‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 250 sur 743 · ÉTUDIER · texte numérisé non relu

ÉTUDIER

Considérez donc les avantages d'an homme qui n'apprend point par eoBtr ; il se possède, il parle naturellement ; il ne parle point en déclamateur ; les choses coulent de source; ses expressions (si son naturel est riche pour l'éloquence) sont vives et pleines de mouvement ; la chaleur même qui l'anime lui fait trouver des expressions et des figures qu'il n'auroit pu préparer dans son étude. (Fén., DiaL sur Céloq., n.)

ÉTUDIER, act., comme s'étudier à, dans le sens d'affecter :

Et je n'étudiai cette douleur menteuse

Qu'à cause qu'en effet j'étois un peu honteuse

Qu'une autre en témoignât plus de ressentiment. (Mél., iv, 10.)

Et quoi qu'elle étudie un peu de faux respect, (HéracL, 1, 1.)

Cent fois je me révolte, et cent fois je succombe.

Tant ce calme forcé que y étudie en vain

Prés d'un si rare objet s'évanouit soudain. [Putck,. u, 1.)

— s'étudier a, suivi d'un substantif:

Plus une âme est humiliée,

Plus elle s'est étudiée

À ce noble ravalement. (/mil., m, 43.)

On trouve, au dix-septième et au dix-huitième siècle, de nombreux exemples de s'étudier à, suivi d'un substantif, dans le sens de rechercher avec un soin attentif, s'appliquer activement à :

De grande quantité de témoignages, j'en produis seulement un petit nombre, m'estudiant à briefveté. (Calvin, Instii. chrét., î, 17.)— Ne vous cstudiant point tant au repos général de votre royaume qu'au particulier de vous autres. ( Pasq., Rech.t vi, 15.) — Tous les Romains en général s'estudièreni à l'embellissement de leur langue. (Id., Lett., î, 1.) — Conduict par l'impétuosité de quelques turbulens qui ne s'estudient qu'à mal. [Lett. miss, de Henri JK, 10 fév. 1580, t. i,p.272.)

— C'est l'inconvénient le plus à craindre, et qui porte le plus de préjudice à ceux qui s'estudient à l'acquisition de la prudence. (La M. Le Vatbr, Hom.acad.% xxv.) — Un personnage grave ne s'étudie point à une si extravagante rhétorique. (Bayle, Dict. crit.t art. Arodon, rem. A.) — Les calomniateurs qui s'étudient aux moyens de ternir la réputation de leurs ennemis. (Malbbr., Rcch. de laver., m, 2* p.,xi.)

— Les Finnois s'étudient aux enchantements. (Rkgnard, Voy. de Laponie. )

On ne rencontre de nos jours que des exemples assez rares de cette forme heureuse :

U a fait pleurer pendant deux jours une femme jeune et belle qui depuis un mois s'étudiait aux poses les plus nobles, aux attitudes les plus royales, poar avoir l'honneur de paraître un moment devant lui. (MB* de Giraroin, Lettres parisiennes, 21 fév. 1847.)— Les dames s'étudient aux allures de marquises. (L. Veuill., Les Libres peiis,, vi, 10.)

— étudier, neutr., avec à, suivi d'un infinitif, comme s'étudier à :

Plus un homme à lui-même étudie à mourir,

Plus 11 commence à vivre à l'auteur de son être. (/ntti., u, 12.)

ÉVADER, neutr., pour s'évade?* :

Nous nous amusons trop, il est temps d'évader. {L'Illus. corn., îv, 9.)

Ce n'est pas mon dessein qu'on me fasse évader. [Pol.t iv, ].) Mais mon dessein n'étoit qne de l'intimider,

Ou d'obliger quelqu'un à te faire évader. (Penh., v, 5.)

Dans ces dernières phrases, évader peut être considéré comme employé neutralement par ellipse du pronom personnel.

Évader s'est très-longtemps employé neutralement, comme échapper :

Cela laissez, messire Maurice,

À ! vous voulez évader. (Farce du Badin.)

