GÊNER
nous qu' embarrasser j inquiéter. Ainsi Pyrrhus dit à Andromaque : Ah I que vous me gênez ! Il vient à la vérité originairement de g^ienne, vieux mot tiré de la Bible qui signifie torture , pripm; mais jamais il n'est pris en ce dernier sens. »
Corneille a encore dit :
Comme sa cruauté, pour mieux gêner Maurice,
Le forçoit de ses fils à voir le sacrifice,
Ce prince vit l'échange et l'alloit empêcher;
Mais l'acier des bourreaux fat plus prompt à trancher. {BéracL, ii, B-)
Et le commentateur a encore répété la même critique : « Forcer un père à voir égorger ses enfants, est-ce là simplement le gêner? n'est-ce pas lui faire souffrir un supplice affreux? Que le mot propre est rare , mais qu'il est nécessaire ! »
La remarque de Voltaire et ses interrogations et exclamations sont étonnantes, et presque risibles.
Corneille a dit encore dans le même sens, et d'une manière également irréprochable :
Puis-je d'un tel chagrin savoir quel est l'objet? GiNNA. Emilie et César. L'un et l'autre me gêne;
L'un me semble trop bon, l'autre trop inhumaine.
Plût aux dieux que César employât mieux ses soins,
Et s'en fit plus aimer, ou m'aimât un peu moins. (Ctii., m. S.)
C'est trop me gêner ^ parle. (tbid., m, A.)
La reine, à la gêner ^ prenant mille délices, Ne commettoit qu'à moi l'ordre de ses supplices. (Ibid,, i, 6.)
Ah ! que vous me gêriex Par cette retenue où vous vous obstinexl {lùid., m, 5.)
Mais quoi! vous soupirez?
pnjBB. J'en ai bien lieu, Madame !
CASsioPE. Le sujet?
PEKséE. Voire joie.
CASSIOPE. Elle vous gêne l'âme! [Àndrom., i, 4.)
Et puisqu'ici le ciel vous offre un autre époux,
D'un rang pareil au vôtre, et plus digne de vous.
Ne vous obstinez point à gêner une vie
Que de tant de malheurs vous voyez poursuivie. {La Tois. d'or, m, 2.)
Certes^ si je l'osois, je nommerois caprice
Ce trouble ingénieux à vous faire un supplice,
Et l'obstination des soucis superflus
Dont vous gêne ce cœur quand vous n'en voulez plus. [Soph,^ i, 3.;
Cependant cours au temple, et presse un peu la reine
D'y terminer des vœux dont la longueur me gêne. {Ibid. , m, 1.)