FORMER. — FORT
Madame, apprenez -moi quel espoir m'est permis
Mon chagrin ne peut plus se forcer au silence. (T. Corn., Vïnconn.% u, 2.)
C'est trop, et par pitié vous avez vu, je pense,
Que je me suis forcée à quelque patience. (ld., Théodmt\ m, 4.)
— sk forcer a, suivi d'un infinitif, se faire un effort pour, se faire un effort en, se contraindre à :
Tout indigne qu'il est de vivre et de régner,
Je sais bien que César se force à l'épargner. {Pomp.t v, 2.)
Cessez de vous forcer à devenir mon gendre,
Ce se r oit un honneur qui ne vous plairoit pas,
Puisque la toison seule a pour vous des appas. {La Tois. d'or, m, 1.)
Je vous aime. Ce mot me coûte à prononcer,
Mais puisqu'il vous platt tant, je veux bien m* y forcer. (Attila, n, 6.)
Ah ! si vous vous forcez d'abandonner ces lieux,
Ne m'assassinez point de vos cruels adieux. (Tue et Bérèn.t v, 4.)
Mais enfin je vous crois, et je ne puis penser
Qu'à feindre si longtemps vous puissiez vous forcer. (Rac, Mith ,mt5.)
FORMER. Remarquable emploi au figuré :
Le sort, qui de l'honneur nous ouvre la barrière,
Offre à notre constance une illustre matière :
U épuise sa force à former un malheur ;
Pour mieux se mesurer avec notre valeur. (Uor.t ni, 2.)
Racine a dit d'une manière très-analogue :
Ta haine a pris plaisir k former ma misère. {Androm., v, 5.)
FORT, subst., lieu où Ton est en sûreté, où l'on est en état de résister aux attaques :
Irriter un vainqueur en tête d'une armée
Prête à suivre en tous lieux sa colère allumée,
C'étoit trop hasarder, et j'ai cru pour le mieux
Qu'il falloit de son fort l'attirer en ces lieux. (Mcom.% i, 5.;
On dit vulgairement, en parlant de quelqu'un , c'est son fort, pour dire, c'est dans cette partie qu'il est fe plus instruit, qu'il brille le plus, qu'il est le plus en état de se défendre.
Corneille ne craint pas d'employer, dans le style soutenu, cette locution familière, et il la varie très-heureusement. Il dit, s* adressant à Louis XIV :
Pour moi, qui de louer n'eut jamais la méthode,
J'ignore encor le tour du sonnet et de l'ode ;
Mon génie au théâtre a voulu m'altacher,
U en a fait mon Jort, il sait m'y retrancher. (Nicom., i, 4.)