‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 105 sur 342 · PLEUVOIR/ — PLUPART · texte numérisé non relu

PLEUVOIR/ — PLUPART

PLEUVOIR, fig., en parlaiit de Tor qui descend en pluie :

Je sais que Danaé fat son indigne mère,

Vor qui piMU dans son sein l'y forma d'adaitère. {Ândrom,, n

— PLEUVOIR, fig., en parlant d'argent donné en abondanci

Adien, de ton cdté si ta fais ton devoir,

Tu dois croire du mien que je ferai pleuvoir, [Le Ment; r\

Si vous vous mariez, il ne pleuvra plus guère. {Ibid., ^

PLONGER, V. a., fig. :

Et ce qu'ils ont osé contre leur servitude

N'en a rendu le joug que plus fort et plus rude.

Qu'a fait Mandonius, qu'a fait Indibilis,

Qu'i^ plonger plus avani leurs tr&nes avilis ? [Sertor,, i

Plonger leurs trônes plus avant dans la fange de la servitt image aussi belle que juste dans une pièce généralement gligée.

PLUIE, fig., en parlant d'argent :

Chère amie, entre nous, toutes tes révérences En ces occasions ne sont qu'impertinences.

Si ce n'est assez d'une (bourse) ouvre toutes les deux. Le métier que tu fais ne veut point de honteux. Sans te piquer d'honneur, crois qu'il n'est que de prendre. El que tenir vaut mieux mille fois que d'attendre, Cette pluie est fort douce, et quand j'en vois pleuvoir, J'ouvrirois jusqu'au cœur pour la mieux recevoir. [Le Ment., n Mettons cette pluie à couvert. {Ibid., i\

PLUPART, la plus grande partie, la plupart du bien :

Que cette disgrâce me met hors d'état de faire encore subsister ce fils dai service, où il a consumé la plupart de mon peu de bien pour remplir avec bon le poste qu'il y occupe. {Leiu)

Cette locution composée, qui s'écrivait autrefois en deux m avec ou sans trait d*union, et remplaçait la plus grande p usitée auparavant, s'employait dans des cas très-nombreux, parlant de choses matérielles ou morales, pour signifier la ] grande partie :

... Et dura le passage des gens-d'armes celuy jour, et la plus-part du jo (Oliv. de La Marchb, Mém,, i, 25.) — Depuis son couronnement il reconqi Paris, Ponthoise et la plus part de son royaulme. (J. Do Clbrq. Mém., i, 1 Il prie les lecteurs que l'on ne face pas comparaison du stile d'an homn guerre à l'éloquence d'un excellent orateur qui y avoit employé la pitu pa sa vie. (Amtot, Vies, J. Caesar.) — H estudioit et escrivoit la plus part de la i à la lampe. (Id., ibid., Démosth.) — Un nommé Scipion Brandano, homm

niMTaise vie , et comme tel, banny de moo royaume , après avoir espoaaé la veufve da feu procureur Bourdin, personnage de grande doctrine et de beaucoup à$ moyens, et avoir dissipé mal à propos la pluspart des biens et substance de cette maison et vendu le reste, s'est enfin retiré hors de mon dict royaume. (Uff. Mtff. de Henri IV, t. iv, p. 881, au grand-duc de Toscane, 30 juin 1595.) — La pbu part de la trouppe est remplie d'amour, qui... (D'UaFé, VAurie, k la berg. Astrée.) — Nous estions alors à Vienne, où est la pluspari des possessions de Rosidor. (Id., ibid., i, 8.) ~ Je fus contrainct de me mettre sur un lit, d'où je ne bougeay de la phupart du jour. (Id., ibid., ii, 4.) — Employant le jour à senir ses maîtres, et la plupart de la nuit à étudier, il fit des progrès si considérables... (Batu, DicL ont,, art. Ramus.)

