‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 259 sur 389 · ÉTUDIER · texte numérisé non relu

ÉTUDIER

Considérez donc les avantages d'un homme qui n'apprend point par coenr; il se possède, il parle naturellement; il ne parle point en déclamateur; les choses coulent de source; ses expressions (si son naturel est riche pour Téloqnenee) sont vives et pleines de mouvement ; la chaleur même qui l'anime loi lait trouver des expressions et des figures qu'il n'auroit pu préparer dans sen émê^, (Fbn., Dial. sur nioq., n.)

ÉTUDIER, act., comme s étudier à, dans le sens d'affecter :

Et je nUtudiai cette douleur menteuse

Qu'à cause qu'en effet j'étois un peu honteuse

Qu'une autre en témoign&t plus de ressentiment. fl^é/., it^ 10.)

Et quoi qu'elle étudie un peu de faux respect, [HéraeL, i, 1.)

Cent fois je me révolte, et cent fois je succombe.

Tant ce calme forcé que y étudie en vain

Prés d'un si rare objet s'évanouit soudain. [Putek., u« IJ

— s'Étudier a, suivi d*un substantii :

Plus une &me est humiliée.

Plus elle M'eti étudiée

À ce noble ravalement. {Imit., ui, 48.)

On trouve, au dix-septième et au dix-huitième siècle, de nombreux exemples de s'étudiera, suivi d*un substantif, dans le sens de rechercher avec un soin attentif, s'appliquer activement à :

De grande quantité de témoignages, j'en produis seulement un petit nombre, m*eMtudiant à briofveté. (Calvin, Imtit, chrét., i, 17.)— Ne vous estudiant point tant ou repos général de votre royaume qu'au particulier de vous antres. ( Pasq., Reçh,t VI, 15.) — Tous les Romains en général s'estudièretu à l'embellissement de leur langue. (Id., Lett., i, 1.) — Conduict par l'impétuosité de quelques turbulens qui ne s'estudient qu'à mal. [Lett. miss, de Henri lY, 10 fév. 1580, t. i,p.272.) — C'est l'inconvénient le plus à craindre, et qui porte le plus de préjudice à ceux qui s'tstudient à l'acquisition de la prudence. (La M. Lb VAVga, Hom.acad.^ xxv.) — ^Un personnage grave ne s'étudie point à une si extravagante rhétorique. (Batlb, tHci. crit., art. Arooon, rem. A.; — Les calomniateurs qui 8*étudient aux moyens de ternir la réputation de leurs ennemis. (Malebr., Rech. délaver.^ m, 3* p., xi.) -^ Les Finnois s* étudient aux enchantements. (Regnard, Voy. de Laponie. )

On ne rencontre de nos jours que des exemples assez rares de cette forme heureuse :

n a fait pleurer pendant deux jours une femme jeune et belle qui depuis on mois s'étudiait aux poses les plus nobles, aux attitudes les plus royales, pour avoir l'honneur de paraître un moment devant loi. (M"* db Girardin, Lettres pari- «tennM, %l fév. 1847.)— Les dames s'étudient aux allures de marquises. (L. Vidill., Les Libres pem„ vi, 10.)

— ÉTUDIER, neutr., avec à, suivi d'un infinitif, comme s'étudier à :

Plus un homme à lui-même étudie à mourir,

Plus il commence à vivre à l'auteur de son être. (/imi., ii, l%.)

ÉVADER, neutr., four s'évader :

Noas nous amusons trop, il est temps d évader. {VlUuê. com.t ly, 9.)

Ce n'est pas mon dessein qu'on me fasse évader, {Pol., it, ].) Mais mon dessein n'étoit que de t'intimider,

Ou d'obliger quelqu'un à te faire évader, {Perik*, %, 6.)

Dans ces dernières phrases, évader peut être considéré comme employé neutralement par ellipse du pronom personnel.

Évader s* est très-longtemps employé neutralement^ conmie échapper :

Cela laissez, messire Maurice,

A ! vous voulez évader. (Farce du Badm»)

Le duc de Nemours, après avoir gagné deux de ses gardes, évade. (Pasq., Leu.f xiii, 10.) — 11 lui scroit mai aisé d'évader, (Ld., iirid.) Puisqu'il est en vos mains, sans hasard d'évader. Par les formes du droit il y faut procéder.