Le duc de Nemours, après avoir gagné deux, de ses gardes, évade. (Pasq., Leti., xiu, 10.) — 11 lui seroit mal aisé d'évader. (Id., ibid.) Puisqu'il est en vos mains, sans hasard à1 évader, Par les formes du droit il y faut procéder.

(J. de Schbl., Tyr et Sid., 2» journ., u, 8.)

En sorte que lorsqu'il viendrait pour prendre sa place, il se trouverait pris luy-mesme sans aucun moyen d'évader. (Mbzbr., Hist. de Fr., Franc. I", 1523.) Pour qui doit recourir à sa seule innocence, Trouver lieu d'évader, c'est trop d'intelligence. (T. Corn., Maxim., v, 3.)

Bossuet a employé ce verbe neutralement au figuré, pour signifier, échapper à son adversaire par quelque évasion, chercher à esquiver une démonstration dont on est accablé :

De quelque côté que vous vous tourniez, il ne vous reste plus aucune défaite , aucun subterfuge, ni aucun moyeu d'évader, vous êtes pris et convaincu. {VSerm. pour le prem. dim. de CAv., u.)

Nombre de verbes, dans F ancienne langue, s'employaient ainsi neutralement, d'ordinaire à l'imitation du latin, dans des cas où le réfléchi serait aujourd'hui de rigueur. On disait, par exemple :

abaisser, comme s'abaisser. (Voir le Dictionnaire historique de la langue française.)

abâtardir, comme s'abâtardir. [Ibid.)

abattre, comme s'abattre. (Ibid.)

accorder, comme s'accorder, faire un accord :

Toy, marié, qui as une femme

Qui à toy ne peull accorder. (Dadouv., Les Moy. d'éviter Mérencolie.) Je ne puis croire que le roy ait accordé avec la cabale huguenotte, que ce ne soit souz des conditions bien considérables. [Caq. de /Mec, 5e journ.)

accroître , comme s'accroître :

L'aspect, en arrivant, plus fier apparoissoit,

L'escl&taate lueur prés de l'œil acroissoit. (D'Aub., Les Tragiq., v.)

amuser , comme s'amuser ;

Vous amusez tousjours à la pas tore. [Farce de marchandise. i

appauvrir, comme s'appauvrir :

La difficulté n'est pas en cela ; elle est an moyen de remboursement , que je De cognoy point si asseuré et prompt que je le désirerois, estans mes affaires en tel estât que je ne fay que appauvrir en acquérant. {Lea. miss, de Henri IV, 25 jan- Tier 1590, t. m, p. 125.)

assembler, comme s'assembler ;

Quant vint le mardy, environ cinq heures du vespre, commencèrent venir et assembler femmes, tant vielles comme jones, de toutes parts. ( Les Êvang. des Quen., éd. Jann., p. 31.)

attendrir, comme s'attendrir :

Quand le roy de France vit leur grand humilité, le cueur luy attendrit. [ Le Bom. de Jeh. de Paris.)

baisser , comme se baisser :

La porte du Plessis ne s'ouvroil qu'il ne fust huict heures du matin, ny ne baissoit le pont jusques à la dicte heure. (Commmrs, Chron. du roy Loys XI.)

briser , comme se briser :

Tant va li poz au puis qu'il brise. (Gautier de Coinsi , de Monacko influmuiepericlilato, etc., cap. xxxw.)

consumer , comme se consumer :

Mais les méchants, dans 1* flamme éternelle, Où rien ne les peut secourir.

Brûlent sans consumer. (Racan, Ps., xxxm.)

courroucer , comme se courroucer ;

Il se mit à courroucer contre Duno. (Montluc, Comment., u.)

déplacer , comme se déplacer :

Debout, que de ce lieu on ne desplace. ( Farce nouv., très-bonne ei fort joyeuse, de Guillerme qui mangea les figues du curé.) Mais si ce vient que je passe aulcuns jours Sans rien apprendre en quelque lieu ou place, Incontinent il fault que je desplace.