Aujourd'hui la plupart est un collectif partitif signifiant toujours et uniquement le plus grand nombre, excepté dans quelques locutions conservées de Tancienne langue, comme la plupart du temps,

PLUS, pour le plus^ comparatif au lieu du superlatif, à la manière deâ Latins :

Ton sexe qui défend ce que plus il désire,

Voit fou à contre-cœur... (Clit.y v, 3, !'•• éd. jusqu'à 1644 inclus.)

Vos discours par les leurs ne sont pas effacés.

J'en garde en mon esprit les forces plu$ pressantes,

Et toutes vos raisons me sont encor présentes. {Uor., v, .?.)

Le jour est encor long, et, ce qui plut m'effraie,

La moitié de l'avis se trouve déjà vraie. C'o/., ii, 4.)

Le trdne de mon père Ne fait pas le bonbeur que plut je considère. [Mcom., iv, 5 )

Ce n'est pas, en effet, ce qui plus m'embarrasse. (Sertor,, iv, j;.)

Moins de maux s'épandroient par toutes les contrées, Le trouble et le scandale y nattroient moins souvent. Et des cloîtres plus saints les murailles sacrées

Donneroient moins d'entrées

A l'esprit décevant. {imit.t i, 3, éd. 1651.)

Tout ce qui plus le souille, C'est cet impur attacbement. (Ibid., ii, l.)

Rien de plus fréquent autrefois :

Oi-moy, mon fils aisné, ma substance plus chère. {La Compl, de France,)

Car le vers plus coulant est le vers plus parfait.

(JoACUiM DU Bbllay, U Poéie courtisan.)

U faut tousjours courir au bien plus nécessaire. (L.-C. Discbbt, i/is., i, 4.)

Je croy que sous Tbabit de ces trois bavoletles.

Nous voyons de la cour les dames plus parfaites. (Id., ibid,, m, S,\

Ob Italien ne peut avoir faict un ouvrage si françois et si poly, qui montre une Pvfiiete cognoissance de toutes les affaires, et du naturel de toutes les personnes P^w signalées de France. {Sot. Min,, Disc, de l'impr.)

11 se veut rendre assubjettis,

Par les inoipps les plu§ petits,

Les fronts fltu hautains de la terre. (P'Aubignb, Lçs Ttag,, préf.) C'est en ces sièges lents, ces sièges sans fûtié,

Que des seins p/iu aimants s'envole l'an^itié. (Id., ibii., i.)

Car il paioit mieux qu'eux, mienx qn'eox avoil 8«aci D'assembler, de cercber les esprits plus habiles. (Id., îMtf., ii.)

L'occasion s'offrit que Henri, secoqd roVi En la llercuriale ordonna par sa loy Le fen ponr peine deiie aux âmes plus constantes. (Id.. ibid., m.)

Cet acte d'infamie avoit esté joué en la plussplendide compagnie et sur Teschaffaut plus relevé de la cbrestienté. (Id., Bisi. tiniv., v. 3, l** éd.)

Je veux marquer au lienp^ proche de vof ocBurs

Un chiffre égal... (V^ronnbau, L Impuissanc€f m, 3.)

Luy, qui n'eust jamais peur des bras plus furieux,

D'un vieux fou, d'un jaloux, appréhende les yeux !

(SCHBLANDRE. J)fr €t StdOft, 1'* joum., IV, 4.)

Pourquoy repousses-tu mes prières plus sainctes?

(Id., i^W., 2« joum,, 1, 1.) Le roussin plus fougueux par la bouche est mené.

(Id., ibid., m, I.) Pendant la guerre, j'ai couru où le feu estoit plus allumé pour l'estouffer. [Leu. uttss. de Henri IV, Aux députés du clergé, 28 sept. 1598.) — Fleurial, mon ami, tu perds aujourd'hui celui qui avoit plus d'envie de te faire du bien. (D'IIani, tAstrée, i, 9.) — Je vous le jure par tous les serments qui nous sont plus saincts et sacrez. (Id., t^td., ii, 10.) — Faites le Jugement de moi qu'il vousplaira, pourvu que vous croyiez que vous venez en ma mémoire comme l'an des hommes du monde de qui j'estime plus l'amitié. (Malh., Leu., à Peiresc, 4 sept. 1606.)