(J. 0£ ScHiL., Tyr et Sid., 2* journ., ii, 8.)

En sorte que lorsqu'il viendroit pour prendre sa place, il se tronveroit pris

luy-mesme sans aucun moyen d'évader. (Mbzbr., HUt, de Fr,, Franc. I*, 15^.]

Pour qui doit recourir à sa seule innocence.

Trouver lieu d'évader^ c'est trop d'intelligence. (T. Corn., Maixim.f y, 3.)

Bossuet a employé ce verbe neutralement au figuré, pour signifier, échapper à son adversaire par quelque évasion, chercher à esquiver une démonstration dont on est accablé :

De quelque côté que vous vous tourniez, il ne vous reste plus aucune défaite , aucun subterfuge, ni aucun moyen d'évader, voua êtes pris et convaincu. {^'Serm. pour le prem. dim. de F Av., ii.)

Nombre de verbes, dans l'ancienne langue, s'employaient ainsi neutralement, d'ordinaire à l'imitation du latin, dans des cas où le réfléchi serait aujourd'hui de rigueur. On disait, par exemple :

ABAISSER , comme s'abaisser, (Voir le Dictionnaire historique de la langue française.)

ABATARDIR, commc s'abâtardir. [Ibid,)

ABATTRE, comme s' abattre. [Ibid.)

ACCORDER , comme s'accorder ^ faire un accord :

Toy, marié, qui as une femme

Qui à toy ne peult accorder. (Dadodv., Lee Moy, d'éviter MérencoUe») Je ne puis croire que le roy ait accordé avec la cabale huguenotte, que ce ne soit souz des conditions bien considérables. {Caq. de FAcc.^ 5* journ.)

ACCROITRE , comme s'accroître :

L'aspect, en arrivant, plus fier apparoissott,

L'esclatante lueur prés de l'œil acroistoU. (P'Aub., Les Tragiq., v.)

AMUSER , comme s'amuser :

Vous amuse* toasjours à la pasiure. (Force de

APPAUVRIR, comme s^appauvrir :

La difflcnltë D'est pas en cela ; elle est au moyen de remboursement, que je ne oognoy point si asseuré et prompt que je le désirerois, estans mes aflaires en tel estât qae je ne fay que appauvrir en acquérant. [Uu. mi», de Henri iV, 85 janvier 1590, t. m, p. 196.)

ASSEMBLER , comme s'assetnbler :

Quant vint le mardy, environ cinq heures du vespre, commencèrent venir et auembler femmes, tant vielles comme jones, de tontes parts. {Lu Éwamp. deg QuiH,t éd. Jann., p. 81.)

ATTENDRIR, comme s'attendrir :

Qiund le roy de France vit leur grand humilité, le cueur luy attendrit. ( Le Rom* de Jeh. de Parie,)

BAISSER , comme se baisser :

La porte du Plessis ne s*ouvroit qu'il ne fnst hnict heures du matin, ny ne baieeoU le pont jusques à la dicte heure. (Cohhinbs, Chron. du roff Loye Z/.)

BRISER , comme se briser :

Tant va li poz au puis qu'il InrUe, (Gadtibr de Coinsi , de Homaeko infiumim pericUiato, etc., cap. xxxui.)

CONSUMER , comme se consumer :

Mais les méchants, dans la flamme éternelle. Où rien ne les peut secourir.

Brûlent sans consumer. (Racan, Ps., xxxiii.)

COURROUCER , comme se courroucer :

Il se mit à courroucer contre Duno. (Montluc, Comment,, ii.)

DÉPLACER , comme se déplacer :

Debout, que de ce lieu on ne desplaee, ( Force nouv., très-bonne et fort joyeuse, de GuHlerme qui mangea tesjlgues du cmrl,)

Mais si ce vient que je passe aulcuns jours Sans rien apprendre en quelque lien ou place, Incontinent il fault que je despiace,

(B. DoLET, Second Enfer, Bpist. i, à Franc. I'^)

Ce verbe s'emploie encore neutral. dans la locution connue : sans déplacer,

DÉSACCOUTUMER DE, comme se désaccoutumer de:

Raison ne veult que je disaecoutume

De vous servir. (Villon, Gram Testât. , cxxix.)

