lexique, Corneille a dit :
< Eh! bien, pour t'arracher ce scrupule de i'àme
{Quoique je n'eus Jamais pour elle aucune flamme).
J'épouserai Clarico. » [La feicve, iv, 4, éd. 16^.}
Avant et après lui, on trouve aussi quoique employé avec le passé déterminé, avec le passé indéterminé, et môme avec l'imparfait :
« Quoique tous leurs complots oiu conspiré ma perte, Toy seul me peux garder
De leur haine cachée et de leur force ouverte. • (Racan, Pf ., cxzzn.) « Quoique nous eûmes encore deux conférences, ils ne firent que rebattre les mômes difficultés. » (D'Avacx, Nigoc. en Hollande, depuis 1679 juiqu'à 1684.) — c Elle jugea qu'il y avoit plus de sûreté pour elle à se mettre dans les filles de Sainte-Marie , d'où elle ne sortoit que deux ou trois fois pour aller voir M. de Nemours, quoique des officiers qui vinrent à Orléans en ce temps-là me diresu qu'elle alioit tous les soirs voir M. de Nemours toute seule avec une écharpe. > {W^ DE MoNTPBNS., Mém,, 1652.) — c La reine croyoit être bien malade, quotqu'elle se portait beaucoup mieux. » (ld.,t6îd., 1664.)
En latin quamquaniy licet^ s'employaient de même avec l'indicatif comme avec le subjonctif, quamquam gouvernant habituellement l'indicatif, et licet habituellement le subjonctif.
Une autre particularité de la conjonction quoique^ c'est que dans les ouvrages du seizième siècle et de la plus grande partie du dix-septième, elle s'écrivait en deux mots : quoy que^ quoi que^ ou quoi-que^ de même qu'on écrivit longtemps puis que pour puisque^
INTRODUCTION. xlv
Ion que pour lorsque^ etc. On allait quelquefois jusqu'à séparer quoi de que par plusieurs mots, comme le montrera suffisamment cet exemple d'un des écrivains les plus corrects de la meilleure époque :
c fimoi, dit-il, que cet homme ne soit pas péri par le scandale que vous loi aTex donné, vous ne laissez pas d'être homicide. » (Nie, DécaL, 1*' comm., 7* instr., sect. 2, c. 3.)
€ L'iuicienne manière d'écrire cette conjonction, avons-nous dit dans le Supplément du Lexique^ est parfaitement justifiable, et peut même paraître préférable à celle qui a été adoptée depuis. En écrivant quoi que, en deux mots , quoi gardait sa valeur de pronom, et que était seul conjonction. Quoiqu'il soit généreux^ écrit à l'ancienne manière, voulait dire à quelque point, à quelque degré qu'il soit généreux, ce qui offrait une nuance différente et donnait plus d'énergie à la pensée. Le sens de cette conjonction est devenu plus vague et plus restreint depuis qu'on en a fait un seul mot, seulement la clarté a gagné quelque chose à la distinction établie par les grammairiens entre le pronom et la conjonction. »
Aujourd'hui la locution conjonctive à moins que régit le subjonctif avec ne. Autrefois, on pouvait ne pas mettre la négation, très-peu nécessaire pour le sens, souvent fort gênante en vers, et qu'on supprime quand on rend la pensée par l'infinitif, au lieu de Texprimer par le subjonctif :
< A moins qu'à, vos projets un plein effet réponde.»
(P. CoBN., Le Mem.t ^U !•) c À moins que vous ayez l'aveu de Lysander. > (Agés., iv» 3.)
« A moins que ton secours me relève le cœur,
il moins que U bonté ranime ma langueur. » {Imit,, m, 40.)
« A moins que les continuelles assurances du bonheur de Vostre Majesté nous apprennent à souffrir son absence. (M** de La Suzb.)
Plusieurs prépositions de temps, ou locutions conjonctives, ont changé de signification. Ainsi, nous montrons, en réfutant une critique de Voltaire, qu'au seizième et au dix-septième siècle depuis que voulait souvent dire dès que, du moment que, dès là que :
< Et depuis qu'une fois il commence à déplaire,
Il ne manque jamais d'occasion contraire. » {Suite du Ment„iy, 1.)
