‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 195 sur 389 · DEVOIR. — DEVORER · texte numérisé non relu

DEVOIR. — DEVORER

DEVOIR, avec le plur., dans le sens d'actes de valeur, de dévouement, dont on s'acquitte en remplissant un devoir :

J'en aarai soin, allez : vos frères vous attendent;

Ne pensez qu'aox devoirs que vos pays demandent. (Hor.^ u, 8.)

Le vers de Corneille recevra peut-être quelque éiucidation des exemples suivants, où devoir est employé dans le sens autrefois très-fréquent de zèle, efforts, bons offices :

Qne les Macédoniens s'éveriaeroient, attendu qu'ils auroient à combattre pour sauver leurs femmes et leurs enfants, et qu'ils auroient leur roi présent, et voyant le dehfoir que chacun d'eux feroit, et combattant lui-même en personne pour eux. (Amyot, Vies, Paul-^m.) — Des exploits qu'il fit en toute cette guerre , en voyant une partie faicte par la promptitude de sa hardiesse, une autre par son bon sens et bon conseil, une autre par le deàvoir que firent ses amis qui le servirent de grande affection, et une autre par sa constance résolue et assurée au plus fort du pérjl. (Id., ibid.) — Il me tarde que le jour de demain soit arrivé, afin d'avertir notre roi et le vôtre du bon devoir que vous avez fait contre ceux qui sont cent fois pires que les Mores de Barbarie. (Montl., Comm.f v.) — Le roi, votre maistre , sachant le debvoir que vous aurez fait, vous en saura meilleur gré que si vous combattiez pour lui-même. (Id., ibid.) — Il seroit impossible de vous raconter combien de debvoir ce gentil prince apporta à la conservation de la ville. (PASQ.,Lett., 1, 11.)— La charge a été si furieuse, que quelque (i<6voir de vaillant capitaine qu'il y ait apporté, son cheval a été tué, lui blessé et pris. (Id., Lett., IV, 18.) — Ceulx qui estoient dans Noyon ont fait tous les debvoirs que peuvent rendre gens de bien en telles occasions. (Leti. miss, de Henri lY, t. ni, p. 746). ^ Monsieur Daubray, je vous prie de croire que je n'ay jamais rien creu de vous que ce que je dois croire d'un gentilhomme d'honneur, et qui autant mérite en ceste cause que nul autre, un chascun sachant assez les devoirs que vous avBi renduz en ceste ville durant le siège, et depuis, en toutes les occasions qui se sont présentées. (Maysnnb à Daubray, dans Gatbt, ChronoL novennaire, 1. iv, ann. 1593.) — De ces quatre-vingts, ne se sauvèrent que cinq, savoir trois des capitaines que nous avons nommez, un soldat et leur chef; les trois pour s'estre mis en faction, n'ayant peu tirer ce devoir de la lassitude de leurs gens. iD'Adb., Hist. univ., v, 16, l"* édit.)

— PETITS DEVOIRS, petites attentions, petites prévenances :

Mille petiu devoirs ont tant parlé pour moi,

Qu'il ne m'est plus permis de douter de sa foi. {La V«uve, i, 1.)

DÉVORER, iig. s'empresser a dévorer un règne d'un moment , expression d'une énergie intraduisible , et qui signifie à peu près : s'empresser d'arracher tous les biens, toutes les jouissances et toutes les faveurs que le maître peut donner ou laisser prendre :

Je les voyois tons trois se hâter sous un maître,

Qui chargé d'un long âge a peu de temps à l'être ;

Et tous trois à l'envi s*empresser ardemment

A qui dévorerait ce règne d*un momenu [Oth., i, 1.)

«02 DEXTERITE. — DEXTREMENT.

^- DÉvoRBR l'ame, comme on dit» ronger le cœur, en parlant du chagrin :

Le chagrin accablant qui me dévore Came

Ne fait abandonner et peaple, et sceptre, et femme. {(£d.^ y, ii.)

DEXTÉRITÉ, habileté:

Polyclète est encor chez vous à vous attendre,

Et fût venu lui-même avec moi vous chercher,

Si ma dextérité n'eût su l'en empêcher. {€in., i, 4.)

DËXTRE', main, main droite, relevé par un adjectif :

If'éioigne point de moi ta destre secourable. (/ni/., m, 23.)

Mais bientdt, rapfieiant son antique prouesse,

U tire du mantoau sa desttre vengereêse. (Boil., Le btttrin, r^)

— A SA OEXTRE, à sa droite :

Tu te sieds à Ma dextre^ à c<)té de ton Fils.

{CEuvr. div,f Louanges de la fierge.)

On a dit d'une manière analogue à la même époque :

n quitte sans émotion toutes les choses que le monde adore : il les r«|f8t\ie déjà on les regarde de ta éextre du Dieu vivant. (Patro, Éloge de Fomptme.) .

— DEXTRES AGUERRIES, bras, soldats aguerris :

Vous, ses premiers sujets, qu'attache à son côté

La splendeur de la race ou de la dignité.

Vous dignes commandants, vous dextres aguerrùtê.

Troupes aux champs de Mars dés le berceau nourries.

Dites-moi de quels yeux vous vîtes ce grand roi.

Après avoir rangé tant de murs sous sa loi.

Descendre parmi vous de son char do victoire

Pour vous donner à tous votre part à sa gloire. {Les Vict, du roi eu 1667.)

Corneille n'a-t-il pas imité ces vers d'un de ses plus hardis prédécesseurs dans Tart tragique?

Es-tu ce grand Belcar dont la dexire aguerrie Estendoit sou renom plus loin que la Syrie?

(i. DE ScHBLANDRE, Tyr et Sid09i, 3* journ., m, 3.)

DEXTREMENT, habilement :

Que tu sais dexirement adoucir mon martyre ! [Mél.^ i, i, I^*' édil.)

Si je voulois baiser ou tes yeux ou ta bouche. Tu sa vois dtextrement faire un peu la farouche.

(C/i/., V, 3, 1»* édit. ju0qi/à rM4 iaclus»)

Dans r édition de 4660, Corneille remplaça dextrement par adroitement :

Tu sais adroitement adoucir mon martyre.

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