SÇAVOIR MON, SAVOIR MON
En treis manières est dotis, Destreiz, angoissus e pensis :
Saveir s'en Dace tart u nun Sur le rei traïtur felun Qui si l'aveit deshérité E de la terre fors jeté , U saveir mun s'il aat en France Senz plus targer, sens demorance, U saveir mun si celé Anglée Que de morz a ensanglantée, Gastera plus ne destruira,
U si à son oés la retendra. (Bbn., Chron, diiducsdefUùrm., u, 1337.) Assez pensa... a celle chose, sçavoir mont s'elle la diroit a son frère. (Lan- CBLOT DU Lac, t. m, fol. 125, v», col. I et 2.)
On rencontre plusieurs fois chez Marot sçavoir mon, de même . que assavoir mon. On trouve la même forme chez divers écrivains du seizième siècle :
J'ay entrepris ce discours, sur ce que j'ay veu souvent faire ceste dispute parmy de grands capitaines, seigneurs, braves cavalliers et vaillans soldats, Miroir mou si l'on doit praiicquer grandes courtoisies et en user parmy les duels , combats» camps clos, estoquades et appels. (Brant., D'aucuns duels, etc.)
Gy gist un prélat honoré, Qui porte la barbe prolixe.
De couleur de vermeil doré, Brillant comme une estoile flxe.
Prescbant sur un enterrement, Il sermonna si longuement,
Qa'ii en trespaisa de destresse, Non sans laisser un sçavoir-mon Laquelle de ces denx choses est-ce Qui Int pins longœ en son espèce.
De sa barbe on de son sermon. (Tallem. des Rkaux, Les BittorieiteSt Ëpitaphe de M. de Rouen. Monm. et P. Parii, t. ly, p. 78.)
A la page 84 du tome iv de la belle édition deTallemant qui vient d'être citée, on lit cette note :
• L'expression sçavoir-mon, employée dans l'épitaphe, répond toi bien clairement i tawir; et Je la crois venne de la fapon de parler latine, fort nsitée dans les écoles, scire meum, à mon savoir» suivant ma façon de penser. Des bancs de l'école, elle sera passée dans le monde. Et l'on a dit aussi ; C*Mf mon, êaimon, âamom et ça mon, ce sont autant de formes corrompues du primitif savoir-wton ou à «avotr-moN. Dulorens, dans une satire imprimée en 1654, Nouveau Recueil des pluêteilee poésies... y p. 112:
Il te prise si fort, il t*en fait tant aeeroirc, Qa*à toat ce qa*il noua dit il faut respondre voire^ Ctsmorif oa pour le moins ae taire.
Là, eesmon répond encore à c'est mon opinion y mon avis. M. Boissonade. qui a bien voulu nous communiquer ses recherches sur cette façon ^e parler, Ta trouvée pour la dernière fois dans Regnard etDancourU »
Tous les faits qui vont encore suivre, comme ceux qui précèdent, ne permettent pas , croyons-nous, d'adopter cette étymologie, applicable au plus à quelques cas particuliers.
Mon se trouve aussi avec savoir à d'autres temps que le présent de l'infinitif :
Beau fils, dit l'amiral, say mon. {Le Boman de Mabriani, xxviu. ) — Galion lui va dire : Mamie, moult avez eu de poureté depuis que ne vous vis. Hélas! dit la dame, say mon. [Le Roman de Galien restauré, 75.) LE cuai. Tout fait, tout dit et tout comprins, Quelque chose y avez-vous aprins?
JSNIN. Say mon dea. {Farce de la Résurr. de Jenin Landore.)
Ha. fin apostre, Je cuide bien que sçavet mon.
{CoUn qui loue et despile Dieu en ung moment à cause de sa femme,) Un boulanger, prenant la parole pour le meusnier, qui estoit, comme je croy, «on eompéne, dit que cela estoit estrange que l'on blasmoit les personnes les plus nécessaires et desquelles on ne se pou voit passer. — Sçay mon! ma foy, dit on relieur; voilà des gens bien nécessaires, mais c'est pour tirer l'argent et ruiner entièrement le pauvre peuple. {Les Contens et Mesconiens sur le sujet du temps, 1649, in-4-.)
M. £. Foumier pense que sçay mon est ici pour ce mon^ ça mon. (Var. hist. et litt.^ t. v, p. 335. ) Les exemples précédents prouvent que l'estimable philologue est dans l'erreur, et que mon se joignait au verbe sçavoir^ savoir, à différentes personnes et i différents temps.
Mon se rencontre aussi employé avec savoir comme pur explétif, et sans que ce verbe forme avec la particule une sorte de locution composée. Ainsi on trouve pour savoir mon :
Ci sont, fant-il les genz le rei Qui de quor l'aiment e de fei.
Conte e baron de malt grant pris, Qui ca nos ont à vos tramis Pur taver mun quels genz vos estes, Quels lois vos tenez ne quels gestes.
(BenoIt, Chron. des ducs de Normandie, ii, 9979.)
L'affirmative mon se plaçait encore après des verbes autres que être et savoir, tels que faire, avoir, regarder, sentir, etc. :
Yvon, et Yvone, et Salemon Doi jou plorer? Voir ce fais mon,
Quar il furent buen cevalier. 'Phil. ftîuirsKB, mm., p. 211.)
Ce fai mon. (Poés. ms.y avant 1800, t. iv, p. 1503.)
Ce face mon. {Hisi, des trois Maries, en vers, ms., p. 241.)
Laisse m'achever mon sermon.
LE cuTsmiBR. Par ma foy, si ne feray mon,
Car tu ne dis cbose qui vaille. {Sermon joyeux de bien boyre.)
LA CHAMBRIÈRB. De toutes VOS cbambrières
Je suis le chois.
LB BADIN. Ce corbieu, ce faictes mon,
Vous venez au testament ;
Ne faictes pas? {Parce du Badin.)
' A ce compte, dit Socrate, tu estimes bien ce qui sert, et non pas ce qui nuit. Ce/oy-mon, dit Critobule. (La Bobtib, Le Mesnagier de Xenophon.)
LB CURB. Il mourut de soif.
LA FBiiiiB. Se/ist mon'. (Farce delaRésurr. delen, Landore,)
Hz le feront, par sainct Denys 1 De corne soufflez; (ce) feront mon,
{Sermon joyeux de la patience des femmes.) Par sainct Jehan, ce ne feray mon.
{Farce nouv., très-bonne et fort joyeuse, de f obstination des femmes.) LB MAGiSTBR. Au moius OU a bien veu comment Femmes ont le bruyt pour parler.
RAULBT. Ce ont mon; je prens sur mon serment. {Farce de maistre Mimn.) M. DB DBLA. Une chose qui est bien prise
Doibt-on louer?
M. DB DBÇA. Et ce /atcf monl
(R. DE CoLLBRYE, Diul. dc M. dc Delà et de M. de Deçà.) Voyez-vous, madame, je vous servirai bien, mais... Quel mais?disoil la dame. Agardei mon, disoit la garse. (Dbspbribrs, Contes, xlviii, éd. L. M.)
On a dit sentez mon, dans le sens de voyez :
Sentez mon comme il estpesans. {Fabl. ms, du Roy, n*72l8, fol. 141,
f, col. 1. Citât, de Ste-Palaye.)