< Il n'est rien qui ne cède à l'ardeur de régner ; Et, depuis qu'une fois elle nous inquiète»
La nature est aveugle et la vertu muette. » (Nieom., it, 1.)
XLVi INTRODUCTION.
On verra dans le Lexique les autres exemples de Corneille avec ceux* de ses prédécesseurs et de ses contemporains.
Si éepuis que s'est dit pour dès que^ dès que^ au contraive, se trouve employé, notamment dans les Lettres de saint François de Sales, pour depuis que.
Tant que^ reproché à Corneille comme un solécisme par le rédacteur des Sentiments (k l'Académie sur le Cid, et par Voltaire, a été employé assez longtemps comme locution conjonctive pour signifier jusqu'à tant que, jusqu'à ce que, et même par des écrivains comme Bossue t.
Jusque vers 1650, il était fréquent d'employer paravant pour auparavant, avant, adverbe ou préposition, et paravant que pour auparavant que, avant que.
Le seizième et le dix*septième siècles avaient une excellente locution conjonctive dont nous n'avons pas l'équivalent, soudain que, tout soudain que :
« Soudain que cette défaite est advenue. » (Pasq.) — c Soudain qu'elle m'a vue.» (P. Corn.) — c Tout soudain qu'il en eut avallé une cuillerée. » (Rabbl.)
On disait aussi, soudain après que :
€ Soudain après que ces gens de bien eurent depesché leurs deux amb«s> sades. » (Pasq.)
On verra, aux articles avec, pour, une remarquable particularité de l'usage des prépositions au dix*septième siècle, celle de séparer la préposition, par un ou plusieurs mots, du verbe auquel elle se rapportait.
Il y avait aussi des locutions conjonctives qui se coupaient en deux; ainsi, bien que :
€ Bien, dit-il, que je touche à la fin de mes jours. >
(P. Corn., Pomp.y i, 1.)
Selon que :
4L Et seloH^ bien ou mal, que vous en userez. >
(Th. Corn., Les Engagtm, du hasard, ii, S.)
Les adverbes donnent encore lieu à constater un certain nombre de différences considérables entre la langue du dixseptième siècle et la nôtre. Ainsi, comme a très-longtemps remplaoé que dans les pbrases comparatives :
« Aussi haut comme lui. > (P. Corn., La Suiv.) — « Effrontée autant < traîtresse. » {La PL Boy,)
INTRODUCTION. XLVii
< Vous en prendrez autant eomme vous en verrez. • {Suite du Ment., i,6«}
€ Tons les rois ne sont rois qu'autant comme il vous platt. »
(iVtcom., m, 2.)
Nous croyons inutile d'indiquer ici, même d'une manière trèsabrégée, les exemples analogues que nous ont fournis les écriyains les plus célèbres des quinzième, seizième et dix-septième siècles. Disons seulement que Fauteur le plus rapproché de nous, chez qui nous avons rencontré cette manière de dire , est le fameux jurisconsulte Pothier, en particulier dans son Traité du prit à usage, publié vers 1770.
Quelques grammairiens modernes ont établi une distinction assez subtile entre au moins et du moins^ tout aurnoins et tout (& moins. Dans l'ancienne langue, ces deux locutions adverbiales n'offraient entre elles aucune différence, et de bons écrivains du dix-huitième siècle les prenaient encore, à leur gré, l'une pour l'autre.
Dedans aujourd'hui ne peut être qu'adverbe ; il a été préposition, et ce n'était pas du tout un solécisme, comme l'a cru Voltaire, de lui donner un régime. On s'en convaincra en lisant, avec les exemples de Corneille, ceux de Jean de La Taille, de d'Àubigné, de Théophile, du cardinal de Richelieu, de Racan, de la marquise de Courcelles, de Charles Sorel, de MontÛeury, etc.
Dessus j dessous, ont aussi été prépositions, et ont longtemps joué le môme rôle que sttr^ sous.
L'adverbe de lieu ou se prenait quelquefois pour quand, comme Vubi des Latins, et aussi pour tandis que. Il s'employait, en outre, et pourrait encore s'employer pour dire dans lequel, dans laqneUe, en qui ; auquel, à laquelle, à quoi, sans ou avec interro* gation; sous lequel, sous laquelle; chez lequel, chez laquelle.
