EMPORTER
Car, si de ce combat j'emporfe la victoire,
SoQ sangpoar la venger peut jaillir sur ma gloire.
(Cyrano, Mort d'Àgripp,^ ii, 1.) Ils livrent des batailles ei emportent de glorieuses victoires, quelque autre en ramasse les fruits. {Le Polit, lutin, port, des ordon., etc., 1652.) — Si ma défaite avoit esté grande, la victoire que i'emportay sur mes envieux fut beaucoup plus grande que ma défaite. (Dassouct, Avanturet dUalie^ c. iii.) — Il s'imagiaoit qu'il emporteroii facilement la gloire des armes contre un novice non encore bien étably. (Mbzbrat, Hist. de fV.. Yi, Franc. I», 1515.) — Il faut que la force, la magnanimité, la prudence, et cent autres vertus soient le principe de ces victoires qu'on veut emporter sur les hommes. (Mascaron, Or, Jun,dtAnnedtAutr., ii.) — Il n'est pas possible à la fin que de telles extravagances, où l'impiété et l'absurdité combattent ensemble à qui emportera le dessus, n'ouvrent les yeux à nos frères. (Boss., Hiit, des variât, ^ xiii,21.) — Ne soyez donc pas surprise si, bien que votre &me soit la plus sensible, la mienne sait le mieux aimer ; et si, vous cédant en tant de choses, yemporte au moins le prix de l'amour. (J.-J. Rouss., La Nouv, BéloUe, i, 21.)
— .EMPORTER LE CHOIX DE QUELQU'UN, le décider par une sorte de contrainte morale :
Et l'offre pour Olhon de lui donner ma voix
Soudain en ma faveur emportera sou choix. {Oth., ii, 4.)
Que votre seul mérite emporu ce grand choix.
Sans que votre présence ait mendié de voix. {Pulch., i, 5.)
— Corneille dit encore dans le mt^me sens, e.mporter le premier RANG, EMPORTER l'approbation, l'obtenir, avec une énergie de signification (\\3l obtenir n'a pas :
Ces grands rois qu'en tous lieux a suivi la victoire.
Lui voyant emporter sur eux U premier rang,
En doviendroient jaloux, s'il n'étoit pas leur sang. {Androm,, prul.)
En vérité, monsieur, quelque approbation qu'ait emportée noire nouvelle Jocasle, elle n'a point fait faire tant de oA/ ah! dans l'hôtel de Bourgogne que votre lettre dans mon cabinet. {Lètt, à Cabbé de Pure, 12 mars 1659.)
— Dans ce sens de décider , entraîner , Corneille a encore dit , on parlant un très-bon français, malgré Tavis contraire de Voltaire :
Les faveurs du tyran emportant tes promesses. {linm, m, 4.)
On trouve encore quelques emplois particuliers de emporter dans le sens de remporter,' obtenir :
Philippe, pour la grandeur de ses mérites, emporta, par la voix des doctes, le surnom d'Auguste. (Pasq., Rech., m, '^9.)
— EMPORTER, faire céder, au sens matériel :
J'en ai su de lui-même ouvrir la fausse porte ;
Etant seule, et de nuit, le moindre effort Vemporte, {La Veuwe, m, uf
f42 EMPORTER.
— EMPORTER, eutrainer, au sens moral, se laisser emporter AU ravissement :
Permettez qne Je me laiise emporter am ravitsement qae me dooiM eetle percée» et que je m'écrie daoe ce transport. (Po/.. à la reiae régenu.]
— emporter a, suivi d'un infinitif, comme enirainer à :
Le souvenir des siens, l'orgueil de sa naissance,
L'emporte à tous moments à braver ma puissance. {Be'racL, i, 1.;
Ni le travail du corps, ni le soin nécessaire D'une pressante affaire.
Ne \'e$nporte à se disperser. (Imùi., Ji, I.)
— s'emporter a, suivi d'un nom de chose.
C'est une de ces locutions énergiques de la langue du laeilleur temps, que les dictionnaires ont eu le tort grave d*omettre» et qui était d'autant plus enregistrable que de bons écrivains de nos jours ont su la reprendre et la placer irës-lieureusement.
S'empof'ier, dans Corneille comme chez les auteurs les plus autorisés, se joint à diverses prépositions, et a le sens de se laisser aller, se laisser entrahier à, se laisser emporter jusqu'à l'excès de:
Mais tous deux i'emporianl à plus d'irrévérence. (Po/., ut, 2.)
Il n'y a certes qu'une extrême préoccupation qui puisse i'emporter à un tel reprocbe. (Boss., frag, sur div, mat. de conirov,, 8* frag.) — Je m emportai à des imprécations qu'on n'auroit pas dû attendre de la modération ordinaire de mon esprit. (M** db Yilled., Carmaii/., ii, 2. ) — Je m'aperçois que je me laisse ewhporur insensiblement à vos louanges, qui me viennent en foule sans les chercher. (Amklot, Il Ut, de Venise]^ 1677, épttre. —Voltaire Remporta contre Tévêque de Glocester à une fureur vraiment bouffonne. (Villbmain, Tableau de ia liitér.au dix^uitième tiècle\ xviii* leçon.)
Avec ellipse de se :
Laissant empoitcr son esprit, qui manque naturellement un peu d'assiette, aux impressions précipitées de la surprise. (Vai]Vb.n., Caracf., xviii.)
— s'emporter dans :
J'ai suivi tes conseils; mais plus jo l'ai flattée. Et plus dans V insolence elle s'est emportée; Si bien qu'enfin, outré de tant d'indignités,
Je m'allais emporter dans les extrémités. {Pomp., ii, 4.)
11 s'emportoit tous les jours dans des excès qui alloient jusqu'au scandale. (Retz, Mém., m. 1649.)
Avec cette heureuse aisance de modifier les locutions, on disait encore s'ertutorter au delà de :
Je m^emporie, monsieur, insensiblement beaucoup au deli de ce que vous m'avez demandé. (Ar.nauld, OEuvr,, t. i, p. 148.)