‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 2)Chapitre 49 sur 389 · APPRENDRE (S · texte numérisé non relu

APPRENDRE (S

dun uvoc, au pari. , etc.) — En aUeadant d'élre en état de ranger ujm armée en bataille, il (Monsieur) «apprend à ranger les fauteuils. (Dm. os Cotvac» Mém.) — Il se trouvait au milieu d'un peuple dont il était atnié, mais sur loquel des hommes dangereux t'étaiêta apprit à exercer une domination absolve. (Nbceeb, Sur tadmin. de M, Necker,)

De môme s'apprendre sans a, pour se former, se dresser à quelque chose : I

PASQtjiN. Hé bien, monsieur, je m*apprendt, comme vous voyes.

MONCADB. Tu fais des merveilles. (Baron, CHomme à bonne fort., ti, 13.) |

11 n*est pas étonnant qu'on ait employé apprendre comme ' verbe réfléchi, puisqu'on a dit apprendre quelqu'un, aussi bien qu'instruire quelqu'un :

Et Dedalus voulant son filz aprendre Tôlier en l'air, son vol voulut hault prendre Trop plus beaucop que n'avoit fait son père.

(Gringohb. Folles entrepr., Bibl. elz., p. xvii.)

Pour luy raprendre son langage. Nous le mettrons en une cage; On y apprend bien les oy seaux

A parler. (Farce de Maiâtre Mimin.)

Je n'ay faict ce traicté sinon Que pour aprendre ung mien amy.

[L'an de rhétorique pour rimer en plutieure sortes de rimes. Âne. poés. franc.. L m.)

Tant d'humeurs, de sectes, de jugements, d'opinions « de lois et de coutumes, nous apprennent à juger sainement des nostres , et appremnent notre jugement à reconnoistre son imperfection et sa naturelle foiblesse, qui n'est pas un léger apprentissage. ( Montaignb, Ess.^ i» 25. ) — Elle (la philosophie) fait état de séréner les tempestes de l'asme et à*apprendre la faim et les fièvres à rire. (Id., i^td.) ^ Pompée, Milanois, qui l'avoit appris à danser et faire des armes.(BBA]f T., Capif./r., Charles II.)— Et l'apprit si bien.... (Lar., Nuicu, iii»^.)

Un sien juge choisi, par lui jugé, appris,

Et depuis fugitif. (D'Aub., Les TVa^., iv.)

Et encore au dix-huitième siècle :

Le temps et vos leçons Vapprendront à chanter. (Boissr, Les Dehors tronp, , i. 7.)

On trouve encore une trace de l'ancien emploi que nous signa- Ions dans les locutions familières : c'est un homme mal appris, &est un mal appris.

C'est ainsi qu'on a encore dit, et très-heureusement :

Mendier n'est pas honte à la cour; c'est tonte la vie d'un courtisan. Dés l'enfance, appris à cela, voué à cet état par honneur^ il s'en acquitte bien autrement que ceux qui mendient par paresse ou par nécessité. (P.-L. Cour., SimpU di»c.)

Du reste, il était très-fréquent dans l'ancienne langue d'em* ployer le pronom personnel devant certains verbes neutres dont l'action se réfléchit en quelque sorte sur le sujet. Ce point très-

APPRENDRE (S'). — s'accolcher. — se combattre. 4]

curieux de grammaire n* ayant jamais été , que nous sachions, mis en relief, nous croyons utile de saisir cette occasion de rétablir par de nombreux exemples.

On trouve donc :

s'accoucher, comme accoucher :

Où les femmes ^accouchent sans plainte et sans effroi.

(Montaigne, Es$., 1. i, c. 22.) J'avois délibéré d'attendre que la royne ma femme te Jusi accouchée. (Leu. mu. de Bemi IV, 2 sept. 1601, t. v, p. 462.)

s*AiMER A, comme atm^ à ;

Arislippns s^aimoii à vivre étranger partout. (BIontaigne, Es». , 1. m, c. 9.)

s'apparaître, pour apparaître, dans le sens de se montrer

tout à coup :

Dune s'aparut li jorz tuz clers. (BenoIt, Chron. des ducs de Norm., ii, 2184.) — Qoi s'aparut k Moysel. [ùotopathos, Bibl. elzév.. v. 1150.)

