‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 3)Chapitre 72 sur 366 · BRANDON. — BRANLE · texte numérisé non relu

BRANDON. — BRANLE

Scarron a employé cette expression dans des vers qui ne peuvent pas être cités. Elle se rencontre chez plusieurs autres auteurs comiques ou burlesques, presque toujours employée d'une manière plus ou moins obscène. Nous nous cotitent<3rons de citer cet exemple d'un prédécesseur de Corneille :

Pour un moment modérés cette braise.

Vous baiserés chez moi plus à votre aise. (Hardt, /.« Triomphe dAmoër,)

BRANDON, employé pour flammes^ en parlant du feu dont est brûlé le corps de Creuse couverte de la robe empoisonnée de Médée :

Mais cette infortunée à peine l'a vêtue (la robe).

Qu'elle sent aussitôt une ardeur qui la lue ;

Un feu subtil s'allume, et ses brandons épars

Sur votre don fatal courent de toutes parts. {Méd., v. 1.)

Brandon s'est autrefois employé pour feu en général, conformément à rétymôlogie allemande brandy feu, incendie, brennen, brûler. On le trouve assez souvent au seizième siècle , avec cette signification au figuré. Ronsard s'en sert plusieurs fois. Un de nos anciens poètes, moins connu, a dit dans le môme sens :

Laisseras tu en deuil et ennuy celles

Que les brandons et vifves estincelles

De Cupido atouchent de si prés,

Que eaux de Damalz. marjolaines, cyprès

Et romarains, veids lauriers et lavandes

Ne leur font rien. {Cresiin.)

On trouve de même, au dix-septième siècle, dans le sens d'^-

tincelle :

Je fais une description d'une nuit dans laquelle je m'arreste à parler, entre autres choses, de certains vers luisaus qui volent comme les mouches, et dont toute l'Italie et tous les autres pays du Levant sont remplis. H n*y a rien de si agréable au monde que de les voir, car ils jetlent de dessous les ailes^ à chaque mouvement, deux brandons de feu gros comme le pouce, et j'en ay veu quelquesfois tous les crins de nos chevaux tout couverts, et tous nos propres cheveux mesmes (St-Amand, Bloyse sauvée préface.)

Brandon est encore usité dans quelques provinces pour signifier des feux. Ainsi, en Picardie, on appelle brandons les feux de la Saint-Jean ; dans la même province, on nomme aussi brandon tout feu de courte durée, comme un feu de paille, un feu de broutilles; on dira : Faites-moi vite un bon brandon.

BRANLE, fig. LE BRANLE DE LA ROUE DE LA FORTUNE :

Ainsi de notre espoir la fortune se joue,

Tout s'élève, ou s'abaisse au branle de sa roue. {Ulus. com.t v, 5.>

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