‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 346 sur 743 · IMPARFAIT DU SUBJONCTIF · texte numérisé non relu

IMPARFAIT DU SUBJONCTIF

sant qu'on peut donner à la préposition à le sens de contre : Immobile contre leurs coups.

IMPARFAIT DU SUBJONCTIF, où nous mettrions le plusque-parfait du subjonctif.

La syntaxe de Corneille est souvent celle du seizième plutôt que celle du dix-septième siècle. Ce caractère archaïque se remarque particulièrement dans la concordance des temps. Ainsi, notre poète emploie souvent l'imparfait du subjonctif pour le plus-que-parfait. Il dit pût pour eût pu ;

dut comme eût dû :

Après que nos exploits l'ont si bien méritée,

Un mot seul, an stuhait dût l'avoir emportée. (La Tois. dory i,5.)

Mais puisque son dédain au lieu de te guérir

Ranin.o ton amour qu'il dût faire mourir,

Sers-toi de mon pouvoir. [Cùi.* u,4)

On trouve dès les temps anciens de la langue cet emploi de

l'imparfait du subjonctif pour le plus-que-parfait , et il s'est

soutenu très-longtemps :

Nulle eaue ne la peust noyer, ne feu ardoir, ne glaive, ne aultre chose blescier; nulle chose ne luy peusi nuire, ne fayre cou roncier. (Le Livre dm çjuv. dtl* Tour, c. xxxix.)

C'est-à-dire ne Y eût pu noyer, ne lui eût pu nuire.

Mon père et ma mère me cuiderent marier à lui; mes jamès je ne le /ont. (Les Quinze Joyes de mariage, la quinle joye.)

C'est-à-dire jamais je ne Yeusse fait.

Qui lors cognul mon extrême tourment,

Bien eust le cœur rempli d'inimitié,

Si ma douleur ne l'eust meu à pitié. (Cl. Mabot, Le TempiedeCu/H*)

C'est-à-dire eût eu le cœur.

Voyez par qui, seigneur, ce crime est supposé.

Vous l'apprenez d'un traître, à qui le nom de père

Dût rendre pour son père le secret nécessaire. (T. Corn., fyrrA., *. Jj

C'est-à-dire eût dû rendre.

Cet ancien usage s'explique par ce fait que notre imparfait du subjonctif a été formé du plus-que-parfait latin.

— L'imparfait du subjonctif s'employait aussi fréquemment

pour le conditionnel :

Et toutes vous dussiez prendre en un jeu si doux, Comme même plaisir, même intérêt que nous.

(C/ii., v, 3, l"« éd. jusqu'à 1644 inelus.)

IMPATIENT. — IMPLEXE. 375

Je sni vostre om, ne deûssis

Ensi mètre vos à mes pies. [Vie du page Grégoire le Grand, p. 15.)

C'est-à-dire vous ne devriez. *

Et je vous dis de plus, si vous me maltraitez,

Que nos parents sçauront toutes vos veritez.

Vous deussiez avoir honte... (Boisrob., La Folie Gageure, m, 4.)

C'est-à-dire vous devriez avoir honte.

— Pour l'imparfait de l'indicatif:

Ta croyois que son cœur n'eût point d'autres atteintes,

Que son esprit entier se conservoit à moi. [La Gai. du Pal., iv, 4.)

C'est-à-dire tu croyais que son cœur n'avait point....

On trouve entre autres exemples qu'il serait aisé de multiplier :

Car il est certain, si tu Justes

Homme de bien, et que lu n'eusses

Quelque marque ou mauvais renom,

Tu ne craindrais dire ton nom. (Cl. Marot, Êpist. à celle qui Cinj.,etc.)

IMPATIENT que... ne...

impatient pour eux que la cérémonie

Ne commence bientôt, ne soit bientôt finie. (Jtorf., v, 1.)

IMPERTINENT, avec un nom de chose, hors de propos, sot, ridicule :

V impertinente crainte !