(E. Dolet, Second Enfer, Epist î, à Franv. l'M

Ce verbe s'emploie encore neutral. dans la locution connue : sans déplacer.

désaccoutumer de , comme se désaccoutumer de :

Raison ne veult que je désaccoutume

De vous servir. (Villon, Grant Tcstam., ciiix.'

ÉVADEU. 885

:tre , comme s'ébattre :

>it lousjQQrs au malin exbain au bois qui joîuct à La fortresso. (Jts. d'àalusine* éd. Jann,f p< 88.)

auffer , comme s'échauffer ;

le* chevaux commencèrent à etchauffer et à demeurer derrière, (Jeji* , INJurii», p. 3<U

ipsKR, comme s'éclipser ;

me chose fort estrange que de veoYT le soleil tulipier a wydy. (Paumi., c, de ta tang. jr<mç.t p. 521 ■)

n vont f comme s'émouvoir :

t les anettes sentent la tempe-sie mmonvotr en l'air , et qu elle» vutleul et ît l'eau, bien sceventque pleuve aront sans tempeste. [£ir. rfej Qj<en.,p. 125.)

ou m i ii t comme s'endormir r se trouve dans le Vocabulaire latinlis du xivc siècle, publié par Escallier, au mot consopirl nour, comme s'évanouir ; îaleux fut si grande qu'il eu IMMÉMÉli {D'Ami., Fcçtutte, tu, 7.J

C'est assez faict pour il— fmir

Qu esire tousjours eu ces aboys, {Farce de Colin qui hueudeêptu Dieu:} tt mari, qui de prime face avoit pensé mwnottir* (H. EsttKNiiE, A pot. pour , c. 15.) — Elle esloiten grand danger tïesv^nouir. (D'Uni k, sUrît, if4J

Ûl , comme ra fâcher :

Elle plaindra» eîle/twcfreru, Ile rechiner ne cessera. [ Le* Ténèbre* de manant, quarte Lee*)

uliariser, comme se familiariser :

tant une humble et douce gravité, sans familiariser avec ceux qui leur parts. Fbanç. db Sal., Conttit. pour les Relig. de la Visu., xxin.) — Qu'elle érieure) ne familiarise pas en telle sorte avec les unes, que cela puisse servir alion d'envie aux autres. (Id., ibid., xxix.)

imer , comme se fermer, être fermé :

orte alioit fermer. (D'Aub., HUt. univ., iv, 4, lM éd.)

jtrir , comme se flétrir ;

s fleur commence à fiaitrir. (Palsgrave, Lesclaire. de ta langue Jr., p. 651.) Mais par moi, mon humble fleurette Fleurira tousjours sans pétrir. (J. os La Taille, Le Bios, de la marg.)

Cependant que la jeunesse

Nous répand de sa richesse,

Tousjours gais nous florissons;

Mais soudain nous pétrissons,

Assaillis de la vieillesse. (Oliv. de Maony, Od., in, 1559.)

igiasoit, non d'une couronne qui pétrit sur la tête du vainqueur, mais de ouronne immortelle.... (Mascaron, Or. fun. de Tur.9 ui.)

Mê EVADER.

GACDift, comme se gamdir :

Diltf^ihrii.

Kmnihf^reltopcMtr. JFmxx de FmVk hmèamet .)

Ils emsseat bien voniu, par ktn dilitiesM et mno, sa* faire perdre récession qui se présente de pacntonMarojnuisne, nonrfairn taenjeess leevs iCuies à ses denpens, §«■■*> et prufiter de snes travaux- (les. ssiss. de B*mi if. t- rr. n.*74->

hâte* , comme je Aeffer :

Il ne faut point tant aosier, et Too a assez tesnns. (Contons-)

hébisseb , comme se hérisser :

Mes cheveux étonnez nerasenf en aa leste. . wD'Acm., tes Tr»t., M

Sa barbe et ses cheveu, de fureur irn'issirn! (Id-, M., rr.)

