‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 211 sur 366 · ENCENS · texte numérisé non relu

ENCENS

A propos de remploi fait par Molière de la locution en Alger, M. Génin dit dans son Lexique :

« Cette façon de parler est née de Thorreur de nos pères poui rhiatus, nième en prose. A Alger leur paraissait intolérable. En pareil cas, ils appelaient à leur secours les consonnes euphoniques dont Vn était une des principales et disaient aller a(n) Alger. L'identité de prononciation a fait écrire par e, en Alger :

€ Je serai marié, si Ton veul, en Alger. » jCCoay., U Menu)

« Aujourd'hui que Feuphonie de notre langue a été détruite par l'intrusion des habitudes étrangères, tous les journaux écrivent, et Ton prononce à Alger. Cela s'appelle un perfectionnement logique. »

L'ingénieux philologue a fait ici, comme dans beaucoup d'autres occasions, de l'esprit en pure perte. Tant d'exemples que nous avons cités prouvent surabondamment que «n, dans la locution en Alger, n'est pas une corruption de an employé par euphonie pour à, puisque en se mettait aussi bien devant les noms de ville conuoençant par ima consonae que devant «eeuK qui commençaient par une voyelle : en Paris, en Naples, en Lacé" démone, en Consiantinople, en Babylone.

En s'emploie encore avec les noms de villes, aussi bien qu'avec les noms de provinces, dans le centre et dans le midi de la France.

— Corneille dit encore d'une manière analogue, en bellecour, pour à la place Belle-Cour :

Je loge en Belte-Cour, environ au milieu.

Dans un grand pavillon. {Hmu du Mené-, m, 3.)

On dit encore aujourd'hui à Lyon, En Belte*Cour, pour à la place Belle'Cour.

— EN, là-dessus :

N'en délibérons:) lus... {fiimna, ii, 1.)

ENCENS, avec le pluriel, au propre ou au figuré :

Gt 4(oe tu vaux est en toHméme,

Ta fais ton prix par tes vertas ; Tout las sMiciit d'antrmi sont enoent superflus. (Imil., ii, 6.)

Et ces hautes vertus que de vous il hérite Vous donnent votre part aux encen» qu'il mérite, (fïcf. (f« Aoi, en 106T.)

iHH EiNCENS.

Adieu ; quelques encem que tu veuilles m'offrifi

Je ne me saurois plus résoudre à les souffrir. [La Gai, du PaL, u, 84

Les novices de l'art, avec tous leurs encens^

Et leurs mots inconnus, qu'ils feignent tout-poissans^

Leurs berbes, leurs parfums et leurs cérémonies,

Apportent au métier des longueurs infinies. [Vitiuê. eam,, i, 2.)

Mais, quoique vos encetu le traitent d'immortel,

Cette grande victime est trop pour son autel. {Pomp., 1. 1.)

a Encens, dit Voltaire, ne souffre point le pluriel. On offre de l'encens aux immortels, mais Tencens ne traite point d'immortel. »

Juste pour le traitent d'immortel. Mais Voltaire a tort de reprendre encens au pluriel dans la tragédie de Corneille, comme il Tavait déjà repris dans une cde de Frédéric : « Uode à Sa Majesté la reine votre mère, écrivait-il au roi de Prusse, avril 4738, me parait votre plus bel ouvrage. Je n'y trouve à reprendre que quelques expressions qui ne sont pas tout à fait dans notre exactitude française. Nous ne disons pas des encens au pluriel. »

Encens se trouve avec le pluriel au sens propre et figuré, dans le style le plus sérieux comme dans le genre léger :

L'invention des encem et parfums aux églises. (Montaigjik, £m., i, 55.)

Tu sauras donc, ô mortel insensé.

Que mon courroux, tant de fois offensé Par de si noires Ames, Ne reçoit plus les vœux que des cœurs innocens.

Dont les voix et les fiâmes Eslevent ma louange avecque leurs encens, ^Racan, P^., xlix.)

Et vous, suivez l'auguste frère.

Pour qui désormais nos autels

Fumeront d'enceiu éternels

Sur l'un et sur l'autre hémispbère. (Chapelle, Leu. à M. tfEffiat.)

Hier, à la cbasse, prés d'elle.

Je vous regardois longtemps; Et, sans vous donner d*eneeni^ Vous me parûtes plus belle. (Mol., Peyckéy 1, 1.)

Cet empire que tient la raison sur les sens

Ne fait pas renoncer aux douceurs des encem. (Id., Femm, iav,, 1, 1.)

Aux encem qu'elle donne à son béros d'esprit. (Id., ibid,, 1, 3.)

Pour moi je ne vois rien de plus sot à mon sens

Qu'un auteur qui partout va gueuser des encem, (Id., ilnd.^ m, 5.)

Ce soin que vous voulez bien prendre de faire valoir nos bonnes intentiom et nos services, de porter nos vœux et nos eneene aux pieds du trdne, et de répandre sur le public et sur les particuliers le secours de vos bons offices, sont des grâces que vous renouvelez, et que nous ressentons toutes les années. (FLéca., Complim, à M, de Châteaun.)

