‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 5)Chapitre 149 sur 375 · COURANT. — COURIR · texte numérisé non relu

COURANT. — COURIR

En parlant ainsi, il bnvait avec tant de courage, il confondait tellement toates les idées, que.... (Id., Zadig, c. xvi.)

— COURAGE, avec ce sens, se trouve chez Corneille joint à cœur dans une même phrase; ce qui paraît une pure négligence :

Ce fils, qui devoit être inceste et parricide.

Doit avoir un cœar lâche, un courage perfide. (OEd,^ iv, 4.)

— LES COURAGES, pour les hommes courageux y les hommes de cœur:

La prudence et les soins de Votre Majesté , les bons conseils qu'elle a pris,

les grands courages qu'elle a choisis pour les exécuter, ont agi si puissamment

dans tous les besoins de l'Ëtat, que ... (PoL, à la reine régente.)

Des plus nobles d'entre eux et des plus grands courages,

N'avez-vous pas les fils, dans Osca, pour otages? {Sert., i, 2.)

La parole suffit entre les grands courages, (Ibid.)

courant; employé comme cours :

*Je n'ose attribuer le bonheur qu'eurent ces deux comédies à l'ignorance des préceptes, qui était assez générale en ce temps-là, d'autant que ces mêmes préceptes, bien ou mal observés, doivent faire leur effet, bon ou mauvais, sur ceux même qui, faute de les savoir, s'abandonnent au courant des sentiments naturels. [Prem. Disc.)

COURANTE, subst. fém. , sorte de danse, apprendre une COURANTE VERS LA PRISON, pour signifier, s*y rendre en courant :

Je puis vers la prison apprendre une courante. {Suite du Ment., ii, 3.)

COURBER, employé neutralement :

Quatre monstres marins courbent sous ce fardeau. {La Tois. d^or, n, 3.)

A vaincre tant de fois mes forces s'affaiblissent.

L'^Ëtat est florissant, mais les peuples gémissent;

Leurs membres décharnés courbent sous mes hauts faits,

Et la gloire du trône accable les sujets. {La Tois. d'or, prol.)

La Harpe dit : « Courber n*est point un verbe neutre : c'est un verbe actif qui demande un régime. Ployer était le mot propre, s'il eût pu entrer dans le vers. » L'observation est complètement fausse; l'Académie elle-même indique l'emploi neutre courber sous le faix, et on rencontre des exemples nombreux et variés de cette signification nécessaire :

On void ces âmes assaillies et essayées par ces deux moyens, en seustenîlr l'un sans s'esbranler, et courber souz l'autre. (Mont., Ess., i, 1.)

Il courbait sous les fruits. (La Font., Fables, x, S.)

COURIR A, suivi d'un infinitif :

Qu'avec chaleur, Philippe, on court à le venger.

Lorsqu'on s'y voit forcé par son propre danger. {Pomp., ▼, 1)

COURONNE. — COURRATIER. 455

Si je ne puis fléchir, je cours à me venger. {Àudrom., v, 1.)

A est ici dans le sens de pour; on a donc eu tort d*y voir un solécisme, par la raison qu'on dit habituellement courir venger, saisir, prendre, combattre.

— COURIR, fîg., en parlant de la sueur :

Seigneur, voyez ses yeux Déjà tout égarés, troubles et furieux,

Cette affreuse sueur qui court sur son visage. {Rodog.y v, 4.)

Une froide sueur courut par tous les membres de son corps. (Fbn., TéUrn.^ vu.)

— LAISSER COURIR LE TEMPS, laisscr aller les choses sans s'in-, quiéter :

Laissons courir le temps, Et, malgré ses abus, vivons toujours contents. {La Veuve, m, 3.)

— FAIRE COURIR, cu parlant d'un livre, le débiter :

On l'a attribué au fameux Lope de Yéga ; mais il m'est tombé depuis peu entre les mains un volume de don Juan d'Alarcon, où il prétend que celte comédie est à lui , et se plaint des imprimeurs qui Vont fait courir sous le nom d'un autre. [Exam. du Ment.)

COURONNE , pour tête couronnée :

De quel œil voulez-vous, seigneur, qu'elle me donne

Une main refusée à plus d'une couronne,

Et qu'un si digne objet des vœux de tant de rois

Descende par votre ordre à cet indigne choix? {Sur., ni, 3.)

COURONNEMENT, pour couronnement d'une action, pour y mettre le comble :

Que pour couronnement d'une action si noire

Les mêmes assassins surent encor percer

Yarron, Turpilian^ Capiton et Macer. (Oc/i., i, 1.)

COURRATIER, courtier d'intrigues :

Mais si jamais je trouve ici ce courratier,

Je lui saurai, madame, apprendre son métier. {La Veuve, m, 7.)

CouratieTy couratière , ancienne forme des mots courtier^ cour- ' tière, se prenaient souvent en mauvaise part pour désigner de bas entremetteurs :

Il devint en un jour savant en tel métier,

Maquignon, revendeur, affronteur, couratier, (Rons., Hymn., ii, 10.)

La couratière, après leur avoir faict les caresses accoutumées, les conduict dans

un petit corps de logis sur le derrière , à cette fin de mieux et plus facilement

prendre leurs esbats sans estre inquiétés de personne. {Les plais, ruses et cabales

de trois bourgeoises de Paris, 1615, in-8*. Var, hist, et litt., t. vu.)

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