Et c'est aux plus saints lieux que leurs mains sacrilèges

Font plus d'impiétés. (Id., Ode à Uuis XIII, 1627.)

Sous les herbes plus fueilluës et plus espoisses, les serpens et coleuvres foot leur retraicte. {Caq. de race, 8* journ.)

Mes amis plus secrets ne m'osent approcher.

(Le Parti, «o/yr., p. 3, édil. 1625, in^.) La première de toutes les lois dans les royaumes héréditaires, et celle quà peut avec plus de raison en être appelée la loi fondamentale, est celle qui en règle la succession. (Arnauld, ApoL pour les cathol, d'Anglet., xiii.) ~ Le lienqtt^ les unissoit plus fortement étoit celui de la vertu. (La Rue, OraU.fun. du iktupl^» et de la Dauph., ii.) — Nous craignons la censure du monde; et par là nou» avouons au monde que nous n'avons pas assez de force pour le mespriser, d»^^ les coi^ectures mesmes où nuus le jugeons plus mesprisable. (Bouao., Ser^"' pour le 2* dim, de l'Av. Sur le respect humain, i.) — Le choix d'un étal est, ^^ toutes les circonstances de la vie, celle où la méprise est plus ordinaire : le ch<>^ d'un état est de toutes les circonstances de la vie celle où la méprise est plu^ ^ craindre. (Mass., Serm, sur la vocal.) — Un grand plaisir qui vient lorsqu'on ^'^' attend le moins est celui qu'on goûte avec plus de douceur. (M** db Yillis"-' Amours des grands hommes, Bussy d'Amboise, i.)

Mais puisque l'avenir, en ses replis plus sombres, N'a rien dont mes regards ne pénétrent les ombres.

IPkhrault, Poème de lu pciHi?

On employait et Ton emploie encore quelquefois le superlatif dans un premier membre de phrase, et le comparatif dans un autre :

Je veux que sachez la plus grande adventare, el le cas plus estrange et noaveaa dont on oyt jamais parler depuis que le monde est monde. (Larivkt, Le Mor^ fondu, V, 6.)

Moy de qui les beaux yeux eschauffoient de leurs flammes Les lieux pA» esloignez et Us plus froides âmes.

(ScHBLANOBB, Tyr et Sidon, 2« journ.. i, 1.) Qui choisirons-nous? Le plus vertueux, le plus sage, le plus vaiUant? Mais nous Yoilà incontinent aux mains : chacun dira qu'il est ce plus vertueux, ce plus vaillant, ce pUu sage. (Nie, £««., Traité de la grand,, i, 5.)

Ce que ces derniers exemples montrent particulièrement, c*est (iu*en réalité nous n'avons pas en français de superlatif.

— PLUS, signifiant quelque chose de pis :

Au nom des dieux ne me le nommez pas, Son nom seul me prépare à plus que le trépas, {Sur,^ i, 3.)

— PLUS, sans négation, encore, davantage :

KUe est trop dans son cœur, on ne l'en peut chasser ;

Et c'est folie à nous que de plus y penser. (La Gai du PaL, i, 3.)

Que ce soit toutefois sans qu'il vous prenne envie

De les plus essayer au péril de ma vie. [làid.^ v, 4.)

Les Mores ont appris par force à vous connoître,

Et tant de fois vaincus, ils ont perdu le cœur

De se plus hasarder contre un si grand vainqueur. {Le Cid, ii, 3.)

Tai»-toi, si jamais plus tu me viens avertir... (Le Ment., i, 5.)