Les trois rois de grant noblesse ,

Acomplir vouldrent leur promesse

Devant l'enfant, le roy Jhésus,

Là ce sont lez roys aparus, (Le Geu des trois roys,)

Un leu s'apparut à lay à la bauteur d'ane pique. (BRANT.,Capi/./r., Charles IX.) ' Il disoit an maistre da logis que l'esprit s'estoU apparu à luy. (Caquets de tauouchée, 2* journ.) — La bonne déesse s'estoit apparue à elle la nuict précédante. (Racam, Berg., Arg.)

Je pense à tout moment qu'il s'apparoist à moy. (Id., Psaum. il.]

C'est celle-là même qu'une antre fois s'apparut dans les roches de Bambouillet avec l'air et le visage de Diane. (Voit. , Lett. xii.) — Le Seigneur s* apparut à lai dans un buisson aident. (Mass., Serm. pour la Purifie.^ i) — Dés que Jésus-Christ ressuscité se fut apparu à lui. (Id., 5erfii. pour ie jour de Pâques, Béêurreeu, 1'* p. ) —Quelque chancelant qu'eût paru jusqu'alors saint Pierre, dés que Jésus-Christ ressuscité se fut apparu à lui, il s'affermit et se rassure. (Id.. ibid. ) — Le saint prophète Jérémie s'apparut à Judas Machabée, plein de gloire et de majesté. (Sacy. Trad. des Mach., préf. ) — Le roi déclara que le dieu des juifs s'était apparu à lui en Macédoine sous le même habit que portoit son grand prêtre. (Rollin. TV. des étud., 1. vi, 2 p., c. 1, art. 8.) — Anchise, prince troyen, issu de Dardanus et fils de Capys, plut si fort à Vénus, qu'elle s'apparut à lui sons la forme d'une belle nymphe, pour lui déclarer son amour. IBatlb, Diet. iisi., Anchise.)

SE CHANCELER, comme chanceler :

Sans qu'on se chaneeUe ou trépigne, Yuydons la place à bon goust.

(Le Débat de la nourrisse et de la ehamberitre. )

SE COMBATTRE, commc Combattre :

Pur son amor genteroent se combat, Ardiement asalu lo leopart.

(ÎBÉftouLDB, La Chans. de Roland, texte de Venise, fol. 72, r», col. 2.;

44 APPRENDRE (S'j. — se commencer. — se consentir.

Li quens Rolland gentement se combat, (Id., ibid.^ m, 662.)

Ireement «e cumbat al leupart. (Id., ibid,^ ii, 73.)

Par mon serment j'enrage Que je n'ay à qui me combattre! [Farce du franc archier.)

Avec le dur le mol se combatoU : (Cl. Mar., Met. dCOv,^ 1. i.;

Ne fut advis qu'en ce grand chemin sec Un jeune enfant se combatoU avec

Un grand serpent et dangereux aspic. (Id., Bailade du jour de Ifoil.) Le froid voudroit le chaud exterminer : Pareillement le sec avec l'humide Se combattroitt s'il étoit d'amour vuide. (Ch. Font., De Cam.)

SE COMMENCER, comine commencer. Voir cet article.

SE COMMUNIER, comme communier :

On distribuera en sorte le bénéfice de la communion entre les sœurs, que tour à tour il s'en communie trois tous les jours. (Fr. de Sal., Constit. pour le* reiiy, de la Visit. , 21 . } — Après s'être récréée modérément à l'exercice des Muses , elle demeure la plupart du temps retirée en sa chapelle, faisant prières à Dieu, pleine d'ardeur et de véhémence, ne communiant une ou deux fois 4a semaine. (J. d'Ar- NALT, Les Antiq, de la ville d^Agen et pays agénois.)

