ÊTRE EN TROP D'INTELLIGENCE AVEC
Vous êtes avec elle en trop f intelligence,
Pour n'en avoir pas eu toute la confidence. [Sur. fn, 3.)
— faire deux personnes d'intelligence a (un in fin.) :
Et les aversions entre eux deux mutuelles
Les font <f intelligence à se montrer rebelles. [Héracl., i, 1.)
INTÉRESSER, rendre intéressé, avec un nom de chose :
Je fais tous ses plaisirs, j'ai toutes ses pensées,
Sans que le moindre espoir les ait intéressées, [Œuv. div.)
— intéresser, avec un nom de personne pour sujet et un nom de chose pour régime, engager, exposer, compromettre, nuire i\ :
Si vous m'aimiez, seigneur, vous me deviez mieux croire,
Ne pas intéresser mon devoir et ma gloire. (Pulch., m, 3.)
On trouve dans la même signification :
Elle avoit fait tout ce qu'il falloit pour augmenter la passion du roi, sans intéresser sa vertu par les dernières complaisances. (Hamilt., Gram., c. vu.) — Pilate voit bien que cette accusation n'est que l'effet d'une émotion populaire ; mais il voit aussi qu'il a des intérêts à ménager dans le monde ; et il craint d'inliresser sa fortune, s'il rend justice à Jésus-Christ. (Mass., Strm. pour le vend, de la Pass., il.) — Heureuse, qui se laisse aller à. la tendresse de ses sentiments, sans intéresser la délicatesse de son choix, ni celle de sa conduite! (St-Ëvrem., Idée de la femme.)— Il est bien éloigné de penser, comme la plupait des hommes, qu'on peut, sans intéresser la probité, manquer à une feu, me. (Mffle de Tencîn, Siège de Calais,, 1.)
Et d'une manière analogue, avec un nom de chose pour sujet :
La science, qui gâte bien souvent le naturel, ne fait qu'embellir le sien : elle quitte ce qu'elle a d'obscur, de difficile, de rude, et lui apporte pleinement tou!
ses avantages, sans intéresser la netteté et la politesse de son esprit. (St-Ëvrem., Observ. sur Sali, et Tac.)
Et avec un nom de personne pour régime :
Tons seule, madame, êtes au-dessus des arts qui savent flatter et embellir. Ils n'ont jamais travaillé pour vous que malheureusement; jamais sans vous avoir beaucoup intéressée, et fait perdre autant d'avantages à une personne accomplie, qu'ils ont accoutumé d'en donner à celles qui ne le sont pas. (St-Ëyrkm., Caraet. de la comt. d'Olonne.)
— s'intéresser contre, prendre intérêt, prendre parti contre :
Je crains la violence, et non votre foi blesse,
Et si Rome une fois contre nous s'intéresse... (Nicom., i, 5.)
(ju'ai-je fait, que le ciel contre moi s'intéresse
Jusqu'à faire descendre en terre une déesse? (La Tois. dort v, 6.)
— s'intéresser en, dans, comme s'intéresser à :
• Veux- tu faire d'un coup deux infidélités,
Et que dans mon offense Alidor s'intéresse? (La PL Roy , n, 7.)
Je ne serai pas seule, ainsi que moi Neptune
S'intéresse en ton infortune. (Androm., iy, 5.)
Vous m'accablez en vain de soupirs, de tendresse. En vain mon triste cœur en vos maux s'intéresse. (P*lch.% in, 3.)
On a dit longtemps s'intéresser dans, en bien des cas où Ton dirait aujourd'hui s'intéresser à :
Il s'intéresse dans ma conversation jusqu'au point de s'être commis lui-même avec le parti qui étoit le plus fort. (Retz, Mém., îv, 1851.)
Votre amitié dans mon sort s'intéresse. (Quiff., Arm.t m, 5t.)
En vain, tout l'enfer s'intéresse Dans l'amour qui séduit un cœur si glorieux. (ld., ibid.% iy, 1.)
