‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 222 sur 366 · ESCORTE. — ESPÉRANCE · texte numérisé non relu

ESCORTE. — ESPÉRANCE

Les mers pour noyer toat n'attendent que la loi«

La terre oÂTre à s'ouvrir sous le palais du roi.

L'air tient les vents tout prêts à suivre sa eoMre,

Tant la nature ttclave a peur de lui déplaire. {Méd., ui, 1.

Qu*oii admire avec quelle magnifique hardiesse le poète emploie encon; cet adjectif :

La liberté n'est rien, quand tout le monde est libre ;

Mais il est beau de l'être, et voir tout l'univers

Soupirer sous le joug, et gémir dans les fers.

Il est beau d'étaler cette prérogative

Aux yeux du Rhône esclave et de Rome captive. {Sert., iv,2..

On trouve une alliance de mots encore plus hardie et pins lieurcuMC dans la sc^no suivante. Cest Sertorius qui parle :

Sylla peut en effet quitter sa dictature;

Mais il peut faire aussi des consuls à son choix,

1)0 qui la pourpre eeclave agira sous ses lois.

Kt (rune autre manière non moins belle :

Kt que peut cet amour dont vous êtes maîtresse,

Cet amour, dont le tréno a toute la tendresse,

Kiclave ambitieux du suprême degré,

D'un titre qui l'allume et l'éteint à son gré? {Pmick,, i, 1.)

Père dénaturé, malheureux politique,

Knlave ambitieux d*une peur chimérique» l^oL, v, 6./

C'eat dans dt; pareilles associations de mots qu'éclate le mérite de création du grand poëte.

ESCOHTE, avec le pluriel:

Cependant par mon ordre on a mis garde aux portes,

Kt d'un amant suspect dispersé les escortes. {Sur., v, 1.)

Pour assurer ma fuite ai-je ici des escortes^ {iàid., v, 3.)

ESPÉi{AN(^K, en parlant de choses fâcheuses :

Je ne vous compte à rien le nom de mon époux.

C'est un bonheur pour moi qui n'est pas grand pour vous :

Mais après vos exploits, après votre naissance,

Après votre pouvoir, voyez notre espérance;

Et n'abandonnez pas à la main d'un bourreau

Ce qu'à nos tristes vœux promet un sort si beau. {f*ol., iv, 5.)

« On ne peut dire, observe Voltaire, après votre naissance^ (tprès votre pouvoir, comme on dit après vos exploits. Voyez notre espérance est le contraire de ce qu'elle entend. Voyez la juste terreur qui nous reste, où vous nous réduisez ; vous d'ime si grande naissance, vous qui avez tant de pouvoir I »

Page 1