Très-anciennement on a dit de même se accomminger :

Et se accommingèrem les trois parts de l'est. (Froiss., Chron.)

SE CONDESCENDRE, comme condescendre :

Prendra-t-il donc le parti de la ligue? Je crains qu'il ne s*y puisse coudescendrct pour plusieurs considérations. (Pasq., Leit. xi, 2.)

SE CONSENTIR, commo consentir :

Hz auront, et je m'y consens.

Sans l'estuy, mes grandes lunettes.

(Villon, Grant Testam,, Ballade de bonne Doctr., 147.) De poinct en poinct je m'y consens. (Id., ibid., Lays, 171.)

Cestuy duc. en parlant à elle, luy fist moult de grandes choses promesses, affin qu'elle se conseniiàt à sa voulenté. La fille, espérant les choses promises, se consentit à sa voulenté incoptinent. [Le Violier des hist. rom., c. i. } — L'âme est blanche et nette, et se le corps ne se consentist à faire pechié, elle fenst louzjours blanche. [Le livre du cheval, de La Tour, c. 8. )

Le droit le veult et raison s'i consent, [Le Doctrinal des fiUes à maria.) Ces mots finis, le laurier «*y consent

En ses rameaux qui sont faits de relent. (Cl. Har., Uét, d^Ov.^ 1. i.j Si menterie en mes propos je mets , Je me consens qu'il face que jamais

Je ne le voye. (Id., ibid,)

Par vostre foy, vouldriez-vous bien estre ma femme, si voslre père le vouloit et si je m'y consens. ( Le Aom. de Jehan de Paris. ) Mais prie à Dieu qui me confonde Si jamais à homme du monde De riens me voulus consentir. (Farce moralisie.)

APPRENDRE (S').— se courir. — se délibérer. 45 SE COURIR, comme courir :

Puis s'en courut à Clymène sa mère,

Lui rapporter l'injure tant amére. (Cl. Mar., Met, (TOv., 1. 1 )

RE CRAINDRE, comme craindre :

io me crendreie que \08 vos meslisiez. (Thbr. , La Chans, de Roi., i, 35.) C'est-i-dire : « Vous vous feriez, j'en ai peur, quelque affaire. » ~ Et par celle voye les bonnes se craignoient et se tenoient plus fermes et plus closes de ne faire chose dont elles peussent perdre leur honneur et leur estât. (Le Livre du cheval, de La Tour, c. 118. ) — Le pape se craignant qu'on luy ttnt propos qui peut offenser les ambassadeurs des autres princes qui estoient autour de luy, manda au roi.... (Montaigne, Ess , i, 10.)— Les gens de bien, ny vivans, ny morts, n'ont aucunement à se craindre des dieux. (Id., ibid,, m, 12.)

SE DÉCHOIR, comme déchoir au sens matériel :

Comme on void au poinct du jour

Tout autour Rougir la rose espanie.

Et puis on la void au soir

Se déchoir A terre toute fanie. (Ronsard, Odes, m, 4.)

SE DÉDAIGNER, commc dédaigner :

Du temps que je commençay à porter les armes, le titre de capitaine estoit tiltre d'honneur, et des gentilshommes de bonne maison ne se dédaignaient de le porter. (Moktluc, Comment., vu.)

SE DÉJEUNER, comme déjeuner. L'ancienne forme était trèsraisonnable et voulait dire se mettre hors de jeûne :

Cellni qui a les fièvres quaruines face tant qu'il trouve le treffle à quatre fneilles, et s'en desjune par quatre jours. {Les Evang, des Quenouilles, bibl. elz., p. 87. } — Qui veult boire de toutes manières de vins et avec toutes manières de gens sans estre yvre, sachiez qu'il ne fault que se desjuner d'une pomme sûre au matin , et boire un trait de fresche eaue , et sans faulte il ïïp sera ce jour yvre. (idùl., p. 91.) — Une femme qui veult avoir petis enfans, tandis qu'elle porte se doit desjuner au matin d'une tostée de pain blanc en vin. (làid,)

