H ABANDONNER. — ABIMER
des caractères à rimprimeiir, pour se servir du grand ou du petit, selon qu'ils se sont le mieux accommodez avec les lettres qui les joignent. (Préf. de : Le TUéêtre de P. Corn,, édit. de 1682.)
— ABANDONNER (s*) A, suîvi d*uii infinitif, se laisser aller à :
La nature en fureur t'abandonne à tout faire. {Tiie ei Bérénice, iv, 5.)
— ABANDONNÉ DE, privé de :
Qu'au milieu de toutes mes peines
Ce me soit un soulagement
D'être abandonné pleinement
Des consolations humaines. (Imii., m. IG.)
On trouve de même activement, abandênner de , priver de, cesser d'accorder :
Comme un navire en pleine mer, que les venis abandonneui de leur secours. (MoMT., £«MM, 11, 12. ) — Sera-t-il dit qu'ils seront venus à notre unité y cher cher leurs vériubles frères dans les véritables enfants de l'Ëglise, pour être abandonnés de leur secours? (fioss., Trois, term, sur CExaÙ. de ta croix, II.)
ABATTEMENT, avec le pluriel :
Où la santé manque de cœur,
La maladie est impuissante.
Ses aùaiiements, ses douceurs,
Rendent fort peu d'hommes meilleurs. {ImiLy i, 33.)
On trouve de môme chez des prosateurs de nos jours :
Lord Byron chevauchait le long de ce rivage solitaire : quels étaient set peiisers et ses chants, ses abaitemenis et ses espérances? ( Chat., Uiu angL, 5« p.) Les affections légitimes..., comme toute chose en ce monde, ont leofs fatigues et leurs abattemenu. (L. Yeuillot, Petite Philos.)
ABATTRE (S'), être abattu :
Si dessous sa valeur ce grand guerrier s'u^ai.
Je puis en faire cas, je puis l'aimer sans honte. (f^ Cij, ii, 4 )
ABATTU, bas :
Un homme dont les biens font toutes les vertns.
Ne peut être estimé que des cœurs abauus» {Mél. iv 1 )
Pison a l'àme simple et i'esprit abattu. (Ôikon, ii . 4.)
On peat même penser que la crainte de ces Influences imaginaire, qui effraient encore présentement les astrologues et les esprits foibles , est une espèce d'adoration qu'une imagination abattue rend à l'idée de grandeur, et qui représente les corps célestes. (Malbbr., Reeh. de la virile, vu.)
ABIMER DANS, au propre et au figuré, plonger dans :
Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté
Que pour lea abîmer dans plus d'obacHritâ. (I^.> m, l.j
ABIMEK. — ABJET. I5
Dans l'étal déplorable Où m'abîme du sort la haine impitoyable. {I*§rikar.y iv, 5.)
Otez-lui Rodelinde» et c'est assez pour moi. Faites qu'elle aime ailleurs, et punissez son crime. Par ce désespoir même où son change m^abime. (Ibid,, ii, 1.)
Banni dans les enfers, il y veut abîmer Ceux dont sa place au ciel doit être la conquête.
(OEuv. div,^ Louange de la Yieiye.) Le spectateur peut concevoir avec facilité que si un roi, pour trop s'abandonner à lambition, à l'amour, à la haine, à la vengeance, tombe dans nn malheur si grand qu'il lui fait pitié , à phis forte raison , lui qui n'est qu'un homme du common, doit tenir la bride à de telles passions, de peur qu'elles ne Vabhneni dans un pareil malheur. {Deux. Dite.)
Ou a dit comme Corneille :
Une secrète jalousie, dont je ne pouvais me rendre le maître, dévorait mon ime et m'abhnait dans la tristesse. (M" Dauln., Warw., m.)
On trouve de même, abîmer en :
Ton courroux, qui m'anime en des lieux ténébreux»
Ne présente à mes sens que des objets affreux. (Ragan, Pt. lxxxvii.)
— ABIMER DANS l'esclavage, comme on dit abîmé dans le luxe, dans la débauche, dans les pleurs, etc. :
Tandis qu'en Ceselavage un autre hymen l'anime. (5erf., i, 3.)
