‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 5)Chapitre 27 sur 375 · U ABANDONNER. — ABIMER · texte numérisé non relu

U ABANDONNER. — ABIMER

des caractères à l'imprimeur, pour se servir du grand ou du petit, selon qu'ils se sont le mieux accommodez avec les lettres qui les joignent. (Préf. de : Le Tkéétre de P. Corn., édit. de 1682.)

— ABANDONNER (s') A, suivi d'uii infinitif, se laisser aller à :

La nature en fureur s'abandonne à tout faire. {Tiie et Bérénice, iv, 5.)

— ABANDONNÉ DE, prlvé de :

Qu'au milieu de toutes mes peines

Ce me soit un soulagement

D'être abandonné pleinement

Des consolations humaines. (îmit., m, 16-)

On trouve de même activement, abandonner de, priver de, cesser d'accorder :

Comme un navire en pleine mer, que les vents abandonnent de leur secours. (Mont., Essais^ ii, 12. ) — Sera-t-il dit qu'ils seront venus à notre unité y chercher leurs véritables frères dans les véritables enfants de l'Ëglise, pour être abandonnés de'leur secours? (Boss., Trois, serm, sur VRxali, de là croix, II.)

ABATTEMENT, avec le pluriel :

Où la santé manque de coeur,

La maladie est impuissante,

Ses abaitementSf ses douceurs,

Kendent fort peu d'hommes meilleurs. {ImiU^ i,23.)

On trouve de même chez des prosateurs de nos jours :

Lord Byron chevauchait le long de ce rivage solitaire : quels étaient ses peusers et ses chants, ses abaiiemerus et ses espérances? (Chat., Lin. angL, 5' pO Les affections légitimes..., comme toute chose en ce monde, ont leurs fatigu^^ et leurs abaiiemenis. (L. Vedillqt, Petite Philos,)

ABATTRE (S'), être abattu :

Si dessous sa valeur ce grand guerrier s'abat.

Je puis en faire cas, je puis l'aimer sans honte. (Le Cid^ n, 4 )

ABATTU, bas :

Un homme dont les biens font toutes les vertus.

Ne peut être estimé que des cœurs abattus, {MéL, iv, 1)

Pison a l'âme simple et l'esprit abattu, (Oikon, n, ^')

On peut même penser que la crainte de ces influences imaginaires, quieffraieoi

encore présentement les astrologues et les esprits foibles , est une espèce d'ado-

ration qu'une imagination abattue rend à l'idée de grandeur, et qui répréseMe ^^^

corps célestes. (Malebr., Rech, de la vérité, vu.)

ABIMER DANS, au propre et au figuré, plonger dans :

Tu n'as frappé mes yeux d'un moment de clarté

Que pour les abîmer dans plus d'obscurité. {U&r., *^ ^'^

ABIMER. — AHJET. 15

Dans l'état déplorable

Où m abîme du sort la haine impitoyable. (Perthar,, iv, 5.)

Otez-lui Rodelinde , et c'est assez pour moi.

Faites qu'elle aime ailleurs, et punissez son crime,

Par ce désespoir même où son change m*abime. {Ibid., ii, 1.)

Banni dans les enfers, il y veut abîmer

Ceux dont sa place au ciel doit être la conquête.

(OEuv. div.. Louange de la Vierge.) pectateur peut concevoir avec facilité que si un roi, pour trop s'abandonner bition, à l'amour, à la haine, à la vengeance, tombe dans un malheur si qu'il lui fait pitié , à plus forte raison , lui qui n'est qu'un homme du comdoit tenir la bride à de telles passions, de peur qu'elles ne Yabîment dans eil malheur. [Deiuc. Disc.)

a dit comme Corneille :

secrète jalousie, dont je ^,? pouvais me rendre le maître, dévorait mon t in'£t/>tfnat< dans la tristesse. (M"«Dauln., Waru;., m.)

trouve de même, abîmer en :

Ton courroux, qui m*abîme en des lieux ténébreux,

Ne présente à mes sens que des objets affreux. (Racan, Ps. lxxxvii.)