Que m'importe de perdre une amitié si feinte! {La Suiv.y i, 9.)

Je crois que ce ne sera pas une curiosité impertinente de sçavoir l'éthymologie de ces deux mots ont et Vont. (Vaugel., Rem. sur la /«m/, franc.) — Ils s'imaginent que trop de sagesse offense les femmes, et revenus de cette manière d'aimer pore et respectueuse qu'on pratiquent du temps de nos pères, disent qu'elle est bonne dans les livres, mais impertinente dans la sociéié. (Campist., L'Amante Amant, îv, 9.)

IMPÉTUEUX, fig. loi impétueuse, pour signifier loi imposée avec une précipitation inconsidérée :

Une seconde fois, adorable princesse,

Malgré de vos rigueurs ['impétueuse loi... (Androm., v, 2.)

IMPLEXE, en parlant d'une pièce de théâtre dont l'intrigue est compliquée :

C'est l'incommodité des pièces embarrassées, qu'en termes de l'art on nomme inpUxts, par un mot emprunté du latin, telles que sont Rodoyune et Héraclius. Examen de Cinna.)

U faut faire une grande différence entre une action double et une action im- Plexe. (J.-B. Rocss., Lett., xvi, à M. Riccoboni, éd. 1743.)

376 IMPOLLU. — IMPORTER.

IMPOLLU, non souillé, avec on nom de personne on de chose:

Je saurai conserver d'une âme rfeolne

A l'époux sans macule nne épouse impoUmt, [Tméod., in. U

Ce Dien qui fait d'un mot quoi qu'il ait résolu.

Te regarda toujours comme an vase hupoiim

Où ses grâces seroient encloses. (Œuv. div.9 Louanges de la Vierge.) Je meurs, tu l'as voulu, mais je meurs impollue.

(J. dk ScHELAXDas, Ttfr et Sidon, 2* journ., r?t 3J Sortir impollus hors d'une noire fange. (D'Aumgkx, Les Trag., u.)

Et comment durant lesdits trois jours il s'estoit abstenu de compagnie de femmes, à quoy il faut bien avoir esgard devant que d'entreprendre cest inviolable, impolu et sacrosainct mystère. (Tahckeau, Sec. Dial. dm Dcmocriric.)

IMPORTANCE, un nom d'importance, un nom qui donne une haute importance :

Ce grand nom de Romain est un précieux titre,

Et la reine et le roi l'ont assez acheté,

Pour ne se plaire pas à le voir rejeté,

Puisqu'ils se sont privés, pour ce nom <f importance.

Des charmantes douceurs d'élever votre enfance. (Nicom., i,i)

— héros d'importance, dit ironiquement comme grand hém:

Faites, faites entrer ce héros d'importance,

Que je fasse un essai de mon obéissance. {Sert., h, *•)

— des crimes d'importance, des crimes graves :

Me ranger à son choix, sans savoir mon projet,

Deviner sa pensée, obéir par avance,

Sont-ce, Lise, envers lui des crimes d'importance? (Suite du Ment. .nr.&l

IMPORTER, il n'importe de (un subst.), telle chose n'a pas d'importance, qu'importe de? quelle importance telle chose a-t-elle?

Quand l'effet est certain il n'importe des causes. (Sophon., v, 4-!

Et qu'importe à tous deux de Rome et de l'État? (0(À.,u, *;

On a dit de môme :

Eh ! que m'importe, hélas! de ces vains ornements ! (Rac, £*>., iv,2- Pourvu qu'on ait la conscience nette, qu'importe des discours? (Baros, la Coquette, I, 4.)

— importer de, avec un substantif pour sujet, pour signifier qu'il y va de :

En matière d'étal, ne fût-ce qu'un atome,

Sa perte quelquefois importe d'un royaume. (i«.,i,2)

Pour chose qui importe de son avancement, il a esté contrainct faire ce qu'il

, vous dira. (Lariv., Le Morf.t u, 4.) — Béatrice. Pourveu qu'il meure, qu'un-

Page 1