DEVENIR. — DEVERS
DEVENIR , suivi d'un participe passé, comme être :
A quel point ma vertu deviem-eWe réduUe!
Rien ne la sauroit plus garantir que la fuite. (fior,, iv^7.)^, é
DEVERS, suivi d'un nom de personne, comme vers : ^lÊÊ*
Courage donc, mon cœur, espérons un peu mieux. ' ^••-1^
Je sens bien que déjà devers lui tu t'envoles; ^f ^ "*
Mais pour t'accompagner je n'ai point de paroles. {La Gai. du Pal., m, 10.) Autre objet que mes yeux devers nous vous attire. {La Suiv,, ii, 3.)
0 ciel ! quel bon démon devers moi vous envoie,
Madame? {HéracL, y,2.)
Donc m'avisai que je me traîrots devers messire Thomas de Percy. (Froissart, Chron.f 1. iv, e. 40. ) — H maine les commères devers la dame en sa chambre , et vient le premier devers elle, et lui dit.... {Les quinze Joyes de vuiriage^ la tierce joye.) — Lors le bonhomme ne se peut tenir d'aller devers elle, et l'oit plaindre bassement de l'entrée de la chambre. {Ibid.) l\ est vray qu'amours m'a tiré Devers quelqu'ung qui retira
Mon cueur de grant captivité. (R. de Collerye, Monologue d'une Dame fort amoureuse d'ung sien amy.) Nous ne tarderons longuement après à faire nostre voyage devers vous. {Leu, miss, de Henri IV, t. iv, p. 182, 24 juin 1594.) — Ils ont advisé d'envoyer aucuns des plus notables d'entre eulx, tant en Angleterre que devers vous. {Ibid,^ 'p. 57, SOnov. 1593.) — Pour après marcher devers nous. (Mid., p. 512.) — Je viens tlevers lui. (Montaigne, Ess,)
Poussé d'un saint désir qui devers toi me guide. Je viens voir le pays, orgueilleux de ton nom.
(ScÉv. DE Ste-Mahtue, Sonnets.)
Vénus doutoit qui plus auroit de part en elle,
Ou un bel Adonis, ou un Mars furieux,
L'un platt par sa beauté, des autres la plus belle,
L'autre par sa valeur qui passe tous les dieux.
Quand det^ers ce grand duc ayant tourné les yeux.
Qui seul en soi la force et les beautés assemble;
Je veux, dit-elle, avoir cettui-ci pour le mieux,
Car, l'ayant, j'aurai Mars et Adonis ensemble. (Id., Bpigr.)
; Cette locution est particulièrement fréquente dans les lettres de Marguerite d^Ângouléme.
Elle se trouve même chez l'écrivain le plus correct du dixhuitième siècle :
Et l'on jura que si quelque brouillon Mettait jamais le trouble à la maison, On l'enverrait devers madame Oudrille.
(Volt., La Guerre eiv. de Genève, v.)
Devers pour vers est encore usité dans le langage rustique des environs de Paris.
DEVOIR. — DEVORER. îOi
DEVOIR, avec le plur., dans le sens d'actes de valeur, de dévouement, dont on s'acquitte en remplissant un devoir :
J'en aurai soin, allez : vos frères vous atteDdent;
Ne pensez qu'aux devoirs que vos pays demandent. {Hor., ii, 8.)
Le vers de Corneille recevra peutrôtre quelque élucidation des exemples suivants, où devoir est employé dans le sens autrefois , très-fréquent de zèle, efforts, bons ofiSces :
Que les Macédoniens s'évertueroient, attendu qu'ils aoroient à combattre pour sauver leurs femmes et leurs enfants, et qu'ils auroient leur roi présent, et voyant le debvoir que chacun d'eux feroit, et combattant lui-même en personne pour eux. (ÂMTOT, Vietf Paul-iGm.) — Des exploits qu'il fit en toute cette guerre, en voyant une partie faicte par la promptitude de sa hardiesse, une autre par son bon sens et bon conseil, une autre par le debvoir que firent ses amis qui le servirent de grande affection, et une autre par sa constance résolue et assurée au plus fort du péril. (Id., ibid.) — Il me tarde que le jour de demain soit arrivé, afin d'avertir notre roi et le vôtre du bon devoir que vous avez fait contre ceux qui sont cent fois pires que les Mores de Barbarie. (Montl., Conim., v.) — Le roi, votre maistre, sachant le debvoir que vous aurez fait, vous en saura meilleur gré que si vous combattiez pour lui-même. (Id., ibid.) — Il seroit impossible de vous raconter combien de debvoir ce gentil prince apporta à la conservation de la viUe. (Pasq., Leii., I, 11.) — La charge a été si furieuse, que quelque debvoir de vaillant capitaine qu'il y ait apporté, son cheval a été tué, lui blessé et pris. (Id., £,eii., IV, 18.) — Ceulx qui estoienl dans Noyon ont fait tous les debvoir» que peuvent rendre gens de bien en telles occasions. {Leit. miss, de Henri lY, t. m, p. 746).— Monsieur Daubray, je vous prie de croire que je n'ay jamais rien creu de vous que ce que je dois croire d'un gentilhomme d'honneur, et qui autant mérite en ceste cause que nul autre, un chascun sachant assez les devoirs que vous avez renduz en ceste ville durant le siège, et depuis, en toutes les occasions qui se sont présentées. (Mayenne à Daubray, dans Cayet, Chronol. novennaire, 1. iv, ann. 1593.) — De ces quatre-vingts, ne se sauvèrent que cinq, savoir trois des capitaines que nous avons nommez, un soldat et leur chef; les trois pour s'estre mis en faction, n'ayant peu tirer ce devoir de la lassitude de leurs gens. (D'Atra., Bist. univ., v, 16, !'• édit.)
— PETITS DEVOIRS, petites attentions, petites prévenances : -
Mille petits devoirs ont tant parlé pour moi, ' '^^
Qu'il ne m'est plus permis de douter de sa foi. {La Veuve^ i» 1.)
DÉVORER, iig. s'empiiesser à dévorer un règne d'un moment , expression d'une énergie intraduisible , et qui signifie à peu près : s'empresser d'arracher tous les biens, toutes les jouissances et toutes les faveurs que le maître peut domier ou laisser prendre : ^
Je les voyois tous trois se hâter sous un maître» #
Qui chargé d'un long âge a peu de temps à l'être ;
Et tous trois à l'envi s*empresser ardemment
A qui dévoreroii ce règne d*un moment, (Of/t., i, 1.)