SE DÉLIBÉRER, comme délibérer' :

Le basse-contre , voyant qu'il y perdoit son temps ^ son argent et sa peine , se délibéra de ne s'y attendre plus. (Des Périers, Nouv , m, éd. L. M. ) — Depuis cette bataille^ LucuUus se délibéra de tirer plus avant en pays, pour achever de miner et détruire du tout ce roy barbare. ( Amtot, Vies, Lucullus. ) — Un valet de chambre de Charles, dernier duc d'Alençon, estant averti que sa femme, beaucoup plus jeune que lui, se laissoit enuetenir par un jeune gentilhomme, et ne l'ayant voulu croire dés le commencement, en la fin se délibéra d'en faire Teipérience. (H. Est., Apol. pour Hérod., xv.j — Je me délibère, quoy qu'il en paisse advenir, me bazarder et l'avoir de force. (Lariv., Les EcoL, i, 1.) ^ Je me délibère^ puisque je me trouve bien à Paris, de demeurer au service de M"» Angélique. (Fr. d'Amboiss, Les Pfapol., v, 12.) ^ Par les affaires que de jour à autre on me suscite, contre lesquelles je me délibère de lutter avec tant

46 APPRENDRE (S').— se deviser. — se dormir.

de constance qu'enfin... (Lcu. miu, de Henri !V, t. ii, p. 307, à la reine d'Angleterre.)— Par un effort de sagesse extraordinaire, je me detiberay de cherchoi mon salut en ma fuite. (TbÉOPH., Epiu. tt Action à Dicme, ouie Chass. amoureux, — Se délibéra par l'advis de tous de le faire et establir son lieutenant-général, pour commander ainsi que luy-mesme en toutes ses armées. ( Mim, de Chevnmy, 1587.) — Il se délibéra d'accomplir ce qu'il avoit promis. ( Sorel, Francion , iv. ) — L'on m'enseigna môme un certain livre fort nouveau, et d'un auteur fort renommé, que je me deliberay d'acheter, pour y apprendre comment il falloit écrire selon le siècle. (Id., ibid., v.)

SE DEVISER, comme deviser :

Prenez le tout estre dit et escript pour demonstrer la fragilité de celles qui ainsi se devisent souvent quant ensamble se trouvent. ( Les Evang, des Qiien., éd. Jann., p. 97.)

Cependant, pauvres que nous sommes,

Nous endurons ces gentilshommes,

Depuis le matin jusque au soir

Se deviser sur un contoir

Avec nos femmes. (Grbvîn, Les ExbaUis, u 1-)

SE DINER, comme dîner :

A la feste de la Pentecouste,

Qui bien se dUie, cher lui couste [Ane. Prov.)

Du advocats pcrvertisseurs de droict et pilleurs de paovres gens, il se dipne ordinairement et ne iuy manquent. (Rabbl., ii, 11.)

DU probablement par analogie vicieuse avec se déjeuner. SE DISPARAITRE, comme disparaître :

Durant lesquelles dances la dame invisiblement se disparM, (Rabbl., v, 95.)

SE DORMIR, comme dormir :

Caries se dorme qu'il ne s'esvelz mie.

(Thér., La Chans. de Rolandy ch. ii, texte de Venise.)

Karles se dort cum hume traveillet. {Ibid. éd. Gén., iv, 139.)

Caries se dort tresqu'al demain cler jur. [Uid,y 174.)

La bielle fille à l'empereur vint desous cel arbre là ù Coustans estoit ki se

dormoit. (U Contes dou roi Coustani à ^empereur, Nouv, françoises du xm* siècle,

Bibl. elzév.)

Certes, dame, de me dormir Me puige très-bien astenir.

{Li roumans dou chastelain de Couci, v. 513, éd. Crap.)

Et vous dormir entre blans draps

Despuis le soir jusque au matin. [Farce de Folle Boèance.)