ÉBATTRE , comme 8*ébattre :

U alloit tOQSjours au matin esbatre au bois qui joinet à U fortresse. (Jbh. d'AetULSy Mélusine, éd. Jann., p. 88.)

ÉCHAUFFER, comuie s'échauffer :

Toas les ehevaax commencèrent à eschauffer et à deroourer derrière. (Jih. d'Ahras, Milutine, p. 30. )

ÉCLIPSER, comme s'éclipser :

Cest une chose fort estrange que de veoyr le soleil uelipter a mydy. (Paugb., Luelaire. de la long, franc., p. 521.)

ÉMOUVOIR , comme s'émouvoir :

Quant les anettes sentent la tempeste esmouvoir en l'air» et qu'elles voilent et crientsnr l'eau, bien sceventque pleuve aront sans tempeste. [Êv. des Qtten.»p. 135.)

ENDORMIR, comme /en(/ormtr, se trouve dans le Vocabulaire latinfrançais du XIV» siècle, publié par Escallier, au mot gonsopiri. ÉVANOUIR, comme s'évanouir :

La chaleur fut si grande qu'il en etvanouU, (D'Adb., Fœneste, iti, 7.) C'est assez faict pour esvanouyr

Qu'estre tousjoursen ces aboys. [Farce de Coiin qui ioueetdespUe Dieu,) Ce sot mari, qui de prime face avoit pensé etvanouir. (H. Estiiivni, Apol. pour Hérod.f c. 15.) — Elle estoit en grand danger d^esvanouir, (D'Urfé, Attréty i,4.)

FACHER, comme se fâcher :

Elle plaindra, elle faschera, De recbiner ne cessera. {Lee TéiUàres de mariage, quarte LecO

FAMILIARISER , commc se familiariser :

Gardant une humble et douce gravité, sans familiariter avec ceux qui leur parleront. (S. Franc, ob Sal., ContiiL pour les Relig. de ta Visit., zxiu.) — Qu'elle (la supérieure) ne familiarise pas en telle sorte avec les unes, que cela puisse servir de tentation d'envie aux autres. (Id., iàid,, xxix.)

FERMER , comme se fermer, être fermé :

La porte alloit fermer, (P'Aue., Hist. utûv,, iv, 4, l'* éd.)

FLÉTRIR, comme se flétrir:

Geste' fleur commence kftaitrir. (Palsoravb, Leiclaht, de la langue Jr., p. 651.) Mais par moi, mon humble fleurette

Fleurira tousjours sans flétrir. (J. os La Taille, Le Bios, de la marg.) Cependant que la jeunesse Nous répand de sa richesse, Tousjours gais nous florissons ; ' Mais soudain nous flétrissons.

Assaillis de la vieillesse. (Oliv. oi Magny, Od,, m, 1559.)

Il s'agissoit, non d'une couronne qui flétrit sur la tête du vainqueur, mais de cette couronne immortelle.... (Mascaron, Or, fun. de Tur,, m.)

6AUDIR, comme se gaitdtr :

Il alla gaudir à Paris. (CoQinLLART, Enquaie^)

Mieux vault gaudir et despencer. (Farce de Folle BobaneeJ)

Ils eussent bien voulu, par leurs dilations et remises, me faire perdre Tocea-

sion qui se présente de pacifier mon royanlme, pour faire tousjours leurs aflaiies

à mes despens, gaudir et profiter de mes travaux. ( Lea, nUsê, de Henri tV, t. rr.

HATER , comme se hâter :

H ne faut point tant kaster, et l'on a assez temps. (Gommines )

HÉRISSER , comme se hérisser :

Mes cheveux étonnez kériêtent en ma teste. (D'Aub., Les TVag., t.)

Sa barbe et ses cheveux de fureur hériuoient» ((d., i^id., iv.)

On a ven à ta table, en public, tes cheveux HérîMtêr en contant tels accidents affrenx. tld., t^iVf., v.)

