‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 172 sur 366 · DEVANT · texte numérisé non relu

DEVANT

— DEVANT QUE , comme avant que :

Cet emploi, fréquent dans Corneille comme chez tous les écrivains du dix-septième siècle, se retrouve jusque chez Voltaire et

d'autres poètes de son école :

ÉLBCTRE, revenant à elle et courant vers l'urne. Cruel, qu'osez-vous dire? Âh! ne m'en privez pas; et devant que j'expire, Laissez, laissez toucher à mes tremblantes mains Ces restes échappés à des dieux inhumains. (Volt., Oreste, m, 4.) Prenez mes, sentiments ; et, devant que je meure, Consolez mes vieux ans dont vous faites l'espoir. (Id., Tancr,, i, 4.)

Âh ! devant que j'expire, Cher prince, à mes regards^ le ciel peut te conduire.

(De Bellot, Pierre le Cruel, v, 6.)

Ces faits sont trop connus pour que nous nous y arrêtions ; ' nous nous contenterons d'observer que devant pour avant, devant que pour avant que, se disent encore parmi le peuple dans quelques provinces, comme dans la Normandie.

— PRENDRE LE PAS DEVANT, comine prendre le pas:

J'ai de l'ambition, et mon orgueil de reine

Ne peut voir sans chagrin une aulre souveraine

Qui, sur mon propre trône à mes yeux s'élevant.

Jusque dans mes États prenne le pas devant. {Sert., ii. 4.)

Voltaire a ainsi critiqué cette expression peu tragique :

« Prenne le pas devant, ne se dit plus et présente une petite idée. Voilà de ces choses qu'il faut ennoblir par l'expression. Racine dit: «Je ceignis la tiare, et marchai son égal. » Prendre le pas devant est une mauvaise façon de parUr, qui n'est pas pardonnable aux gazettes. >

Un poëte, très-estimé pour la délicatesse et l'élégance de son

style, n'a pas fait difficulté d'employer la locution que Voltaire

trouve si détestable :

Eh bien! soit, je le veux : notre siècle savant

Sur les temps écoulés a pris le pas devant. (Sénecb, ÊpU, , au C" d'Ayen.)

— CÉDER LE PAS DEVANT, commc céder le pas :

Vous êtes mon atnée, et c'est un avantage

Qui me fait vous devoir grande civilité;

Aussi veux-je céder le pas devant à l'âge,

Mais je ne puis souffrir autre inégalité. {Ayés.^ i, 1.}

On trouve d'une manière analogue, lâcher le pied devant :

Si, comme à ce vaillant Romain, on lui donne la louange d'avoir toujours vaincu ses ennemis, on ne peut le blâmer comme lui d'avoir jamais Idché le pied devant, (ScAHB., Portr.)

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