11 se trouva en la chambre où la levriere se dormoit, {Cent Nouv. du roi

Louis XI, XXVIII. ) ^ Ainsi que une nuyct medormoye sur mon lict, ayant tous

mes membres de sommeil fort agravez, me survint ung songe merveilleux da>

quel fus moult esbahy. (Rob. Gobim, £e« Loups ravissons. Le Prol. de Tact.)

APPRENDRE (S*), —s'échapper. — s'essayer. 47

s'échapper a, comme échapper à, dans le sens de : N'ôtre pas saisi, aperçu , découvert , remarqué :

Cœor bamain, abtnte infiDÎ, qui dans tes profondes retraites caches tant de pensées différentes, qui s*échappent à tes propres yeux. (Boss^ Panég, de S. Victor, l** p. I ~ Plusieurs vérités s'échapperaient aux yeux de notre esprit, si quelque lage mattre ne nous tournait vers elles. (Lami, Entret. sur les sciences. 6« entr.)

s'Éclater, comme éclater :

.... croyant que le counoux Du père tout-puissant s'éelaUroit sur nous. (Troterel, Les Corriv.^w l.j 11 étoit bien à craindre que. si la chose duroît, il ne s'éclatât quelque mêsinleUigence et division intestine. (Richel., Mém.^ 1. xx, 1629.)

s'encourir, s'en aller, s'enfuir en courant :

U fut frappé de ces paroles comme d'un coup de massue, el s encourut tout tnnsporté frapper i la porte de la chambre où Doguin se mouroit. (Scarr. , Rwn. com., V^ p., c. 6.)

Ce discours fut à peine proféré,

Qae Técou tant «Viicourani.... (La Fokt., Conu*, Aveu indiscr.)

s'e.ntrer, conmie eiitrer :

En ses chambres «'en velt entrer,

(Flaire et Bloneefior, éd. du Mér., v, 1310, 2* vers.)

Pandaro arriva, à qui l'uys jamais ne se trouva fermé , et l'en entra en la

rhambre la où elle faisoit ses piteux plains. [Le Livre de Troilus, Bibl. elz., iv.)

—Si l'en eiurèrent dans la ville et vindrent devers le palays du roy. (Le Rom. de

Jek. de Par,)

s'essayer, comme essayer :

Par un secours trop tard venu s*essaye A surmonter la mort dure et perverse.

Et l'art en vain de médecine exerce. (Cl. Mar., Met, d^dv., 1. ii.. Le bon Abdolomin s'essayait par toutes voyes honnestes et légitimes de faire Upaix. ( ScBELARDas, Tyr et Sid,, Arg. ) — Qu'elles s*essaye»H de s'endormir tOQjours en quelque bonne pensée. ( Fn. db Sal., Directoire, art. 10. ) — Si je vsis où il est, je m'euayerai de lui en parler. (Id., Leit., à M">« de Chant., 39 sept. )6Û8.) — Hays ce qui est le pis, c'est que cette calamité y fait naistre une lamentable désunion, tandis que chacun s'essaye de tirer à soy le peu de moyens et d'argent qu'on y porte. (Id., A S. A. Ch. Emm. I*', 11 déc. 1020. Nouv, Ittt. iMéd., Lett. 264'. ) — 11 s'y trouva une telle foulle, concours et affluence de peuple, nonobstant tout l'ordre qu'on s'essayast à y donner, que les deux roys furent ung grand quart d'heure, dans l'allée du parc du dict Plessis, à se tendre les bras l'un à l'autre, sans se pouvoir joindre et approcher. (L'Estoilb.) Par menaces après, par piquantes injures, S'et*ay'$rent plonger cette &me en leurs ordures. (D'Aub-, TVaj/., iv.)

Les dames, mi-coiffées, A plaire à leurs mignons s'essayent eschauffées. fid., ibid,, v.)

On dit encore s'essayer, mais dans un sens différent.

48 APPRENDRE (S').— se feindre. — se pâlir.

SE TEINDRE, comme feindre :

Je vous entends venir, il ne faul plus vout feindre. (Racan, Berg,, ii, 2.) SE FORFAiRE, comme forfaire :

Jamais ne me voulux for/aire, {Farce des femmes.)