JOUER DE, comme se jouer de :

Et bien! vous, conseillers des grandes compagnies,

Fils d'Adam qui jouez et des biens et des vies,

Dites vrai, c'est à Dieu que compte vous rendez,

Rendez-vous la justice ou si vous la vendez? (D'Aub., Les Trag,, m.)

XAMENTER, commc se lamenter:

Et bien! qu'avez-vous. qui lamenuz si fort? (Lariv., Les Esprits, iv, 3.) La malheureuse orfraie, Sur un chevron constante à lamenter^ Toute la nuit, par un cri qui Teffraie, A son chagrin semble encor insulter. (Sbnbcb, Cotu., Filer leparf. am.)

LEVER , comme se lever ^ ou se relever :

Leva Ernols de Mal-Bréon,

Qui moult est saiges de raison. (.Parton. de Blois, v. 6477, éd. Crap.)

Dés que l'aube [vient] veult lever,

{Les Drois noulv. establis sur les femmes.) Et tanlost aprez, leva la lune belle et clére. (Jeh. o'Arras, Métus. , p. 30.) — Et de fortune le soleil levaen mesme temps. (D'Urfb, Astrie^ i, 5.) — Je vous dy pour Euvangile que nul qui veult gaigner au jeu de dez ne se doit jamais asseoir, pour jouer, son dos devers la lune, où qu'elle soit lors, ains lui doit tourner le visage, ou se ce non, jamais il n'en lèvera sans perte. {LesÊvani^. des Quen. , p. 50. ) Lever à six, Manger à dix.

Souper à six, Coucher à dix,

Font vivre l'homme dix fois dix. (Recueil de Gruthsr.)

Et le pouvre homme porte toute la charge de la meson, de coucher tart et lever

matin. (Les quinze loyes de mar.^ m.) — Etsuy d'accord de lever demain, {tbid.)

Dans ce dernier exemple, où il s'agit d'ime femme» lever est dit comme relever, faire ses relemilles»

MAINTENIR, comme se maintenir :

ParDien, se dist le roy d'Arragon, ce seroit nne merveillense chose si ung simple bourgeois de Paris pouvoit maintenir en tel estât si longuement comme venir jusques icy. {Le Hom. de Jeh, de Paru,)

MOQUER , comme se moquer :

Je croy que vous mocquex. (Lariv., Le Fidèle, i, 3.)

MULTIPLIER, comme se multiplier .

Estant très-certain que, dedans et dehors, les praticques et desseins y muUiplient tons les jours. (Leti. mis*, de Henri IV, t. iv, p. 99.)

PLAINDRE, comme se plaindre. (Voir cet article.)

PRENDRE A , comme se prendre à , dans le sens de commencer :

Durement commence à plorer,

Puis eo plorant pr»i à parler. (FloireetBlancefl., éd. du Mér.,v.711.)

La dame pritt à regarder. (Liroum. du chast. de Coui;i,v. 175, éd. Crap.)

En son cuer prent à recorder

Le doux maintien et le parler

De sa dame à noble manière,

Qui n'est outrageuse ni fiére. [tbid., v. 311.)

Vers le chatel prent à aler. (fùid.j v. 430.)

Li chastelain prent à monter

En la salle qui fu bien painte. Jàid., v. 434.)

Disant ces motz, sa face colorée Print à blesmir. (J. Marot, Le Voyage de Gènes.)

RELEVER, comme se relever. (Voir cet article.) REPENTIR , comme se repentir :

Vous en pouvez repentir. (Rabel., i, 25.) REVEILLER , comme se réveiller :

Qui trois mois sont sans reêveilter (les loirs.) (Villon, Grant Test., cxxiu.)

La lune est coustumière

Rena'stre tous les mois ;

Mais quand nostre lumière

Sera morte une fois.

Longtemps sans réveiller

Nous faudra sommeiller. (Ronsard, Od., n, 5.)

ROIDIR , comme se roidir :

Les nerfs des jambes et des bras Roiditsent au mourant à l'heure du trespas. D'Adb., Les Trag., i.)

Deux fois le fer échappe à la main qui roidit. (Id., ibid.)

SERRER , comme se serrer :

Le cœur lui serra et tomba pasmé aux pieds du roi de France. [Le Rom. de Jeh. de Par.)

On dirait aujourd'hui : son cœur se serra.

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