Enfin cet adverbe faisait fréquemment pléonasme, et se mettait pour que :
< Ce n'est pas là, madame, où je prends intérêt. » -
(P. Corn.» Sophon., v, 4.
c Aussi ce n'est qu*en eux où mon espoir se fonde. *
(RàGan, Berg., v, 2.)
L'adverbe presque s'écrivait quelquefois avec une 5, non-seulement en vers, mais même en prose, par euphonie :
« Preiquet au désespoir. » (J.-Â. de Baïf, Êclog., ziii.
XLViii INTRODUCTION.
« Et pruques entre nous Nous vtnmes en un rien des paroles aux coups. » (Id., Âniig., ii, 9.)
« J'en eus pre$ques envie aussitôt que de vous. » (P. Corn., Méd.j ii, 4.)
< Dans les occasions praquet inévitables de corrompre leur innoeenee. > (A. GoDBAU, Di$e, sur les ordres sacrez, ii, 1.)
Même, adverbe, s'écrivait aussi généralement, en prose et en vers, mêmes, mesmes.
Longtemps, que nous n'employons plus guère que comme un adverbe, et en l'écrivant en un seul mot, était une sorte de locution substantive qui se prêtait aux modifications les plus variées :
« Avoir un si long temps des sentiments si vains, C'est assez mériter l'honneur de vos dédains. »
(P. Corn., Pois, div.f Sur le départ de la marquise de B. A. F.}
c Son père peut yeniT, quelque long temps qu'il tarde.» (Id., Le âfenc, i.S.)
c Je n'ay pas délibéré le faire pour un si long temps, > {Lett. miss, de Henri IV>) — « J'ai repris ces études que d'autres occupations avoient interrompues un fan long temps. » (Madcroix.)
Nous renvoyons au Lexique pour voir d'autres exemples, dont plusieurs appartiennent à notre temps. Us montrent tous que la locution substantive remplace avantageusement l'adverbe, lequel n'est pas susceptible des mêmes variétés d'emploi.
Entre la langue du dix-septième siècle et la nôtre, il n'y a pas seulement des différences de mots et de significations. Les différcnces de construction et de syntaxe ne sont pas moins nombreuses ni moins essentielles. Par exemple, l'infinitif était trèssouvent régime indirect d'un autre verbe :
< Ma guérison dépend de parler à Mélite. » (P. Corn., MéL, v, 3.)
« Votre bonheur dépend de vous tùmer toujours. » (Qnw., Ao/., lu» 6.)
« Notre salut dépend de tout précipiter ^
De n'être point surprU. > (Id., Asir,, iy, 1.)
c L'espoir de votre amour, la paix de vos Ëtats,
Tout dépend d^immoler cette grande victime. » (Id., 7%^., v, 3.)
« Il vît que son saint Dépendait de Ud plaire, et bientôt il lui plut. (Rac, Baj., i, 1.)
On n'a pas tout à fait abandonné cette manière de dire, mais elle est bien moins usitée qu'autrefois. Par imitation des constructions latines, on employait souvent
INTRODUCTION. xlix
le subjonctif dans des cas où Ton mettrait aujourd'hui Tiadicatif :
« Nous ne noas sooeions pas qoels noms «oyoïu en effect, comme qaels nom en la connotssance publique, » (CflAaaoN.)
On dirait en latin quales simus.
« Je crois quHl $oU foa. » iMalh.)
Ici le subjonctif est employé parce que la pensée renferme quelque doute, et qu'en latia ce mode était spécialement affecté à l'expression d'une idée dubitative. C'est par la même raison que Coraeille a dit aussi avec le subjonctif:
c II croii que met regards eoient son propre héritage. » (Ifé/.. iv, 1.)
< Tons présument qu*il ait an grand snjet d'ennoi. > [Cinna, i, 4.)
Quây ainsi placé entre deux verbes, exigeait généralement que le second fût mis au subjonctif.
Souvent aussi l'on employait l'imparfait du subjonctif pour le plus-que-parfait :
c Un mot seul, un souhait dûi l'avoir emportée. »
(P. Coin., La Tois. d'or, i, 5.) c Mais poisque son dédain au lieu de te guérir Ranime ton amour qu'il dût faire mourir. » (Id., C/if., i, i»)
Dùt^ c'est-à-dire eût dû.