SE GiRE, comme gire :

Caries segiti, mais doelad de Bollanl. (Thbr., La Chant, de Rot., iv, 117) ~ € Et qu'esse-cy? » dist la fumelle Qui se gisoii dedans son licl. [Les Drois nouv. esiablù^sur tes femmes.)

SE LARMOYER , comme larmoyer :

Tout à un coup je ris et me larmoyé.

Et en plaisir maint grief tourment j'endure. (Louise Labb, £%.)

SE MARCHER , commo marcher :

Il estoit assez bon folastre,

Et se marchait de bon biés. {Farce de la Risurr. de Jen. Landore,)

SE MÉFAiRE, comme méfaire :

Jamais ne croyez en ce faict ,

Car point ne se vouldroit meffaire, ^Farce nouv. d'ang Mary jaloux.)

SE MOUSSER, comme mousser :

La liqueur de ce bassin est continuellement agitée, et ne fait que se mousser et s'élever en bouillons. [Sorel, Francion, m.)

SE MURIR, comme mûrir :

Le fruit est mauveys qi ne se meure, {Prov. de Fraunee,)

SE NAITRE, comme naître :

Ainssy le dlst et devisa

Qu'estoillo ystroit de Jacob

Et sy naistroit lors à ce cob ,

Un enfant des flans d'une famme

Sans santir natureil diffamme. {Le Geu des trois roys.)

Mais ores je suis en grand doute

Que de ceste badinerie

Se misse aucune fascherie. (Est. de Jodellb, Eugène, ii, 3 }

Bref, tu sçais quelles sont les envieuses rages Qui mesme au cœur des grands peuvent avoir vertu, Et qu'avec le mépris se naissent les outrages. (Chapelle, à sa Muse.)

SE PALIR, comme pâlir :

Là de ton tein se pallissoiem les fleurs. (Rons., Amours, i, 36.)

Si c'est aimer, avoir toujours dans l'&me Le souvenir d'une seule déesse;

Si c'est aimer, se pâlir de tristesse, /

Mourir absent des beautés de sa dame. (Ahadis Jamin, Sonnets.)

APPRENDRE (S'). — se partir. — se soupgoNiVer. 49

SE PARTIR, comme partir ; c'est la forme logique et conforme à Tétymologie [se partiri ab^ se séparer de) :

Après ceste proiëre se parti l'arme d'an cors au benoit marttr Rollant , et laissa le cors. ( La Chron, de Turpin. ) — Laquelle chose estant venue à la «ognoissance dudit sire de Talbot, «e pariU. incontinent et en grand haste de Bourdeaulx. (J. Chart., Chron. de CharU VU, c. 260.) — Se partirent les Anglois bieo joyeux d'Espagne , de ce qu'ilz avoient bien besongné. ( Le Rom. de J. de Par) — Las! qu'as-tu fait de l'en partir ainsi? ( Cl. Mab. , Epist , r, 1517.) — Dame Modeste luy respondit avec un grand souspir, qui se partit du plus profond du cœur. (Lariv., Facét.Nuicts de Slraparole, 5« nuict, fable .*>.)

SE PENSER, comme penser :

.... et bien se peiisoy oient Qu'à quelque chose serviroyent.

(Poésies attrib. à Villon, La Repue franche du Ijfmousin,) Sî me suis pensé que plus bel mariage on ne pourroit trouver. {Le Rom. de J. de Par. ) — Je me suis pensé de m'en aller en Espaigne en habit dissimulé. [!bid.) — Et en regardant la beauté et bonne grâce de sa fille Floride, qui pour l'heure n'avoit que douze ans, se pensa en luy-mesme que c'estoit bien la plos honneste personne qu'il avoyt jamais veue. (Haro. d'Ang., Hept., 10* nouv.)