ENCHAINER, 249

Que sa juste colère enfin soit désarmée, Et ne lui faisons plus sentir d'autre fumée

Que celle des doctes encens. (Sénkcé, ÊpU., Le Tabac.)

Corneille a donc suivi la tradition de la langue et parlé comme toute son époque en employant encens au pluriel.

A la remarque dont nous venons de prouver la fausseté, Voltaire ajoute :

« On peut observer ici qu'en aucune langue les métaux, les minéraux, les aromates, n'ont jamais de pluriel. Ainsi, chez toutes les nations on offre de l'or, de Tencens, de la myrrhe, et non des ors, des encens, des myrrhes, »

Palissot a relevé ainsi l'inexactitude de cette assertion :

c Voltaire se trompe évidemment en disant qu'en aucune langue les aromates, les métaux et les minéraux n'ont jamais de pluriel ; ils sont, au contraire, employés de préférence au pluriel par les poètes latins, et les exemples «en sont si fréquents, qu'il paraît qu'ils y attachaient de l'élégance. On y trouve ihura^ sulphura, atra, »

Pour remploi de thura^ ne voulant pas ici faire étalage de citations latines, nous nous contenterons d'indiquer : Virg., jEn,, viii, 65; Geùrg,, i, 57; CuL, 86. Hor., Od., i, 49, 44; iv, 4, 24, 22; Epît., II, 54 , 52 ; Sat,, i, 5, 99.

ENCHAINER a, fig., attacher inséparablement à :

Quel ordre a pu du trône exclure la jeunesse?

Quel astre à nos beaux jours enchaîne la faiblesse? {Vulch,, iv. 2.)

— ENCHAINER A, Contraindre à, nécessiter absolument à :

Et le seul hyménée Peut rompre le silence oU je suis enchaînée. (Smî*., ii, S.)

— ENCHAINER LES HASARDS, soumcttre Ics hasards à sa volonté :

Et ne rien hasarder, qu'on n'ait de toutes parts.

Autant qu'il est possible, enchaîné les hasards, {Au. y i, 1.)

On a dit, par imitation :

Nous avons par nos soins et par nos artifices

Du sortt autant qu'on peut, enchaîné le* caprices. (La Fossb, lfan/.,ii, 2.)

— ENCHAINER LA TENDRESSE , pour signifier l'cmpécher de se produire, d'éclater :

C'est la gène où réduit celles de votre sorte

La scrupuleuse loi du respect qu'on leur porte

11 arrête les vœux, captive les désirs.

Abaisse les regards, étouffe les soupirs,

Dans le milieu du cœur enchaîne la tendreise, (OiA., m, l-

i50 ENCOLURE. — ENDURER.

— EiNOHAiNER QUELQU'UN A SA PROMESSE, le Contraindre à Taccomplir :

Mais si vous m'enehainez à ce quefai promU,

Dès demain elle traite avec nos ennemis. {Sert,, it, 3.)

ENCOLURE. ÊTRE D*ENGOLURE A [uH infin.), être de taille, de tempérament à :

Aussi que vous cherchiez de ces sages coquettes

Qui bornent au babil leurs faveurs plus secrètes,

Et qui ne font l'amour que de babil et d'yeux?

Vous êtes (f encolure A vouloir un peu mieux. {Le Ment,, i, 1, l<* éd.)

ENDORMf, fig. PRUDENCE ENDORMIE :

Ma prudence n'est pas tout à fait endormie, (/ffcom., tu, 9.)

— BRAS ENDOBMI :

On supplante Alidor, du moins en apparence. Et sans ressentiment -tu souffres cette offense ! Ton €o«rage est muet, et ton trae endormi, {ta Pi, Aoy., itr, 3.)

ENDURCIR, avec un nom de chose, rendre plus fort, plus enraciné :

Il faut agir de force avec de tels esprits.

Seigneur, et qui les Datte endurcit leurs mépris. [Héraei., i, 1.)

ENDURCISSEMENT, avec le pluriel :

Qu'est-elle souvent (la vie) ! qu'un amas *

De sacrilèges, d'attentats,

D'endurcissemenii invincibles ! {fmit., i, tô.)

ENDURER, pris absolument :

Boire, et manger, et se vêtir, Sont d'étranges fardeaux qu'impose la nature ;

Oh I qu'un esprit ferme endure

Quand il s'y faut asaujetttr. (fmti., m, S6.)

Ab ! seigneur que 'y endure !

Que d'agitations me déchirent le cœur ! {Utéd,, m, 90.)

On a dit de môriie longtemps avant Corneille, et de son temps :

11 ies sceit kmam «t debtUMÛKs pour paciamment endurer. {Len ifuitueiopeM de

mariage, la quada |oj«.} Ah! que son cœur endure! RicuBUBa, Mirame, iv, 1.)

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