EMPORTEMENT. 29V
eol avec les gens de Pepio, qni vonloient lui empêcher le passage. (M., ibid., ami. 1753.) ^ Les Allemands, fâchés qu'on leur en eût empêché le pillage, escala^ déreni les murailles. (Id., ibid,, ann. 1554.) -^ Les Thraces s'estoient emparez en grand nombre da sommet de cette montagne poor empescher le passage à Alexandre. (Du Rybr, Les Supplém, de /. Freinshemius, i, 11.) — Elle voalnt parler deux ou trois fois, mais ses sanglots et ses larmes lui empêchèrent la parole. (M** DB La Faybttb, Zayde, ii.)
Nous croyons que cet emploi pourrait être renouvelé dans certains cas, comme il Test dans la phrase suivante :
Philippe aperçut l'échaffourée, et, toujojurs poursuivi de l'idée de trahison, il s'écrie : « Tuez, tuez cette ribaudaille gui nous empêche le chemin! » (Cbat. , Hiti. de France,)
— EMPÊCHER, sans rég. indir. de personne, et avec un rég. dir. de chose, apporter obstacle à : *
Ouoi ! madame, faut-il que mon peu de puissance
Empesche les devoiis de ma reconnoissance.? [Méd., iv, 5.)
— EMPÊCHÉ, part. ÊTRE EMPÊCHÉ A, être cmbarrassé à :
Leê mystères de cour souvent sont si cachés
Que les plus clairvoyants y ioni bien empêchés, {Nicom., m, 5.)
Suivant Voltaire « le mot clairvoyants est aujourd'hui banni du style noble. » On ne dit pas non plus « être empêché à quelque chose; » cela est à peine souffert dans le comique. »
Faul^il voir du style comique dans cette phrase du grave Bots-
suet :
Je sais bien qu'il est difficile d'exprimer la douleur d'une mère : on ne trouve pas aisément des traits qui nous représentent au vif des émotions si violentes ; et si la peinture y a de la peine, l'éloquence ne s'y trouve pas moine empêchée* (Boss., Prem, serm. pour le vend, de la Pass,, i.)
Et dans celle-ci du profond Malebranche :
CeluiHsi ne. saura pas si l'&me est immortelle; il serait peut-être bien empêché à vous prouver qu'il y a un Dieu, et il vous réduira les égalités de l'algèbre les plus composées avec une facilité surprenante. (Malebb., Emret, méiaph,, v.)
Corneille emploie encore empêché à, avec un infinitif, dans «es DiscùurSy écrits d'un style constamment très-soutenu :
Si vous me demandiez ce que fait Cléopâtre dans Rodogune, depuis qu'ette a quitté ses. deux fils au second acte, jusqu'à ce qu'eUe rejoigne Antiocbus au quatrième, je serui» bien empêché à vous le dire, et je ne crois pas être obligé à en rendre compte. [Troie* Disc*) •
EMPORTEMENT, transport de passion, excès quelconque causé par une passion emportée :
Quittez avec le bal vos malheurs pour me suivre. Ou soudain à vos yeux je vais cesser de vivre.
Mettres-voQs en ma mort votre contentement? ANGÉLiQ.Non ; mail que dira-t-on d'an tel emporiemeni ? (La PI, Aoy., m, 6.) Ces haou empariemenîi, (fa'an beaa fea leur inspire. Doivent les élever, et non pas les détruire (les grandes actions). (OBtf., i, 1.)
Je voudrois que tous deux Fussent loin de ma vue au comble de leurs vœux, Que les empcrîemenU d'une ardeur mutuelle M'eussent débarrassé de son amant et d'elle. (fMcf., iv, 4.)
EMPORTER, pour remporter :
Et ne voir point Florame emporter à mes yeux
Le prix où prétendoit mon cœur ambitieux. (La Suiv,, y, 1.)
Vous seule d'un coup d'oeil empariâtet la gloire
D'en faire évanouir la plus douce mémoire. (Offt., ii. S.)
Il combattoit Antoine avec faut de courage.
Qu'il emportoU déjà sur lui quelque avantage. [f*omp,t v, 3.)
Que sert de disputer le passage de Loire?
Le sang sur la discorde emporte la victoire. {Irucrip. muet iout des eetam-
pes. 11, La déroute du pont de Ce.) J'appiends plus contre vous par mes désavantages Que les plus beaux succès qu'ailleurs j'aie emportée Ne m'ont encore appris par mes prospérités. {Seru, m. S.)
