‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en général (volume 5)Chapitre 363 sur 375 · INVAINCU · texte numérisé non relu

INVAINCU

Ton bras est invaincu, mais non pas invincible. (Le Cid., u,2.)

Ce bonheur a suivi leur courage invaincu

Qu'ils ont vu Rome libre autant qu'ils ont vécu. {Hor.^ in, 6.)

Que reste-t-il à dire? un courage invaincu? {Suite du Ment., ii, 3.)

Voici les remarques de Voltaire sur le vers : Ton bras est invaincu^ mais non pas invincible.

« Ce mot invaincu, dit-il, n'a point été employé par les autres écrivains; je n'en vois aucune raison : il signifie autre chose qu'incbmpté; un pays est indompté, un guerrier est invaincu. »

A propos du second exemple :

Ce bonheur a suivi leur courage invaincu,

le commentateur répète encore : « Ce mot invaincu n'a été employé que par Corneille, et devrait l'être, je crois, par tous . nos poètes. Une expression si bien mise à sa place dans le Cid et dans cette admirable scène ne doit jamais vieillir. »

M. l'abbé Féraud, dans son Dictionnaire critique, prétend, comme Voltaire, que l'adjectif invaincu est de l'invention de P. Corneille. C'est une erreur; on le trouve longtemps avant notre grand poète. Ronsard l'a employé plusieurs fois dans des exemples connus, et on en trouve, chez différents auteurs, d'autres en assez grand nombre, tels que ceux-ci :

Son courage toujours demeure invaincu, et ne se peut perdre pour quelque étonnement de la mort, tant espouvantable puisse-t-elle estre. (Mbrl. de Gocgaib, Théoph, Folengo, 1. 1^ p. 128.) — Quoiqu'on m'etiomène lié, je demeure néantmoins invaincUi vainqueur de mes ennemis. (Auyot, Vies, Eumène.)

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