‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 285 sur 389 · FORMER. — FORT · texte numérisé non relu

FORMER. — FORT

Madame» apprenez -moi quel espoir m'est permis. r Mon chagrin ne peut plus se forcer au silence. (T. Corn., Llnconn.^ ii, 2.)

C'est trop, et par pitié vous aves vu, je pense,

Que je me $uit forcée à quelque patience. (Id., Tliéodai, m, 4.)

-«*• SB FOBOER A, suivi d*un infinitif, se faire un effort pour» se faire un effort en, se contraindre à :

Tout indigne qu'il est de vivre et de régner,

Je sais bien que César te force â l'épargner. {Pomp,t v, 2.)

Cessez de voue forcer à devenir mon gendre.

Ce seroit un honneur qui ne vous plairoit pas,

Puisque la toison seule a pour vous des appas. [La Tois. d'or^ lu, 1.)

Je vous aime. Ce mot me coûte à prononcer,

Mais puisqu'il vous platt tant, je veux bien m'y forcer, {Attila, ii, 6.)

Âh! si vous voue forcez d'abandonner ces lieux,

Me m'assassinez point de vos cruels adieux. (Tlte et Bérén,, v, 4.)

Mais enfin je vous crois, et je ne puis penser

Qu'd feindre si longtemps vous paissiez vott« /oreer. (Rac, Mith ,iii,5.)

FORMER. Remarquable emploi au figuré :

Le sort, qui de l'honneur nous ouvre la barrière,

Offre à notre constance une illustre matière :

U épuise sa force à former un malheur,

Pour mieux se mesurer avec notre valeur. (Hor., m, 2.)

Racine a dit d'une manière très-analogue :

Ta haine a pris plaisir k former ma misère. {Androm., v, 5.)

FORT, subst., lieu où Ton est en sûreté, où l'on est en état de résister aux attaques :

Irriter on vainqueur en tête d'une armée

Prête à suivre en tous lieux sa colère allumée,

C'étoit trop hasarder, et j'ai cru pour le mieux

Qu'il falloit de son fort l'attirer en ces lieux. {Mcom.^ i, 5.)

On dit vulgairement, en parlant de quelqu'un , c*€st son fort^ pour dire, c'est dans cette partie qu'il est le plus instruit, qu'il brille le plus, qu'il est le plus en état de se défendre.

Corneille ne craint pas d'employer, dans le style soutenu, cette locution familière, et il la varie très-heureusement. Il dit, s' adressant à Louis XrV :

Pour moi, qui de louer n'eut jamais la m4thode.

J'ignore encor le tour du sonnet et de l'ode ;

Mon génie au thé&tre a voulu m'attacher,

H en a fait mon Jort, il sait m'y retrancher. (iVtcom., i, 4.)

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