Notre Lexique établit, par des exemples qui remontent jusqu'au Livre du chevalier de la Tour^ combien cette construction est ancienne dans la langue. Elle s'explique, d'ailleurs, parle fait que notre imparfait du subjonctif a été formé du plus-que-parfait latin.
LMmparfait du subjonctif s'employait aussi fréquemment pour le conditionnel, et parmi les exemples que nous citons, il y en a d'empruntés à de très-anciennes poésies françaises, comme la Vie du pape Grégoire le Grand. Contentons-nous d'en rappeler un de Pierre Corneille :
« Et toutes vous dussiez prendre, en un jeu si doux.
Comme même plaisir, même intérêt que nous. » {CUi., Y, 8.)
Vous dussiez^ c'est-â-dire vous devriez.
Enfin l'imparfait du subjonctif se prenait quelquefois ponr l'imparfait de l'indicatif :
« Tu croyois que son cœur n*eût point d'autres atteintes. >
(P. CoftH., La GaL du Pa!,, \Y, 4.)
C'est-à^re, tu croyais que son cœur n'araiV point...
L INTRODDCTION.
Nous omettons beaucoup d'autres différences de syntaice et de eonstruetion, afin de pouvoir nous étendre un peu sur la plus importante que nous ayons eu à constater et à étudier, c'est-^ dire Teilipse du pronom personnel après certains verbes. Nous croyons très-utile de reproduire ici, sous une forme un peu différente, la substance de ce que nous avons dit sur ce point de grammaire et sur ce procédé de style demeurés jusqu'à maÎBtenant inexpliqués et même inafierçus. La théorie que nous «votts tirée de l'observation d'un nombre immense de faits se réduit à ceci : •
Le pronom personnel se supprime généralement après les verbes faire^ laisser^ mener^ regarder, sentir, voir^ entendre, écouter^ suivis eux-mêmes d'un autre verbe qui achève le sens. Alors le régime suit les verbes qu'accompagnent faire, laisser y etc., ou bien, s'il les précède, c'est un pronom personnel, un pronom relatif, ou un adjectif indéfini, comme tout.
Nous espérons qu'on lira dans son entier cette étude capitale» qui comprend près de deux feuilles de notre second tome; c'est pourquoi nous nous bornerons à rappeler ici d'une manière abrégée quelques-uns des nombreux exemples que nous avons empruntés à des écrivains de mérite très-divers, afin que la généralité de l'usage fût mieux constatée. '
Qu'on observe d'abord comment le pronom se supprime après les verbes que nous avons dits, précédés du régime :
c Seigneur Dieul tu me fais esbahir! » (Lahivbt, LeMorf,^ ii, 2.)
Me fais ébahir ^ et non pas me fais m'ébahira
< . . . Révolter tous les citadins d'an Estât et les ftâre entretuer. » (Cboukbss, tes Jfyreê'Dinees, un, 1^ 137, v".)
Les faire entretuer y et non pas les faire s'entretuer,
« Voyez à quoy Tamour lafaisoU abaisser. » (D'Urfb, tAstrie, i, 1.)
La faisait abaisser^ et non pas la faisait s'abaisser.
c La peur ne me fera ny foire ny dédire. » (Racan, Berg., i\, 5.)
Me fera taire, me fera dédire^ et non pas me fera me taire^ me
fera me dédire.
« Mais ce flatteur espoir qu'il rejette en mon àme...
Me fait plaire en ma peine et m'obstine à souffrir. » (P. Corn., Mél., i, 1.)
Me fait plaire, et non pas me fait me plaire.
lîfTRODUCTION. ^
« Lui procarant du bien elle croit la fâcher,
Ct eeue Taine peur la fait ainsi cacher, » (Id., Lm Smh,, m, 6.]
La fait cacher ^ et non pas la fait se cacher.
m lélae ! mais qn'à propos \e ciel Ta /ail méprendre, >
(Id., £« P/. Réf., w, 7.)
Z'a /iitV méprendre, et non pas Ta fait se méprendre.
m Voilà cet accident qui le fait retirer. » {Id., tWd„ v, 5.)