Donne>lui cette lettre, et moi, sans plus mentir.

Avec les'prisonniers j'irai me divertir. {Suite du Ment,, i, 6.)

Un tas d'hommes perdus de dettes et de crimes,

Qne pressent de mes lois les ordres légitimes.

Et qui, désespérant de les plus éviter,

Si tout n'est renversé, ne sauroient subsister. (Cinna, v, 1.)

}(| Enfin, madame, il est temps de vous rendre,

^1 Le besoin de*rËtat défend de plus attendre. [Héracl,, i, 3.)

Reprochez-moi plutôt toutes mes injustices.

Que de plus ravaler de si rares services. {<^tjés.,y^ 7.)

Signification autrefois très-commune :

Venez en trestous sanz plus dire. (La Pass. de yostre-Seigneur,)

Dieux, que vous estes mensongère !

Maudit soit qui plus vous croira. ;Desportbs. Villanelle.)

Escoute, il n'est jà besomg

De nous y rompre plus la teste. [Farce des CrU de Paris,)

A qvLoy venx-je pUit vivre, puis que j'ay perdn mes escns, que j'avois si soigoensement amasses, et que j'aymois et tenois pins chers que mes propres yen? (Labiv., Les Eipriu, lu, 6.) — J'ay perdu mon trésor, sans lequel je pers renvyo de plus vivre. (Id., ibid.t iv, 3.) -^ Se pourra-il jamais faire que je eroye pbu ani.parolles et larmes des femmes? (Id., La Consumée^ iv, 2.)

Non bras a fait périr ma maltresse et mon frère, Mon amour et mon sang. Hélas! qu'attends-je phu?

(RicuxuBU, Minam, v, 5.

Permettez-moi de vous dire que je romprai tout commerce avec yous, si je vois plus dans vos lettres ce grand vilain mot de Monsieur au haut de la page, avec quatre doigts entre-deux. (Dbspb., Lett. à Brossette, 10 juill. 1701.) — Ot défendit par cette occasion à tous les volontaires de plus suivre, s'ils n'étoient commandés. (Pelliss., Hist, de Louis XIY, 1. ii, 1664.) — Ferrât Bei. Ttu« naturel, gouverneur de Constantine, commandoit en roi sans presque piau reeoiinottre le Divan d'Alger qui Tavoit établi. (Id., ibid,)

Qu'aviez-vous p/ii«^ destins, à me faire endurer? (St-Sybbv., Soibi.)

— PLUS. Bel exemple d'inversion :

Plus grande en est la peine, et plus grande est la gloire.

(/MIC, 1, 3, éd. 1651.)

Et parmi ces objets, ce qui le plus m'afflige. {Pomp,, ▼, 4.)

On a prétendu, dans une critique déjà citée du siècle dernier, qu'il n'est pas permis dans le style noble de placer ainsi TadTerba au-devant du verbe, et qu'on ne peut pas dire en vers héroïques, ce qui davantage me plaît, et ce que patiemment je supporte^ et ce que à cimtre-ccsurje fais, ce que prudemment je diffère. Observation étroite et ignorante^ et digne à peine d'être mentionnée.

Un grand poëte de nos jours a parfaitement dit :

Plus obscure est la nuit et plus l'étoile y brille!

(Lamabt., Horm.. iv, Rép< aux Adieux de W. Scott)

— PLUS, avec d'autant mieux, au lieu de plus répété :

Plus une âme est bumiliée,

Plus elle s'est étudiée

A ce noble ravalement :

D'autant mieux cette ferme base

Soutient la haute et sitinte extase

Où je l'élève en un moment. (hnL, ui, 43.)

— Voici une autre inversion où l'on voit l'heureuse liberté de construction qui est particulière à Corneille :

Rien plus ne le retarde, et déjà ses trompettes

Aux confins de l'Artois lui servent d'interprètes. (£ef Fjief.dk roi fii 1007.)

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