Od a veu à ta table, esi publie, tes ehevevx Bénuer es eut si tels accidents affréta. ;ld.. tfed.. t.)

jouer de, comme te jouer de :

Et bien! tous, conseillers des grandes compagnies,

Fils d'Adam qui jomez et des biens et des vies, #

Dites vrai, c'est à Dien que compte voos rendes,

Rendez-vous la justice ou si vous la vendez? (D'Aosu, Les Traç., il.)

lamenter , comme se lamenter :

Et bien ! qu'avez-vous. qui lawteniex si fort? (Labiv., les Esprits, iv, 3.) La malheureuse orfraie, Sur un chevron constante à lamenter y Toute la nuit, par un cri qui l'effraie, A son chagrin semble encor insulter. (Sbîcecb, Corn., Piler le parf. am.)

lever , comme se lever, ou se relever :

Leva Emois de Mal-Bréon,

Qui moult est saiges de raison, {forum, de Bleu, v. 6477, éd. Crap.)

Dés que l'aube [vient] veult User.

{Lu DroU noub. ettablit sur Us femmes.) Et tantost aprez, leva la lune belle et elère. (Je h. d'Abaas, Ju7/**., p. 30.)— Et de fortune le soleil leva en mesme temps. (D'Urfb, Attrie, i, 5.) — Je vous dy pour Euvangile qne nul qui veult gaigner au jeu de dez ne se doit jamais asseoir, pour jouer , son dos devers la lune , où qu'elle soit lors, ains lui doit tourner le visage, ou se ce non, jamais il n'en lèvera sans perte. (LuÊvany. des Que*. , p. 50.) Lever à six, Manger à dix, Souper à six, Coucher à dix,

Font vivre l'homme dix fois dix. {Recueil de Gruthbb.)

Elle pouvre homme porte toute la charge de la meson, de coucher tart et léser

matin. {Les quinze Joyes de mar.t m.) — Etsuy d'accord de lever demain, (fénf.)

Dans ce dernier exemple, où il s'agit d'une femme, lever estait comme relever , faire ses relevai lies.

maintenir, comme se maintenir:

Par Dieu, se dist le roy d'Arragon, ce seroit une merveilleuse chose si ung simple bourgeois de Paris pouvoit maintenir en tel estât si longuement comme venir jusques icy. {Le Hom. de Jeh. de Paris.)

moquer, comme si moquer:

Je croy que vous mocquez. (Lariv., Le Fidèle, i, 2.)

multiplier, comme se multiplier :

Estant très-certain que, dedans et dehors, les praticques et desseins y multiplient tous les jours. (Lett. miss, de Henri IV, t. îv, p. 99.)

plaindre, comme se plaindre. (Voir cet article.)

prendre a , comme se prendre à, dans le sens de commencer :

Durement commence à plorer,

Puis en plorant pria à parler. {Floire et B lance jl., éd. du Nér. , v. 711.)

La dame prist à regarder. (Liroum. du chast. de Couci}\. 175, éd. Crap.)

En son cuer prent à recorder

Le doux maintien et le parler

De sa dame à noble manière,

Qui n'est outrageuse ni fière. [ibid., v. 311.)

Vers le chatel prent à aler. {fùid., v. 430.)

Li chastelain prent à monter

En la salle qui fu bien painte Ibid., v. 434.)

Disant ces motz, sa face colorée Print à blesmir. (J. Marot, Le Vofmga de Gênes.)

relever, comme se relever. (Voir cet article.) repentir , comme se repentir :

Vous en pouvez repentir. (Rabel., i, 25.) réveiller, com me se réveiller :

Qui trois mois sont sans resveiller (les loirs.) (Villon, Grani Te*i.,cxxiii.)

La lune est coustumière

Renaistre tous les mois ;

Mais quand nostre lumière

Sera morte une fois,

Longtemps sans réveiller

Nous faudra sommeiller. (Ronsard, 0d., u, 5.)

roidir , comme se roidir :

Les nerfs des jambes et des bras Roidissent au mourant à l'heure du trespas. D'Adb., Les Trag., i.)

Deux fois le fer échappe à la main qui roidit. (Id., ibid.)

serrer, comme se serrer :

Le cœur lui serra et tomba pasmé aux pieds du roi de France. (Le Rom. dp Jeh. de Par.)

On dirait aujourd'hui : son cœur se serra.

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