‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 219 sur 342 · SI · texte numérisé non relu

SI

On peut regarder le conditionnel, dans cette phrase, comme amené par une ellipse, de même, à peu près, que dans cette autre d'un écrivain très-correct :

Quoique ce ne soit pas un ouvrage sans défaut, et que les sentimens de cet auteur (Doplessis) n'aient pas toujours été suivis, il est cependant utile de le lire de suite, pour apprendre à traiter les questions avec cette clarté qui en fait le principal mérite : et êi l'on y disireroU plus de solidité et de profondeur, on peut profiter beaucoup en le lisant, au moins par rapport à la méthode et à la manière de discuter les principes du droit coutumier. (D'Aoubssbau , Insiruciion sur rétude et Um exereiees propres à former Mm wmgiêtrat,)

— SI, elliptique :

Vous m'aimez, je Tai su de votre propre bouche,

Je l'ai su de Dorante, et votre amour me touche,

Si trop peu pour vous rendre un amour tout pareil,

Assez pour vous donner un fidèle conseil. [Suiu du Ment,^ y, 5.)

Cette ellipse, très-heureuse, se rencontre chez des auteurs de tout gaure :

Ils ne sont appelez, par blâmes différens.

Si paisibles, couards, «t justiciers, tyrans.

(ScBELANORB, Tyr et 5ûtoit, 1** Joum., i, 2.) M. le prince avoit convié plusieurs gentilshommes à son ballet, mais ils s'en eicQsèrent, si par faute d'argent, ou pour autres considérations, c'est à vous à le deviner. (Halh., Lett,, à P^iresc, 13 fév. 1615.)— Je ne puis dire asseurément quand je partiray d'icy, si dans un mois, dans deux, ou dans trois. (YoiToti. IcM., zxv.) — Sera le marchand vendeur tenu déclarer À l'acheteur la qualité |if. son vin, si de Bourgogne, «t vin françois. {Ordotm, de Louis X!V^ eoncemani §a juriêpr, des prév, des mareh., c. viii^ art. 13.)

La forme elliptique est encore remarquable dans ces phrases de Corneille : *

Je laisse au jugement de mes auditeurs, si je me suis assez bien acquitté de ce devoir, pour justifier par là ces deux scènes. {Examen du Cid,)

Et je remets, madame, au jugement de tous

Si qui donne à vos gens est sans amour pour vous.

Et si ce traitement marque une &me commune. (Le Ment,^ vi, 8.)

C'est-à-dire, à décider si. C'est un latinisme. Rien de si fréquent, en latin, que de sous-entendre une proposition tout entière devant si,

— SI, particule affirmative, dans le sens de néanmoins^ cepen-

dont : ,

Quoi ! tu veux te sauver à l'autre bord sans moi ?

Si faut-il qu'à ton cou je passe malgré toi. (Ifé/., iv, 6.)

Cette signification, si fréquente chez nos vieux auteurs, était

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encore, au dix-septième siècle, du meilleur style, témoin cette remarque de Vaugelas :

« Si, pour H est-ce que, « C'est ane façon de parler fort bonoe et fort élégante. H. de Malherbe, wmU êi diray'je en pauanu pour dire, n est-ce que je diray eu ptusani, »

Témoin surtout les nombreux emplois qu'on en trouve dans les écrivains de tout genre > poètes ou prosateurs :

Mes manx envenimez gagnent par tout mon corps,

Et, malgré mes efforts, Aux remèdes humains se rendent invincibles; Et si tons ces malheurs dont je suis menacé

Ne me sont point sensibles Comme le déplaisir de t*avoir offensé. * (Racàn, Ps., xzxvu.)

Mon roy voit ses villes désertes.

Ses plaines d'escadrons couvertes ; La violence a tout permis, On ne voit que fer et que fl&me.

Et «'il n'a point tant d'ennemis

Comme j'en porte dans mon âme. (Id., Ode,)

Je n'avois pas quinze ans lorsque je pris les armes, Lorsque j'allai chercher la mort dans les alarmes. Et si dés ce temps-là mon bras par mille exploits Domptoit les nations, et soamettoit les rois. (Tkistan, Marimmme^ i»8.) ie suis las d'écrire, mais si vous dirat-je encore que... (Malb., Lttt,, à Pliresc, 19 mai 1610.) — Quelque élevés qu'ils soient, si sont-ils unis ao moisdN des hommes par quelque endroit. (Pascal, Pens>^ éd. Louand., ch. viu.) ^"^ Vous avez beau faire; si faut-il ou croire, ou nier, ou douter. (Id., iML, ch. XXV, xLviii.) — Non, non, que ces femmes infidèles et que ces hommes corrompus se couvrent, s'ils peuvent, de toutes les ombres de la nuit, et enveloppent leurs actions deshonnéles dans l'obscurité d'une intrigue impénétrable ; si faut-il que Dieu les découvre un jour et qu'ils boivent la confusion, car ils en sont dignes. (Boss.f Deux, strm. pour le prem. dim. de C Avenir i.) — Si faat-U bieft pourtant trouver quelque moyen, quelque invention, quelque ruse, pour attraper notre brutal. (Mol., Le Sicilien, v.) — J'ai déjà eu querelle avec notre président, et «i, il n'y a que trois jours que je suis reçu. (Dancodrt. Le Retour des offhien^ se. II.) — Je n'ai encore vu personne qui ne soit charmé de votre instruction, et si j'en ai oui parler à bien des gens. (M** ns Maixtenon , Leit.t an cardinal de Noailles, 2 déc. 1697.)

Et encore dans la seconde moitié du dix-huitième siècle :

Les expressions sont toujours plus recherchées et les oreilles plus scropaleuses dans les pays plus corrompus. S'aperçoit-on que les entretiens de Im hiUe échauffent beaucoup la jeunesse qui les écoute? Si font bien les discrets propos du théâtre, et il vaudroit mieux qu'une jeune fille vtt cent parades qu'une seule représentation de l'Oracle. (J.-J. Roussbad, Leu. à d*Alêmbert sur Us spèetaeies.)

Ce sens est encore indiqué par la dernière édition du IHciimt^ naire de C Académie comme vieilli.

— SI PEU QUE, employé comme le peu que :

Si peu que j'ai d'espoir ne luit qu'avec contrainte. (Po/.* m, 1.)

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