Elle s'intéressa avec beaucoup de bonté dans la douleur d'Hippolyte. (M"*D'Aol., Uist.dHyp., u.)
On ne dit plus guère aujourd'hui avec dans, que s'intéresser dans une affaire, s'intéresser dans une guerre.
— être intéressé en, comme être intéressé à:
Mais ma gloire en leur perte est trop intéressée. {Pomp., îv, %.)
INTÉRÊT, prendre intérêt en, comme prendre intérêt à, en parlant de personne ou de chose :
Je cbéris tellement celles de votre sorte,
El prends tant d'intérêt en ce qui leur importe,
Qu'aux pièces qu'on leur fait je ne puis consentir,
Ni même en rien savoir, sans les en avertir. (MéL, iy, 2.)
Leurs vers sont leurs combats, leur mort suit tours paroles,
Et sans prendre intérêt en pas un de leurs rôles,
Le traître et le trahi, le mort et le vivant,
Se trouvent à la fin amis comme devant. [L'Hlut. com.t v, 5.)
Ce reste d'intérêt que je prends en sa vie
Donne trop d'aigreur, prince, à votre jalousie. [La Toit, ttor, v, 1.)
Que vous daignez en moi prendre quelque intérêt. [D, Sanc, in, 1.)
Et s'il ose en mon choix prendre quelque intérêt,
Me croit-il en étal d'en croire son arrêt? {Tite et Dér,, w, 5.)
Si j'ose en ce héros prendre quelque intérêt.
Son sort est plus douteux que votre incertitude. {Sur., v, 1.)
On a dit longtemps prendre intérêt en, pour prendre intérêt à:
Se prent désormais assez Minier est en luy, pour eslre fort ayse de ce qu'il est bon juge de ces choses-là. (Voit., Lett., cxcxu.) — Si tôt qu'il fut en état do sortir, il voulut aller rendre son premier hommage à sa maîtresse, et la remercier de Yintérêt qu'elle avoit prit en sa personne. (M-- de Villed., Alcid., lr* p., 1. 3.) — Elle n'eut pas le temps de lui en dire davantage, à cause de l'arrivée de madame, qui, commençant à prendre intérêt en Bussy, observoil jusqu a, ses moindres actions. (Id., Amours desgr, homm., Bussy, 1.)— Madame est la seule personne du monde en qui mon cœur prend intérêt. (Id., Journ, amour,, ô# p., 5* j.)
Et encore au dix-huitième siècle :
Tout ce que j'aurais dit n'aurait servi qu'à aigrir sa colère, et à lui découvrir Yintérêt que je prenais en vous. (Romagnesi et Procopb, Les Fées, m, 7.) — Je voudrais, monsieur, entendre un peu plus clairement quel est ce grand intérêt que vous dites prendre en moi. (J.-J. Rouss., Lett., à M. Dussaulx, 16 fév. J771.)
— De même, prendre intérêt dans :
Et ce que dans sa perte elle prend d'intérêt
Ne saurait sans désordre en attendre l'arrêt. [Sur., iv, u.)
On trouve de nombreux exemples de prendre intérêt dans , comme de prendre intérêt en :
Le roy se voyant chassé de ses Estais pria le pape Innocent IY de prendre tnié-
rest dans son affaire, lui promettant de rendre son royaume tributaire de quatre
mil livres d'or marc sterlin, si par ses excommunications ou autres voyes il chas-
soit les François d'Angleterre. (Rohan, Intérêts des Princes, 1666, p. 12.)
Ce n'est que dans ses jours que je prends intérêt,
Et vous pouvez des miens user comme il vous plaît. (Quiif., Astr., v, 2.)
U me seroit aisé de vous faire connottre que je ne prends aucun intérêt dans Elvire de Courdoue. (M"# de Villed., Journ. amour., 5# p., V j.) — H peut être ▼rai que vous me soupçonniez de prendre quelque intérêt dans le portrait de mademoiselle de Saint-Vallier? (Id., ibid., 7* j.) — D'où vient que vous prenez tant d'intérêt dans sa personne? (Bouas., Ne pas croire ce qu'on voit, u.)