Le fait retirer, et non pas le fait se retirer.
c Cela le fit opiniOtrer davantage en son entreprise. > (Furet., Le Rom. bourg., i.)
Le fit opiniâtrer^ et non pas le fit s'opiniâtrer.
m Et va errant par un ebemin
Qui, le détournant de sa route,
Le/aict eguarer à la fin. • (Lariv., Le Laquais, ii, 2.)
Le fait égarer, et non pas le fait s'égarer.
m Et si du bon chemin on ra fait écarter t Deux mots incontinent l'y peuvent rejeter. •
(Mol., V École desfemm.^wi, 3.)
L'a fait écarter ^ et non pas l'a fait s* écarter.
« L'honneur qu'il a (le clergé de France ) d'ôtre assemblé presque sous vos jeax U fni acquitter avec plaisir d'un devoir qu'il. vous rend avec justice. » (FLBca., Leu.)
Le fait acquitter j et non pas le fait s^ acquitter.
« El mejii consumer dans une plainte vaine... » (Sbitbcb, Sot,)
Me fit consumer y et non pas me fit me consumer.
« Ceux que l'opinion /ati plaire aux vanités. » (Malh.)
Fait plaire, et non pas fait se plaire,
« Le sieur César fit un pas de clerc de s'amuser aux forts, et noms Unsser cependant/orii/Ser. > (Martluc.]
Nous laisser fortifier ^ et non pas nous laisser nous fortifier,
• Les RomsiDs les laissaient consumer par leurs propres forces. > (Mkr.)
Les laissaient consumer^ et non pas les laissaient se cmmmm*.
« Pour moi, je suis d'avis que vous les laissiez battre. >
(P. Corn., L'Illus. com.« m, 3.
Les laissiez battre, et non pas les laissiez se battre.
ui INTRODUCTION.
« Ta flatter, si m veux, la douleur de Flavie,
Et me laine ieUnreir de Tétat de ma vie. • (Id., TAéetf., iv, !•)
Me laisse éclaircir, et non pas me laisse tnéelaircir.
• n vaut mieux qu'ils en aient cette idée, que de n'en point avoir du tout : ce qui arriveroil peu à peu. s'ils la laissaient effacer de leur esprit par un silence pernicieux. » (Malbbr.)
La laissaient effacer, et non pas la laissaient s*effacer.
■ La plupart des merveilles de Dieu nous échappent et, après les avoir légèrement regardées, nous les laissons effacer de notre esprit. » (Nicolb.)
Les laissons effacer, et non pas les laissons s'effacer.
• Bien serois aise que les veisses Bien enirebattre encore ung coup. »
{Le Débat de la Pfourisse et de la Chamber&re.)
Les visses entrebattre j et non pas les visses s' entrebattre.
« Si j'avois un prétexte à me mécontenter, Tu me verrais bientôt résoudre à le quitter. •
(P. Corn., ta Gai. au Pal., ii, 6.)
Tu me verrais résoudre, et non pas tu me verrais me résoudre,
« Ne vous étonnez point, vous fen verrez dédire. » (Id., Perth., m, 3.)
Vous l'en verrez dédire, et non pas vous l'en verrez se dédire.
m Le dépit de les voir multiplier s'éloit tourné en fureur. » (Flbdrt, Moewrs dss Ckréti^,)
Les voir multiplier, et non pas les voir se multiplier.
Uellipse est anssi fréquente, on plutôt aussi constante quand le régime suit :
« La grandeur de son amour faisait esmerveiller tout le monde. » (Margdsr. d'ANC, VHeptam.^ 19« nouv.)
Faisait émerveiller, et non pas faisait s'émerveiller.
• « Quel envieux démon, et quel charme assez fort Faisait enirc'^hoquer deux volontés d'accord?» (P. Corn., La Suiv,, ^,B,)
Faisait entrechoquer, et non pas faisait s'entrechoquer.
■ Ses intrigues firent mutiner leur armée. » (Mbzbr., Bist, de France avam C/ètii, II. U.)
Firent mutiner, et non pas firefit se mutiner.
INTRODUCTION. un
« Ne taisiott» perdre en vain le temps. • (Ronsard.)
Laissons perdre^ et non pas laissons se pe»*dre. m Si, par votre négligence, nous Untsionê fortifier les Espagnols... > (Richbl.,