‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 278 sur 743 · FOURRIER · texte numérisé non relu

FOURRIER

Un aix qui se plaint d'estre seul

Luy fournît de couche et de table. (St- Amant, LaCkamb. dm 4

Faret, mon compagnon d'office.

Quand il faut faire un sacrifice.

Dedans quelque joyeux hostel

Où la table fournit et autel ;

Helas ! quel démon plein d'envie

Traversant nostre heureuse vie.

Quel démon, dis-je, amy de l'eau,

Te conduit à Fontainebleau? (Id.t Les Cabarets.)

On a dit, d'une manière analogue, fournir de quelque chose à quelqu'un, pour signifier le lui fournir, le lui procurer :

Un troupeau qui nous est si cher, Et dont la mamelle féconde

Fournit de laict à tout le monde. (St-Amant, Le Fromage.)

Je leur fournissais de devises.

De beaux couplets, de hauts discours ;

Enfin j'estois tout leur recours. (Id., Le Poète crotté.)

Non-seulement il a fait de sa main de très-beaux ouvrages; mais \[ fournit de

dessins à plusieurs autres sculpteurs fort habiles. (Perb., Homm. t//ii«f.}Chauv.)

On trouve encore fournir de, avec un nom de personne* pour sujet, dans le sens particulier de jouir de la société de :

Il n'y avoit jeune gentilhomme qui fust bien venu entre les dames que moy : toutes me desiroyent, m'aymoient et me vouloient à leur compaignie, et s'estimoit bien heureuse celle qui pouvoit fournir de moy. (Fa. d'Amb., Les Afapo/., i, 3.)

Nous remarquerons encore ici , quoique l'analogie ne soit pas complète, l'emploi de fournir de, pour signifier faire preuve de :

Bien des gens pouvant fournir de courage et de résolution l'épée à la main, qui ne sont pas capables de soutenir de sens froid tout le poids d'un secret important. (Vertot, Révol. de Ponuy.)

— fourni, part, passé, poème fourni, poëme bien rempli de choses :

J'estime toutefois qu'il ne nous est pas défendu d'y ajouter quelque chose, pourvu qu'il ne détruise rien de ces vérités dictées par le Saint-Esprit. Buchanan ni Grotius ne l'ont pas fait dans leurs poèmes, mais aussi ne les ont-ils pas rendus assez fournis pour notre théâtre. [Exam. de Pol.)

On dit, dans un sens analogue :

Une conversation agréable et fournie. (S.-Sivoit, Mém.% X. 11, c.23.)

FOURRIER de la mort, pour signifier, qui cause la morj :

On aime rarement de si sages époux, Et leur moindre malheur c'est d'être un peu jaloux. Convaincus au dedans de leur propre faiblesse, Une ombre leur fait peur, une mouche les blesse,

FOURRIERE, ~ FROID. M5

El cet heureux hymen qui les eliarmoït m fort

Devient souvent pour eux un fourrier de ta mart. [La 8uiv*t u, ] *)

FOURRIERE, cette belle fourrière, pour désigner l'Aurore* que les poètes nomment souvent la fourrure du jour :

Le soleil fut an jour sans se pouvoir lever,

Et ce visible dieu que tant de monde adore

Four marcher devant lui ne trouvait point d'Aurore,

On lacherchoit partout, au Ut du vieu* Tilljon,

Dans les bob de Céphale, au palais de Meinnon,

Et faute de trouver «fie belle fourrière }

Le jour jusqu'à midi se passa sans lumière, {VU las cùm.f u, [,)

FRANC, sincère, avec un nom de chose, volonté franche :

le ne me résoudrai jamais à l'hymênée

Que d'une pohniê franche et déterminée. (La PL /toy., lv, l%)

FRANCHISE, liberté politique :

Cesse de soupirer, Rome, pour in franchis* ,

Si je l'ai mise aux fers, moi-même je les brise. [Ciatl tv, â.)

— franchise, liberté en général, perdre l'usage de sa franchise, comme perdre l'usage de m liberté;

Si blessé des regards de quelque beau visage

Mon cœur de *a franc ïwe atoit perdu t'iuage... (lu Yeuvet I, 4.)

Corneille, comme tous les poètes et ruème les prosateurs du temps, offre de fréquents exemples de cette signilication.

FREIN, n'avoir ni frein ni bouche, n'ôtro retenu ni par le frein, ni par le mors :

Les chevaux, que leur sang effarouche, Bouleversent leur charge, et n'ont ni frein ni bouche,

{Les Vict. du roi en 1672.)

FRISSONNER, avec un rég. indirect de personne :

Avançons hardiment. Tout le corps me frissonne. (L'Itlus. corn., u, 7.)

FROID, adj. un froid secours, un secours vain, par une image hardie et en opposition à l'inutile chaleur des discours :

Que hasardoit Pompée en servant votre père ? U se voulut par là faire voir tout-puissant, ' Et vit croître sa gloire en le rétablissant.

Il le servit enfin, mais ce fut de la langue; La bourse de César fit plus que sa harangue : Sans ses mille talents, Pompée et ses discours Pour rentrer en Egypte étoient un froid secours. {Pomp,t :, 1.)

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