‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 4)Chapitre 83 sur 342 · PARTIE. H · texte numérisé non relu

PARTIE. H

exerce sa tyrannie sur les vers comme sur la prose , a prononcé impérieusement contre lui.

Le non-accord du participe passé féminin conjugué avec avoir se rencontre assez rarement chez les poètes relativement corrects des quinzième et seizième siècles, parce que, dans la versification imparfaite du temps, où ne se faisait pas scrupule de compter pour une syllabe Ye muet placé après une voyelle, comme dans ces exemples :

Si forte suis, qae les plus vertueux

Voyant ma force, en ung commun proverbe

Nommée m'ont cité fiére et superbe. (J. Marot^ Le Voyage de Gènet.)

De même avec un participe passé accompagné de l'auxiliaire être :

Munie suis d'Alpes, rocz et montaignes,

Où roys et ducz ont planté leurs enseignes. (J.Marot, Le Voyagede Gè»es,)

Cet e muet final après une voyelle, et suivie d'une consonne, comptait également dans un substantif ou dans un adjectif :

Et bassement sans s'esloigner voloit,

Pour mieux choisir la proye qu'il vouloit. (Cl. Marot, Métam. d"Ov„ ii.)

Jamais de rien n'auray frayeur ne crainte, *

Comme asseuré que la pensée sainte

De TËternel gouverne en équité

Ce monde limité. (RoNS., 0<f., 0d.retranch.,Bibl.elz.,t.ii,p.399.)

Et n'ont peur de, voir terminée

Leur vie sinon en* tels lieux. (Id., ibid.y p. 402.)

Mais toy, qui hautain déprise

Une empruntée faveur. . (Id., ibid,, p. 458.)

Quelques-uns de ces vieux auteurs paraissent négliger complètement, et dans toutes sortes de cas, Taccord du participe passé conjugué avec avoir. Nous ne nous arrêtons pas sur ce fait, parce qu'il n'a auf un rapport avec l'exemple de Corneille.

PARTIE. PAIRE BIEN SA PARTIE, commc tenir bien sa partie, se bien acquitter de ce qu'il convient de faire :

Si tu Taimes, du moins, étant bien avertie,

Prends bien garde à ton fait, et /ait bien la partie. [Le Ment., iv, 9.)

— PARTIE, avec le pluriel, dans le sens de qualité :

Je m'étonne comment tant de belles parties En cet illustre amant sont si mal assorties.

Qu'il a si mauvais cœur avec de si bons yeux. {La Suiv», iv, 5.)

ns PARTIR.

La dernière édition du Dictionnaire de V Académie s'exprime ainsi sur cette acception : « Partie se dit aussi des bonnes qualités naturelles ou acquises. Il vieillit en ce sens. »

Il serait à souhaiter que de bons écrivains le rajeunissent. Voltaire en a parfaitement fait sentir Texcellencc :

« Le mot parfte, dit-il, se troave encore dans les comédies de CorneiUe pour esprit. Cet-homme a des parties. C'est ce que les Anglais appiellent par/«. Ce terme était excellent; car c'est le propre de l'homme de n'avoir que des parties; on a une sorte d'esprit, une sorte de talent; mais on ne les a pas tous. Le mot esprit est trop vague; et quand on vous dit, cet homme a de l'esprit^ vous avez raison de demander duquel. [Lett. à Vabbi d'Olivet,20 août 1761.)

Quelques exemples achèveront de faire voir combien cet emploi était heureux, et peut Tétre encore entre les mains d'habiles maîtres :

Quoiqu'il eût la civilité, l'extérieur et d'autres par<te« propres à cet effet, il n'en eut jamais ce je ne sais quoi qui est encore en cette matière plus requis qu'en toute autre. (Retz, Jlf^., i.) — Parmi donc de tels défauts, il ne seroit pas juste de lui nier des parties. (St-Simon, Mém.^ t. m, c. 30.) — Une personne de ce caractère fut fort sensible à un choix qui lui ouvroit une carrière si fort à son gré, mais elle eut le bon esprit de sentir qu'on ne venoit à elle que faute de ne pouvoir trouver un autre sujet qui rassemblât en soi tant de parties si manifestement convenables à la place qu'on lui offroit. (Id., ibid.^ c. 117.) —Tu as été sans doute un orateur célèbre. Tu avois de grandes parties; mais souvent tu t'es écarté du point en quoi consiste la perfection. (Fbn., Dial, des morts, i, 30. ) — On* ne peut rien attendre que de fort achevé d'une étude si consommée, d'un jugement si exact, d'un esprit si éclairé et d'une piété si solide. Et plût à Dieu que sa providence disposât les choses de telle sorte, que tant de grandes parties fussent employées encore plus utilement pour le bien général de toute TËglise. (Arnauld, OEuv.t t. 1, p. 694.) — Addison n'était pas fait pour les grands ouvrages, et n'avait pas les hautes parties du génie littéraire. (Yillem., Tabl. de la littir. au dix-huit, siècle.) — Le caractère incomplet de ce jeune homme, qui ne régna que onze mois et qui avait quelques parties royales, est fort bien rendu, ou du moins très-vraisemblablement, par l'historien. (Ste-Bbdye, Caus,, 7 févr. 1853.)

PARTIR, suivi de de, dans le sens d'être lancé :

A peine du palais i] sortoit dans la me, «

Qu'une flèche a parti d'une main inconnue. [Sur,^ y, 5.}

— PARTIR DE, au fig., dans le sens de sortir de, d'être produit, d'être commis par :

Périsse mon amour, périsse mon espoir

Plutôt que de ma main parte un crime si noir. {Cinruit m» 3.)

— PARTIR DE, fig., avoir telle chose pour principe, pour cause :

Et lors d'un sacré nœud l'inviolable étreinte

Tirera notre appui d'où partait notre crain'.e. [La Tois. d*or, i, %.}

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