Expression créée qu'il faut louer Corneille d* avoir su trouver, et blâmer Voltaire d'avoir critiquée.
ABJET, pour abject :
Un aveu si public qu'en feroit ma cdére,
£nfleroit trop l'orgueil de ton âme légère.
Et me convaincroit trop de co désir abjei
Qui me fait soupirer pour nn indigne objet. {Mél., ii, 3.)
Ma bouillante fureur no cherche qu'un objet ,
Vas, tu l'attirerois sur un sang trop abjeU {GaL du PûL, iv, 4.)
Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjetê
Ont voulu s'ennoblir par de si hauts projets. {Cin.f iv, 3.)
Et ne prendra jamais un cœur assez al^ei
Pour se laisser réduire à l'hymen d'un sujet. {Nicom., i, 1.)
Dis tout, Araspe, dis que le nom de sujet
Réduit toute leur gloire en un rang trop objet. (IM., ii, 1.)
Et vit en Gundebert un cceur assez objet
Four no mériter pas son frère pour sujet. {Perthar.^ i, 1.)
En Perse il n'est point de sujets,
Ce ne sont qu'esclaves objets, {Agés., ii. 1.)
Je me suis ravalé jusqu'au rang d'un coupable»
Jusqu'à l'ordre le plus objet, (Imii.^ m, 13.)
Corneille, eu écrivant abjet pour abject y et le faisant rimer avec
16 ABJET. — ABOI.
objet, projet et sujet , employait une forme usitée de son temps, mémo dans la prose :
Le commeDcement des autres arts est bas cl abjei^ aussi bien que leur exercice; celuy-cy est illustre, et commence par l'amitié. (Pkrhot d'Abl. , trad, de Lucien, le Parasite.)
En poésip, les exemples sont très-nombreux ; nous nous contenterons d'en citer un :
Le malheureux cousleau d'un traistre. son sujet, De qui rien ne sembloit plus vil ni plus abiei. L'a dépouillé de vie en sa chambre royale. Presque devant les yeux de sa garde loyale.
(J. Bbrt.. Compl, ou Diëc. /un.)
On disait de mùme infet ou infait, pour infect :
Par ne sçay quel malheur, sortit d'un buisson vert.
Contre le pied de celle à qui je fay service.
Pour la blesser à mort de son venin infait;
Et lors je m'escriay, pensant qu'il nous eust fait,
Moy un second Orphée, et elle une Eurydice. (Rons., iliiioiir«, t, lxxvii.)
ABOI. Corneille olIVe plusieurs emplois figurés très-remarquables de ce terme au pluriel.
Ah ! ce cruel discours me réduit aux abois. {Place Roy,, m, 6.)
L'hymen (ah! ce mot seul me réduit aux aboi^!)
I)'un amant odieux me va soumettre aux lois. [Ittid., tv, 6.)
Ah, quel âpre tourment! Quels douloureux aboi»!
Et que je sens de morts sans mourir une fois I (Héd., v, 4 )
Envers nos citoyens je sais quelle est ma faute.
Et leur rendrai bientôt tout ce que je leur ôte :
Mais pardonne aux abois d'une vieille amitié
Qui ne peut expirer sans me faire pitié. (Cin., ui, ^.)
Et je m'en sou?iendrois jusqu'aux dernitrs abois. {Théod,, i, 2.)
A ce dernier moment la conscience presse;
Pour rendre compte aux dieux tout respect humàtn cesse;
Et ces esprits légers, approchant des aboiSy
Pourroient bien se dédire une seconde fois. (/Vicom., iv^ 2.)
Tous ces mourants, Madame, à qui déjà la peste
Ne laissoil qu'un soupir, un seul moment de reste,
En cet heureux moment rappelés des abois.
Rendent grâces au ciel d'une commune voiv. {(Jtd.^ v, 3.}
Unissons ma vengeance à votre politique.
Pour sauver des abois toute la république. {Sert,, i, 3 )
De sa haine aux abois la licrté se redouble. (SopAon., v, 7.}
Corneille dit aussi mettre aux ahis, en parlant d'un emienii terrassé :
Au lieu même, au temps même, attaqué seul par irois,
J'en laissai deux sans vie, et mis l'autre aux abois, [Œd , i,ilj