‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 283 sur 366 · GROS. — GUERE · texte numérisé non relu

GROS. — GUERE

Corneille a encore employé grade pour rang^ dignité y dans une de ses tragédies :

Rome n'atuche point le grade à la noblesse. (Serf., ii, 3.)

GROS, subst., au sens matériel, multitude, bataillon :

Albin Ta rencontré dans la proche campagne ;

Un gro9 de coartisans en foule l'accompagne. {f*oL, i> 4.)

Un chétif centenier des troupes de Mysie,

Qu'un gros de mutinés élut par fantaisie,

Oser arrogamment se vanter à mes yeux

D'être juste seigneur du bien de mes aïeux !

Lui qui n'a pour l'empire autre droit que ses crimes,

Lui qui de tous les miens fit autant de victimes»

Croire s'être lavé d'un si noir attentat

En imputant leur perte au repos de l'Eut! [HéracL, i, 2.)

Tout ce groi de saintes légions Qui de ton grand palais peuplent les régions. i/i/iii., ni, 21.)

GroSy dans cette signification , ne s*emploie plus que dans ces locutions : le gros d'une armée, d'une troupe, un gros de soldats. Autrefois ce terme se prêtait à une plus grande variété d'acceptions : Hs commencèrent à se rallier ei firent ungrw, (E. Pasq., LetL^ xi, 15.)

— GROS, au sens moral, une grande quantité, une multitude :

Qu'heureux est ce moment où sa bonté déploie

Sur un grot d'amertume un peu de ses douceurs ! [Imii., ii, 8.)

GROSSIR, neutral., au sens moral, comme grandir, croître : Chaque jour a sous vous grossi sa renommée. {Oth., m, 3.)

Ha conquête m'échappe où les vôtres grossissent. tSur., i, 3.)

Autrefois grossir, pour grandir, croître, comme gros pour grand, était usité très-fréquemment dans le style soutenu et noble. A la fin du dix-septième siècle, Boursault se moqua de cet emploi et le décrédita dans sa comédie des Mots à la mode.

— GROSSIR, activement, dans le sens d'accroître :

Que vous prenez de peine à grossir vos ennuis. {Vllius. corn,, v, 2.)

Pourquoi toi-même en proie à tes vives douleurs

Cherches-tu sans raison à grossir tes malheurs? (Boil., Le Lutrin, yi.)

GUERE , dont la signification primitive et véritable, dans la langue d'oc, comme dans la langue d'oïl, est beaucoup, et quelquefois un peu , n*est plus usité qu'avec ne. Corneille, comme les écrivains de son temps et ceux qui Tavaient précédé, remploie sans négation; ou s'il y en a une dans la phrase, elle tombe uni- m quement sur le verbe.

Ainsi ne nous arrêtons point ni aux douze, ni aux vingt-quatre heures; mais

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