COI. — COLERE
On trouve d'une manière analogue, avoir le cœur de, pour avoir le courage de :
Vaurois le cueur de te deffaire,
S'il n'y avoit excusation. (Farce du nouv. marié qui ne peuli fournir à fappoinctemeni.)
COI, tranquille, de pied coi, comme on dit de pied ferme :
Attends là de pied coi que je t'en avertisse.
(La Place. fiey., it. i, 1" édit. jusqu'à 1854 inclus.)
La locution de pied coi, ou simplement pied coi, était d'un
usage très-fréquent autrefois, et se trouve employée jusqu'à
Tépoque de Corneille, en prose comme en poésie :
Quand ils virent de près la profondeur de leur bataille si bien serrée, et où les hommes esloient plantés si fermes et de pied coy, ils reculèrent arrière. (Amyot, Vies. Crassus. ) — Si les ennemis vous courent sus, attendez-les de pied cou : s'ils attendent d* pied eoy courez leur sus. (Montaigne, Ess., i, 47.)— A la bataille de Pharsale entre autres reproches qu'on donne àPompeïus, c'est d'avoir arresté son armée pied cou attendant l'ennemy. (Id., îbid.)—\\ attendit de pied cou l'empereur. ( E. Paso. , Lett.t i, 2. ) — Et H. de Guise , sorti de sa chambre pour se trouver au conseil, fut attendu de pied coy sur la terrasse du chasteau par un gentilhomme auvergnat. ( Id., Itrid., xni, 5.) — De faire une armée plus nombreuse que la nostre de six mille hommes, et qui attendoit de pied coy dans de bons retranchements qu'il nous falloit forcer. (Naudé, Le Mascurat, in-4*, p. 412.)
COLÈRE, indignation, vengeance :
Sans emprunter ta main pour servir ma colère.
Je saurai bien venger mon pays et mon père. (Le Cidt m. 4.)
« Le mot de colère, dit Voltaire, ne paraît peut-être pas assez juste. On ne sent point de colère pour la mort d'un père mis au nombre des proscrits il y a trente ans. Le mot de ressentiment serait plus propre; mais, eu poésie, colère peut signifier indignation, ressentiment, souvenir des injures, désir de vengeance. »
— colère, avec le plur. :
Pressé de toutes parts des colères célestes... (Pompée, i, 1 )
Voltaire blâme encore légèrement cet emploi. « Colère, substantif, dit-il, n'admet point de pluriel. »
— Corneille se sert plusieurs autres fois de ce pluriel :
Puissent briser mon chef les traits les plus sévères
Que lancent des grands dieux les plus âpres colères;
Qu'ils s'unissent ensemble afin de me punir,
Si je ne perds la vie avant ton souvenir. (Méd.t m, 3.;
Les nymphes de la mer ne lui sont pas si chères,
Qu'il veuille s'abaisser à suivre leurs colères. (Androm., i, 1.)
Ma fille, si tu sais les nouvelles funestes
De ce dernier effort des colères célestes. (tbid,, n, 4.)
m COLÉRER. — COMBATTRE.
Colère au pluriel n'est-il point français, n'est-il point énergique, n'est-il point nécessaire dans les exemples suivants, comme dans ceux du grand tragique :
11 fallut du vainqueur supporter les colères. (Hardy, Âlcesteoula Fidél.)
.... Les astres sévères Ont contre mon amour redoublé leurs colères. (Mol., Les Fâcheux, m, 2.)
Injuste dans ses entreprises, impatient dans ses désirs, emporté dans ses colères. (Fléch., Panég. de St. Thom. de Cant:, t.)
Dans plusieurs exemples, colère est synonyme de accès de colère.
COLÉRER contre (se), se mettre en colère contre :
Ne te colère point contre mon insolence.
(Mél., iv} 6, depuis la 1" édit, jusqu'à 1654 incl.)
— COLÈRE, AME COLEREE :
Modère ces bouillons d'une âme colérée. {Clii., i, 4.)
COLORÉ, fig. ombre colorée, apparence spécieuse, mais trompeuse et fausse :
Car souvent un désir peut sembler vertueux,
Qui n'a de la vertu qu'un air tumultueux,
Qu'une ombre colorée, et ce n'est pas à dire,
Quoiqu'il paroisse bon, que c'est moi qui l'inspire. [Imit ., m, 15 )
COMBAT, fig. combat d'esprits, lutte intérieure d'un esprit agité par des sentiments divers :
Votre amour à tous deux fait ce combat d'esprits,
Et vous allez tous deux en recevoir le prix. [Cùma% n, 1.)
COMBATTRE, act., au fig., s'opposer à :
Souvent les beaux désirs n'y servent qu'à gêner.
Ce qu'on se doit combat ce qu'on se veut donner. (Pulck., i, 1.)
— combattre, balancer :
Ma passion s'oppose à mon ressentiment,
Dedans mon ennemi je trouve mon amant ;
Et je sens qu'en dépit de toute ma colère
Rodrigue dans mon cœur combat encor mon père. [Le Cid, m, 3.)
— combattre, neut. , au fig., avec un nom de chose pour sujet :
Et, possédant déjà le cœur de ta maîtresse,
Pour vaincre un point d'honneur qui combat contre toi,
Laisse faire le temps, ta vaillance et ton roi. {Le Cid, v, S.)