‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 21 sur 743 · AINSI · texte numérisé non relu

AINSI

0 gages qu'il néglige ainsi que superflus,

Je ne sais qui de nous vous diffamez le plus. {MéL, m, 3.)

— regarder ainsi QtE, regarder comme :

En regardant sa gloire ainsi que mon ouvrage,

Je périrai plutôt qu'une autre la partage. (Sert., v. 1.,

Il se plaint à moi tous les jours des rigueurs de sa destinée, et regarde l'hymen de la princesse ainsi que l'arrêt redoutable qui le doit pousser au tombeau. (Mol., Les Am. magnif., ni.l.)

— ainsi, avec une remarquable inversion, dans le sens de c'est ainsi que :

Ainsi de ma faveur vous nommez les effets? (Théod., i, 2.)

— ainsi, avec le subjonctif, par imitation du latin, et comme le Sic te Diva potens d'IIorace [ode ni) :

Ainsi vienne bientôt cette heureuse journée Qui nous donne le reste en faveur d'hyménée.

{MéL, i, 4, l™ édit. jusqu'à 1660.)

Cette signification curieuse se rencontre assez souvent avant comme après Corneille. Au seizième siècle, Joachim du Bellay, entre autres, en offre de nombreux exemples dans son Olive et ses Poésies diveî-ses :

Parmi les exemples du dix-septième siècle, nous choisissons les suivants comme les plus frappants :

0 le plus grand des rois et le meilleur des pères !

Ainsi vous soient toujours toutes choses prospères,

Comme vous obligez cette princesse et moi

A vous garder toujours le respect et la foi! (Mai»., LcGr. Solim., v, 1.) Lt prince, à C infante. Ainsi jamais souci ne trouble votre vie! laurb. Ainsi votre fortune égale votre envie! le prince. Ainsi rencontriez-vous, au sein de mille rois,

Mille esclaves soumis au pouvoir de vos lois! labre. Ainsi jamais la faux, qui détruit toutes choses.

N'attaque de ce teint les œillets ni les roses! le prince. Ainsi ces yeux, vainqueurs de la force du temps,

Brûlent encore les cœurs en l'hiver de vos ans! laure. Ainsi sur vos sujets, sur vous et votre race,

Le ciel à pleines mains verse à jamais sa grâce! le prince. Ainsi si jamais reine ent des jours comblés d'heur,

De plaisir, de repos, d'estime, de grandeur,

Soit aux siècles passés, soit au courant du nôtre.

Son bonheur n'ait été que l'image du vôtre!

Et le cours de vos ans soit aussi glorieux

Que d'un zèle sans fard j'en conjure les dieux t

(Kotrou, Laure perséc., v, 8.]

« De votre sœur naissante on eût borné le sort, « Si l'on eût de son père exécuté l'envie,

AIR. — ÀLtfNTIR. 34

« Mais sa mère empêcha sa mort.

* Et lui donna deux fois la vie :

« Qu'elle tienne auprès de vous c Rang de sœur et de princesse; & Ainsi le ciel vous soit doux, »

Voilà le testament qu'en mourant je vous laisse. (Rotrou, Laurepcrséc.,\,9.) Vous connaissez ce dieu : qui ne le connott pas? S'il descend pour vous plaire au fond de ces climats, D'une botte de fard récompensez sa femme. Ainsi durent chez vous les douceurs de sa flamme, Ainsi votre bonheur puisse rendre envieux Celui qui pour sa part eut l'empire des cieux.

(La Font., les Am. de Psyché, il) Qu'à mon désir pressant votre bonté réponde. Ainsi fasse le ciel que chacun de vos jours Soit marqué par des faits illustres.

Et que dans leurs glorieux cours

On compte encor plus de.dix lustres! (M^Desh., Leu. àM.Therart.) Rendez-moi à mon père et à ma patrie. Ainsi puissent les dieux vous conserver à vos enfants, et leur faire sentir la joie de vivre sous un si bon père. (Fkn.v TiUm.% ii.)

j AIR. Jeter des injures en l'air :

I Elle a donc bien jeté des injures en l'air? {La Veuve, v, 3.)