SE PÉRIR, comme périr :

Mon amy, ton corps se perist :

Donnes à Dieu ton esprit,

El n'allègue plus tant de plaids. [Le Dise, du trespas de feri Janet, 1537. Poés. fr. des xv«et xvi* s., t. 1. Bibl. elzév.)

SE POURPENSER, commc pourpenser :

Ainsi que je me pourpensois

Se outre la haie passerois,

Je vis vers moi tout droit venant

Un valet bel et avenant. [Rom. de ta Rose.)

SE PRENDRE GARDE, commc prendre garde :

L'on se doit prendre garde mnoul de certains titres trompeurs, qui promettent beaucoup et ne tiennent rien. ^La Mothb le Vater, HoméL aead., ii, 2.)

Se, dans cette phrase, pourrait passer pour un régime indt>

rect.

SE RENTRER, commc rentrer :

Et se rentre en la chambre et ferme la porte sur luy. (Brant., Oamei gai., Disc. VI.)

SE REVERDIR, comme reverdir :

Le printemps est venu, et fait dehors si tresbel que les prez et les arbres et toutes antres choses se reverdissent. (Le Liv, de Troilus, Bibl. elzév., vu. )

SE SOUPÇONNER DE , commc soupçonner, ou plutôt se douter de :

Ëmée, se ioupçonnant de trahison, s'en est retournée en son logis. (Larit., La feuve^ iv, 3.)

80 APPRENDRE (S'). — se souper. — se tempêter. SE SOUPER, comme souper :

Souppe toy, sans aucan arresl,

Et garde bien la maison. (Faree de Jenmot.)

Un soir tout seuUet me touppoye

De ce taniinet que j'avoye. (Le Débat de Veau ci du vin,)

Le plus des fois Monseigneur se disne et toupe de biscuit et de la belle fontaine. [Cent Nottv, du roi Louit XI.)

On disait aussi être soupe, comme on disait se souper :

Elle s'embesongoe A Iny faire un peu de potaige.

Avec un petit de fromaige Et une foys de ripopé, Dont il est grandement souppé. [Serm. des Maulx de mcariage,)

Même observation que pour se dinet\ SE souRiREf comme sourire :

Vénus lors se sourisu {L* Enfer de la mère Cardifie.)

Ainsi qu'elle (Jeanne U% reine de Naples) tissoit un cordon de soye, le roy André lui demanda à quoy estoitbon cet ouvrage? Pour vous estrangler, responditelle en se sousriant : parole que le mary tourna en risée, qui sortit toutes-fois son effect. ;Pasq., Rech,, vi, 26.) — La roine Ëlisabetb dit à Parri (qui avoil projeté de l'assassiner) qu'il cstoit temps qu'elle se retirait, «comme celle qui devoit estre saignée le lendemain par l'ordonnance de ses médecins; et. en se sousriant, ajouta qu'on ne lui tireroil point tant de sang , comme beaucoup de gens désireroient. » (Id. , Catéch, des Jésuites, f. 208.)

Alors Vénus se sourit.

Et en le baisant le prit,

Puis sa main lui a soufflée

Pour guarir sa playe enflée. (Rons.. LAm. vol. de misL)

SE SOURIRE DE, comme sourire de :

Des capitaines des gardes et autres gens de guerre qui estoient là se «onriaient de le voir, à cet âge, parler d'aller sur le pré. (Racan, Vie de Math.) Jugez-en, s'il vous platt, par ce que je vais dire :

Vous pourrez bien vous en sourire, (Lorbt, Muse hist,, 90 juil. 1667.)

SE SOUSCRIRE, conime souscrire :

Je me souscris à vostre sentence et loue vostre advis. (Lariv., Le Fiif.,i, i.)

SE TARDER, couime tarder :

Del' respondre un petit se tarde. {Dolopathos, éd. elz., v. 648 )

Us se lardtnt de respons rendre.

(Flaire et Btanceflor, éd. du Mér. v. 669.)

SE TEMPÊTER, comme tempêter :

C'est à la loi salique que Ton en veut; c'est contre celle-là que l'on a vu

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