‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 275 sur 743 · FORTUNE. — FOUDROYER. 3S · texte numérisé non relu

FORTUNE. — FOUDROYER. 3S

— fort, adv., précédé de si, et devant un adjectif:

Un si rare service et si fort important,

Vent l'honneur le plus rare, et le plus éclatant. (H or., v, 2.)

FORTUNE, dans le sens de sort, condition, avec le pluriel :

II (l'amour) a droit de régner sur les âmes communes,

Non sur celles qui font et défont les fortunes. (Au., m, 4.)

— faire des fortunes, faire un sort :

Hors de l'ordre commun il nous fait des fortunes. [Hor. , u, S.)

Voltaire fait cette observation :

c Fait des fortunes n'est pas une expression propre. Ce mot de fortunes au pluriel ne doit jamais être employé sans épithôte : bonnes et mauvaises fortunes, fortunes diverses, mais jamais des fortunes. Cependant le sens est si beau, et la poésie a tant de privilèges, que je ne crois pas qu'on puisse condamner ce vers. »

Que fortune ne puisse pas s'employer au pluriel sans épithète, c'est une assertion précipitée. Ainsi on trouve , avec des nuances diverses de signification :

Mon bon homme, on ne peut maintenant ouir le récit de les fortunes. (Lariv., Les Esprits, m, 6.) — Il me racontoit privement toutes ses fortunes. (Fr. d'Amb., Us Napol., i, 2.) —Vous qui me cognoissés de longue main, et vous estes trouvé prés de moy, en tant de combats et de fortunes de guerre. [Leu. miss, de Henri IV, l. ivfp.375.)— En racontant toutes ses fortunée, et tous ses longs voyages. iD'Urfé, Astrêe, i, 2.) — Cette reine laissa A r axez et Amasis dans une égale admiration de ses fortunes et de sa vertu. (Gomberv., Cyth., u, 2.) — Un autre événement surprit moins qu'il ne lit admirer les fortunes. (St-Simon, Mém., t. î, c. xiv.} — La Feuillade voltigeait et philosophait sur l'instabilité des fortunes. (ld., ibid.,\.\u, c. vin.) — Élevé par cette illusion au dernier degré de la gloire, vous vous convaincrez par vous-même de la vanité des fouunes. (Vadven., Médit, sur la foi. — Nous en usâmes avec lui comme de vrais François, en l'admettant bonnement dans notre société à nos risques, périls et fortunes. (Lesage, Le Bachel. de Sataw., 4e p., c. i.)

— bonne fortune, dans le sens de bonheur:

Que celui qui l'occupe (votre cœur) a de bonne fortune. ^icom., î, 2.)

Nous ne pouvons voir là qu'une négligence.

FOUDROYER, abs., exhaler sa colère, son dépit en emportements bruyants :

Que la rage du peuple à présent se déploie,

Que Sévère en fureur tonne, éclate, foudroie. {Pot-, v, 4.)

D'abord de part et d'autre on vous attend sans bruit.

Un jour se passe, deux, trois, quatre, cinq, six, huit.

Enfin, n'espérant plus, on éclate, on foudroie. (Suite du Ment., "c, 1 )

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