‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 297 sur 743 · HASARDER · texte numérisé non relu

HASARDER

Cette expression, que Voltaire trouve impropre et louche, nous semble plus poétique que je vois au hasard.

— mettre au hasard, hasarder:

Mes secours en Judée achevèrent l'ouvrage

Qu' a voit des légions ébauché le suffrage,

11 m'est trop précieux pour le meure au hasard. (Jïte et Dér., m, 5.)

HASARDER, avec un nom de personne, faire courir le risque de, exposer à... :

Et je viens vous chercher pour vous prendre en ma garde,

Pour ne hasarder pas en- vous la majesté

Au manque de respect d'un grand peuple irrité. [Nicom., v, 7.)

« Hasarder une majesté au manque de respect ! » encore s'il y avait exposer. Ce ne sont point là, dit Voltaire, les « pompeux solécismes » que Boileau réprouve avec tant de raison , ce sont de très-plats solécismes. »

Corneille emploie effectivement hasarder comme il aurait fait exposer. Seulement hasarder parait plus énergique et plus poétique. C'est certainement pour ces deux raisons que le grand tragique affectionnait cette locution.

Cest à moi d'obéir puisque vous commandez,

Mais voyez les périls où vous me hasardez. [Pol., i, 4.)

Je vous la rends, seigneur, mais enfin prenez garde

A quels nouveaux périls cet effort vous hasarde. (PeriA., iv, 1.)

Et du moins par pitié d'un triomphe douteux.

Ne me hasardez plus à des soupirs honteux. [Sur,, î , 3.)

Corneille dit encore, dans un sens analogue :

Épargne à mon amour la douleur de te dire

A quels troubles ce choix hasarderoii l'empire. (Pulch., îv, 2.)

Il emploie aussi hasarder à, avec un nom de chose pour sujet, dans le sens de porter à se hasarder sur :

L'ardeur de vous revoir l'a hasardée aux flou,

Elle a pris après vous la route de Colchos. [La Tois. tfor, n, 1.)

— hasarder, sans régime indirect, faire courir un hasard, un risque :

L'exemple est dangereux, et hasarde nos vies. (Nicom., iv, 2.)

Quand ce qu'il fait pour vous hasarderoU ma vie.

Je ne puis le punir de vous avoir servie. [Perth., v, 3.)

Page 1