« On emporte une place, dit le célèbre commentateur, on remporte un avantage, on a un succès, on n'emporte point un succès. C'est un barbarisme. »
Il faudrait alors voir des barbarismes dans toutes ces phrases du seizième et du dix-septième siècle :
Chascun y va pour voir qui maintenant
Du jeu de flnste emportera le prix. (Cl. Mar.. CAaMi|/}a«i. , au card. de Lorr.) il y aura bonne assemblée
S'elle n'emporte la victoire. (force des chamhrières.)
Je dois seule le pris sur toutes emporter,
Soit pour l'entendement ou la ruse ou finesse. (L enfer de ta mère Cardine,) Quintus Titius s'en vint devers lui, après qu'il eut gagné la bataille de Chéronée, lui annoncer que Tropbonius lui faisoit savoir qu'il auroft dedans peu de temps une bataiUe au mesme lieu, dont il emporteroii la victoire. (Ahtot, Vies. Sylla.) — Les poètes, désirant d^emporur le prix destiné à celoy qui auroit le mieux rencontré, s'obligeoient d'escrire à l'appétit et au goust du peuple et des juges. (Fa. Ocisa, Pré/, de Tyrei Sidan de J. de Schelandre.) Quand le monstre infâme d'envie Jette les yeux dessus ta vie.
Et te voit emporter le prix
Des grands cœurs et des beaux esprits. (Halh., Odesj â M. de Belleg.) Arimant pouvoit seul se vaincre et se dompter ; Son seul courage a pu cet honneur emporter, (Richbl., Mirame, ir, 3.)
Elle mourra... Mais, dieux!
'Comment me dérober au peuple furieux ?
Car, si de ce combat j'emporte la victoire,
SoD sang pour la venger peut jaillir sur ma gloire.
(Cyrano, Mort ttAgripp,, ii, 1.) lis livrent des batailles eiemparteM de glorieuses victoires, quelque antre en ramasse les fruits. [Le PoUu lutin^ port, des ordon., etc., 1652.) ~ Si ma défaite avoit esté grande, la victoire que yemporlay sur mes envieux fut beaucoup plus grande que ma défaite. (Dassooct, Avaniures d'Italie^ c. m.) — > Il s'tmaginoit qu'il emporUroU facilement la gloire des armes contre un novice non encore bien éUbly. (Mbzbrat, Hi>i. dt Fr„ vi, Franc. I*', 1515.) — Il faut que la force, la magnanimité, la prudence, et cent autres vertus soient le principe de ces victoires qu'on veut emporter sur les bommes. (Mascaron, Or, fun, d^Anue d^Autr., ii.} ~ II n'est pas possible à la fin que de telles extravagances, où l'impiété et l'ab* surdité combattent ensemble à qui emportera le dessus, n'ouvrent les yeux à nos frères. (Boss., Hist, des ptiriat,, ziii,21.) — Ne soyez donc pas surprise si, bien que votre âme soit la plus sensible, la mienne sait le mieux aimer ; et si, vous cédant en tant de choses, y emporte au moins le prix de l'amour. (J.-J. Rouss., La Nou». Bilohe, i, 21.)
— EMPORTER LE CHOIX DE QUELQU'UN, le décider par une sorte de contrainte morale :
Et l'offre pour Othon de lui donner ma voix
Soudain en ma faveur emportera eon choix. (OfA.. ii, 4.)
Que votre seul mérite emporte ee grand choix.
Sans que votre présence ait mendié de voix. {Puich., i, 5.)
— Corneille dit encore dans le même sens, emporter le pre~ MiER RANG, EMPORTER L* APPROBATION, l'obtenir, avec Une énergie de signification q\x*obtenir n'a pas :
Ces grands rois qu'en tous lieux a suivi la victoire.
Lui voyant emporter sur eux le premier rang^
En dcviendroient jaloux, s'il n'éloit pas leur sang. {Àudrom,, prol.)
En vérité, monsieur, quelque approbation qu'ait emportée notre nouvelle Jocaste, elle n'a point fait faire tant de aA/ ah! dans l'hôtel de Bourgogne que votre lettre dans mon cabinet. (Utt. à Cabbé de Pure, 12 mars 1659.)
— Dans ce sens de décider^ entraîner ^ Corneille a encore dit , en parlant un très-bon français, malgré l'avis contraire de Voltaire :
Les faveurs du tyran emportent tes promesses. (( tniia, m, 1.)
Ou trouve encore quelques emplois particuliers de emportn* dans le sens de remporter, obtenir :
Philippe, pour la grandeur de ses mérites, emporta, par la voix des doctes, le surnom d'Auguste. (Pasq., Rech., m, 229.)
— EMPORTER, faire céder, au sens matériel :
J'en ai su de lui-même ouvrir la fausse porte ;
Étant seule, et de nuit, le moindre effort l'emporte. {La Veuve, iit, i.)
94a ElfPORT£R.
— EMPORTER, entraîner, an sen» moral, se laimer emportek