De même qu'on disait prendre intérêt en, au lieu de prendre intérêt à, on disait aussi autrefois :
penser en , pour penser à, comme s'intéresser en, pour s'intéresser à :
Et soubz l'espoir qu'en voz grâces seray,
Penser en vous jamais ne cesseray Jusques an jour que vous verray en face.
(R. de Collée., Êpist., îx, à cert. dames.)
Lors commença à penser en la beaulté de la dame. (J. D'Arbas, M élus., p. 18.) — Ah, ma tréschiere dame, je ne pense en nul cas deshoneste. (Id., ibid., p. 19.)
Au moins an jour pense en ma loyauté;
Ingrate alors (peat-estre) te diras. (Cl. Mabot, Chans., xxix.)
Qui la nuit sans dormir sera,
Mais en ses amours pensera. (Id., Adieux aux dames de ta cour, 1531.)
Car il n'est jour qu'en vous autres ne pense.
(Id., Epistre pour un gentilhom. de la cour.)
Tousjours il me ramentevoit
Qu'il pensoit en moy jours et nuitz. {Le Débat de deux demou.)
Dieu ne me soit jamais aydant, si je pensau de ma rie en ce, de qnoy vous me blasmez et accusez. (Herberay des Essabts, Amadis des Gaules, h, 17, st. 67, r.) —La royne, qui venoit à considérer les belles manières de faire et la bonne grâce de Constantin , en devint si fort amoureuse , que jour et nuict elle ne pensoit jamais qu'en luy. (Lariv., Faeét. nuieis de Strap., iv, 1.) — {Je pense en la peine où lors estoit Charles. (Lariv., Le Morfondu, i, 2.)
Je n'ay point d'yeux que pour voir ma rebelle,
Ny de désirs que pour la désirer.
Ny de soupirs que pour la soupirer,
Ny de pensers que pour penser en elle. (Guy de Tours, Som.)
Dis-lui toujours que je pense en elle, En sa douceur, en sa beauté plus belle Que ce printemps, ces roses et ces lys.
;(J. de La Taille, Sonn.% Doui Rostignol, etc.)
Je me sens toute possédée de vous et m'oublie moy-mesme pour ne penser qu'en vous. (Fr. d'Amb., Les NeapoL, n, 8.)
Bref, il ne pense en autre chose. (Belle ad, La Reconnue, u, 2.)
Un autre va conter ce qu'il avoit ouy respondre à une fille, qui ne pensoit pas en mal, à un escholier qui... (Bouc h., Séries, m.) — Moy, respondis-je, vous estes une mocqueuse de dire que je fasse du mal à une personne en qui mesme je ne pense pas. (D'Urfé, Astrée, î, 6.) — Il n'y a rien qui soulage pfus celuy qui aime bien que de penser en la personne aimée. (Id., ibid., i, 11.)
Quelle présomption de croire que les dieux,
Qui là-haut sont ravis en la gloire des cieux,
Daignent penser en nous, qui ne sommes que terre ! (Racan, Berg., v, 8.)
Je vivray trop content au cachot le plus sombre,
Si parfois seulement je vois passer votre ombre.
Si je suis par un mot certain de votre foi.
Et si je puis penser que vous pensez en moi. (Richelieu, Mhr., m, 5.)
acastb. II avoit le cœur grand, mais encor plus d'audace.
m ira me. Contre ses ennemis ce défaut a sa grâce.
acaste. Et contre ses amis, puisqu'il pensoit en vous.
mirame. Ce grand cœur se sentoit, lorsqu'il pensoit en nous. (Id., ibid., iv, S.)
Je l'assuray qu'on penseroit en luy, pour le placer en quelque lieu. (Id., LetLf au card. de La Valette, 16 oct. 1636.)— Le seul moyen [que j'aye pour me garantir de vous, est de ne point penser en vous. (Voit., Lett. amour. , xxxiv.)