ABIMER DANS l'esclavage , comme 011 dit abîmé dans le dans la débauche, dans les plem's, etc. :

Tandis qu'en V esclavage un autre hymen Y abîme, (5er^, i, 3.)

pression créée qu'il faut louer Corneille d'avoir su trouver, amer Voltaire d'avoir critiquée.

^JET, pour abject :

Un aveu si public qu'en feroit ma colère,

Enfleroit trop l'orgueil de ton âme légère.

Et me convaincroit trop de ce désir abjei

Qui me fait soupirer pour un indigne objet. [Èlél., ii, 3.)

Ma bouillante fureur ne cherche qu'un objet ,

Vas, tu l'altirérois sur un sang trop abjei, {Gai. du PaL, iv, 4.)

Et dans les plus bas rangs les noms les plus abjeu

Ont voulu s'ennoblir par de si hauts projets. [Cin.y iv, 3.)

Et ne prendra jamais un cœur assez abjei

Pour se laisser réduire à l'hymen d'un sujet. {Nicom.^ i, 1.)

Dis tout, Araspe, dis que le nom de sujet

Réduit toute leur gloire en un rang trop abjet. (/M., ii, 1.)

Et vit en Gundebert un cœur assez abjel

Pour ne mériter pas son frère pour sujet. {Pertkar., i, 1.)

£n Perse il n'est point de sujets,

Ce ne sont qu'esclaves abjeis. (Âgés., ii, 1.)

ie me suis ravalé jusqu'au rang d'un coupable,

Jusqu'à l'ordre le plus abjet. [Imii., m, 13.)

►fûeille, en écrivant abjet pour abject, et le faisant rimer avec

46 ABJËT. — ABOI.

objets projet et svjet, employait une forme usitée de son temp même dans la prose :

Le commencement des autres arts est bas et abjei^t aussi bien que iearexe cice; celuy-cy est illustre, et commence par l'amitié. ( Pbrrot d*Abl. , (rod.; Lucien f le Parasite.)

-En poésie, les exemples sont très-nombreux ; nous nous coi tenterons d'en citer un :

Le malheureux cousteau d'un traistre. son sujet, De qui rien ne sembloit plus vil ni plus abjet^ L'a dépouillé de vie en sa chambre royale, Presque devant les yeux de sa garde loyale.

(J. Bert.. CompU ou Disc, fm

On disait de même infet ou in fait, '^ "^ur infect :

Par ne sçay quel malheur, sortit d'uu ttuisson vert.

Contre le pied de celle à qui je fay service.

Pour la blesser à mort de son venin iUfait ;

Et lors je m'escriay, pensant qu'il noits eust fait,

Moy un second Orphée, et elle une EiJrydice. (Bons., Amours, i, lxxv

ABOI. Corneille offre plusieurs ehiplois figurés tpès-remî quables de ce terme au pluriel.

Âh! ce cruel discours me réduH aux abois, {PlaceRoy.tMj

L'hymen (ah ! ce mot seul me réduit aux abois!)

I)'un amant odieux me va soumettre aux lois. [Ibid.^ vip

Âh, quel âpre tourment! Quels douloureux abois I

Et que je sens de morts sans mourir une fois I {Méd.f v,

Envers nos citoyens je sais quelle est ma faute.

Et leur rendrai bientôt tout ce que je leur ôte :

Mais pardonne aux abois d'une vieille amitié

Qui ne peut expirer sans me faire pitié. (Cin., m,

Et je m'en souviendrois jusqu'aux derniers abois, (Théod,, i,

A ce dernier moment la conscience presse;

Pour rendre compte aux dieux tout respect humain cesse;

Et ces esprits légers, approchant des abois^

Pourroient bien se dédire une seconde fois. (Aftcom., iv,

Tous ces mourants, Madame, à qui déjà la peste

Ne laissoit qu'un soupir, un seul moment de reste,

En cet heureux moment rappelés des abois,

Rendent grâces au ciel d'une commune voix. (6feU, v.

Unissons ma vengeance à votre politique,

Pour sauver des abois toute la république. {Sert,, U

De sa haine aux abois la (ierlé se redouble. {Sophon,^ v.

Corneille dit aussi mettre aux abois , en parlant d'un enue terrassé :

Au lieu même, au temps même, attaqué seul par trois,

J'en laissai deux suns vie, et mis l'autre aux aboie, {(Md, >#

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