/ — air, Apparence. Avoir l'ai& de l'école, avec un nom de chose pour sujet :

Ce visage, ce port n'ont point l'air de V école »

Et jamais comme vous on ne peignit Bartole. (Le Ment., i, 1.)

Corneille, dans cette même pièce, emploie également cette expression avec un nom de personne. Voyez Ecole.

ALFANGE, sabre, coutelas, cimeterre.

Contre nous de pied ferme ils tirent leurs a If anges,

De notre sang au leur font d'horribles mélanges. (Le Cid, iv, 3.)

Voltaire, voulant emplover ce mot dans V Orphelin de la Chine,

De nos honteux soldats les a If anges errantes A genoux ont jeté leurs armes impuissantes,

a commis une méprise que La Harpe a relevée :

« Alfange est un vieux mot tiré de l'arabe, qui signifie épie. Voltaire, curieux apparemment de faire usage de ce mot étranger, parce qu'il est sonore, l'a détourné de son acception et l'a employé pour phalanges, bataillons, etc. 11 valait mieux ne pas s'en servir. » {Lycée, 1, 3, § 9.)

ALENTIR, pour ralentir :

Non que ma passion s'en soit vue alentie. [Sertor., îv, 2.)

3i ALENTllt. — ALLE».

— alentir [$"■ pour se ralentir i

Le /.r\e cependant chaque jour détroit croître.

Profiler de l'exemple et de l'emploi du cloître ;

Au lieu que chaque jour sa \igueur s'atentit. (/mtf., i, 11.)

Ce verbe appartient proprement au seizième siècle :

0 ma fidèle, allons! Allons, vien, condu\-moy Vers ecluy qui peut seul akntir mon esmoy!

La Muydel. de F. Rémi de Beauv., ivMiv

Et avec le pronom personnel :

J'en trouve qui se mettent inconsidérément et furieusement en lice, et \alentissent en la course. (Mont.)

Plus anciennement on a dit allenter :

Mais l'ennuy qui me ronge, avec la tyrannie

De relie que les Grecs ont appelle Pénie,

El mil autres malheurs qui se suyvent de loiug. \

Pour n'avoir jamais eu des richesses grand soing,

Allaitent ma fureur. Joach. du Bellay, Au Roi, Sur ta frein-.' i

De même avec le pronom personnel :

Et le cours du torrent tombant de la montaigne

S' al Unie quelquefois au plain de la campaigne. (ld., iùd.]

Selon Voltaire [Comment., relit, de 1764), aient ir n'a jamais

été français. La vérité eût été de dire, avec le Dictionnaire de

Trêmux : « On croit qu aient ir n'est pas aussi usité que ralentir. »

ALLÉGEANCE, soulagement :

Vains projets, ^ains discours, vaine et fausse allégeance! {La PL ftay.,u,3.}

Non pas que je soupire après une vengeance

Qui ne peut me donner qu'une fausse allégeance. [Clit. m. 1.)

Porte « ses déplaisirs cette faible allégeance,

Et dis-lui que je cours achever sa vengeance. (Pom/j., v, l.

Enfin, mon père est mort, j'en demande vengeance,

Plus pour «votre intérêt que pour mon allégeance. [Le Cid, il, 9,

ALLER. Emploi particulier d' aller kt venir : J

L'esprit ne va-t-il pas et vient comme il lui plaît? ^Imii., u, 9/

— aller, en parlant du cœur, des sentiments qui le portent vers quelqu'un :

Je ne veux point, Seigneur, nous le dissimuler,

Mon cœur va tout à vous, quand je le laisse aller ;

Mais sans dissimuler, j'ose aussi vous le dire,

Ce n'est pas mon dessein qu'il m'en coûte l'empire. KTUt et lier., i, *

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