ÉTONNER
Vous ne m' étonnez point ; la pitié qui me blesse
Sied bien aux plus grands cœurs et n'a point de foiblesse. ;Po/., i, 1.)
Va la voir de ma part, et tâche à V étonner,
Dis-lui qu'à tout le peuple on va l'abandonner. (Théod., n, 7.)
Je vous ai fait prier de no plus me revoir,
Seigneur, votre présence étonne mon devoir,
Et ce qui de mon cœur fit toutes les délices
Ne sauroit plus m 'offrir que de nouveaux supplices. {Sur., i, 3.)
Bien que cette signification n'ait pas disparu des dictionnaires de la langue, il ne sera pas inutile, croyons-nous, d'en montrer quelques exemples particulièrement énergiques :
Il n'y eust hier sorte de grimaces ny d'injures dont il n'usast contre moy pour m'estonner sur le subjet de la promenade que nous fismes. ( Gougenot, Corn* des coméd., m, 1.) — On dressa des gibets pour estonner les coupables. (Srnault, De t Usage des pass., 2* p.. 4* tr., 4* dise.) — Il n'y a ni particulier, ni grand, ni prince, que la religion chrétienne ne puisse étonner, en lui proposant les menaces de Dieu même contre ceux qui... (Nicole, Dec., l"r comm., 8« instr., sect. 1,0.9.) — Mon Dieu, pourquoi vois- je devant moi ce visage dont vous étonnez les réprouvés? (Boss., 1er Serm. pour le vend, saint, m.) — Au conseil comme au sceau, la multitude, la variété, la difficulté des affaires n'étonnèrent jamais ce grand magistrat. (Id., Or. /un. de Le tell.) — Le dessein de changer de religion a quelque chose qui étonne, et Ton a quelquefois de la peine à l'exécuter , lors même qu'on y est tout résolu. (Arnauld, Apol. pour les cathol., u, 11.) —La seule espérance qui me resta fut de n'être pas connu ; l'idée d'être pris pour un scélérat, qui, dans toute autre occasion, m'aurait fait frémir, ne m' étonna point. (M*9 de Tencin, Le comte de Comm.) — La Grèce avait été bien étonnée par le premier Philippe, Alexandre et Antipater, mais non pas subjuguée. (Montesq., Causes eU ta grand, et de la décad. des Romains, c. v.)
L'aspect du souveiain n'étonna point ce traître. (Volt., La Henr., v.)
Il fut un temps où je m'enorgueillissais de mon courage, et quelquefois en jetant les yeux sur le mal que pourraient me faire les hommes, sur le sort que pourrait me réserver le destin, je fixais les malheurs les plus inouïs sans froncer le sourcil, sans me senti rétonné. (Napoléon, Lett. à Joséphine, 14germ. 1796.)
— s'étonner, se laisser étonner, se laisser abattre, décourager, s'épouvanter :
Et l'esprit le plus mâle et le moins abattu
Ne sauroit sans désordre exercer sa vertu.
Quoique le mien s'étonne à ces rudes alarmes,
Le troubla de mon cœur ne peut rien sur mes larmes. (Uor., i, 1.)
Et toute ma puissance Vous veut bien d'un tel heur hâter la jouissance, Mais gardez de pâlir, et de vous étonner A l'aspect du chemin qui vous y doit mener. [Théod., n, 4.)
fille me dit que le dieu me commandoit de ne m'estonner de tant d'adversités. (DTajÉ , Astrée, î, 8.)— Ne vous estonnez point de ce qui est arrivé; mais au nom de Dieu, que cela vous serve pour prévoir, et prévenir à l'avenir semblable! inconvéniens. (Richel., Lett., à M. de Chàtillon, 14 juin 1638.)