‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 239 sur 366 · EXILER. — EXORABLE · texte numérisé non relu

EXILER. — EXORABLE

En ce faisant, esterez la tristesse Que mon cueur sent, en amére destresse.

Et si serez de pitié Vexemplairt. (R. de Collbr., Épitt.^ vi.)

Elles étoient auprès de madame leur grand'môre, qui étoit an exemplaire de vertu. (M*« db La Guette, Mém,)

Exemplaire, sans régime indirect, était autrefois très-fréquent clans le sens aujourd'hui vieilli de modèle, prototype :

De qui la main forma exemplaire* et causes. (D'AuBiorcB, Let Traçiq.)

On l'employait de même absolument, pour modèle en général :

Ensuy vir fault nos exemplaires. {JLe Courr» de la Mort contre les Ànglois.)

EXILER DE. Emploi un peu recherché au figuré :

Tyrannise un tyran qui triomphe de toi,

Et par un faux trophée usurpe sa victoire.

S'il est vrai que l'amour te vole tout mon cœur,

Exile de mes yeux cet insolent vainqueur, [La Toh. dor, iv, 2.)

— EXILÉ DE l'ame, en parlant d'un sentiment banni :

Tous nos vieux différends de leur âme exilés. {Rodog,, v, 1.)

EXORABLE , qui écoute favorablement :

0 dieux, qui comme vous la rendez adorable.

Rendez-la comme vous à mes vœux exorable, [Cin., m, 3.)

Voltaire relève très-bien l'énergie de cette expression dans cette remarque de son Commentaire :

< Exorable devrait se dire : c'est un terme sonore, intelligible, nécessaire, ^t digne des beaux vers que débite Cinna. l\ est bien étrange qu'on dise implacable et non placable ; âme inaltérable, et non pas âme altérable ; héros indomptable, et non héros domptaJiile, etc. »

On en trouve de beaux exemples avant Corneille ou de son temps :

A notre amour enfin serez- vous exorable? (Rotrou, Laure persic,, v, 10.)

Le ciel à mon amour seroit-il favorable,

Jusqu'à rendre sitôt Ariane exorable? (T. Corn., Ariane, iv, 5.)

Exorable a été employé du temps de Voltaire : * . i^' exorable i la prière (le prince), il soit ferme contre les demandes. (Vortesq.)

Mais l'usage de ce terme était exceptionnel; il commence à

s'accréditer à la fin du siècle, où l'on en trouve des exemples

comme celui-ci :

'« ^mlà quel est le peuple, même en insurrection, lorsqu'une constitution libre l'a rendu à sa dignité natnraUe, aC qu'il croit sa liberté blassée ; violent, mais exorabU; excessif, mais généfasx. (KiaiAB.)

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