‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 378 sur 743 · LATINISME. T · texte numérisé non relu

LATINISME. T

pour dire la mort de Crassus, les Romains défaits, pour dire la défaite des Romains, etc. :

Après la mort du comte, et les Maures défaits,

Faudroit-il à ma gloire encor d'autres effets? (Cid, v, 1.)

De nos parents perdus le vif ressentiment

Nous apprit nos devoirs en nn même moment. (Ctit., v, t.)

Le seul Flaminins, trop piqué de l'affront

Que son père défait lui laisse sur le front. (Nicom., i, 5.)

Pour gagner mon amour il faut servir ma haine. A ce prix est le sceptre, à ce prix une reine. Et Grimoaldpuni rendra digne de moi

Quiconque ose m'aimer, ou se veut faire roi. [Perth., u, 1.)

Moi-même au fond du eœur, de même horreur frappé, Je veux fuir le remords de son trône occupé. (CÊStL, V, 1.)

A. peine d'Artabase eus-je signé la paix,

Que j'appris Crassus mort, et tes Romains défaits. [Sur., m, 1.)

11 est bon de se reposer après la bataille gagnée. (Uu. au P. Boulard, 10 juin 1656.)

Il emploie encore le participe passif de plusieurs autres manières également imitées du latin :

Que vous m'étourdissez !

N'est-ce point assez dit que votre âme est éprise? Que vous allez mourir si vous n'avez Florise? (La Suiv., u, 1.)

As-tu cru que le ciel consentit à ma perte, Jusqu'à souffrir encor ta lâcheté couverte ? (La PI. Roy., h, 3.)

C'est-à-dire jusqu'à souffrir que ta lâcheté restât couverte, cachée.

Après votre beauté sans raison négligée,

Il me punit bien moins qu'il ne vous a vengée. (tbid., v, 1.)

U est parti soudain après votre amour sue. (VIllus. corn., iv, 2.)

Malgré l'aversion d'entre nos deux familles

De mon tyran Pélie elle gagne les filles;

Et leur feint de ma part tant d'outrages reçus.

Que ces faibles esprits sont aisément déçus. [Méd.t î, 1^

Qui plaint du sexe en vous les respects violés. (Théod., ni, 3.)

Flavie est aux abois; Théodore échappée

D'un mortel désespoir jusqu'au cœur l'a frappée. (Théod., v, 1.)

Le combat contre lui ne te sera permis

Qu'âpre deux fiers taureaux par ta valeur soumis. [La Tois. dtor, i, 4.)

Quoi! vous vous offensez dCHypsipilc quittée'.

D'Bypsipile pour vous à vos yeux maltraitée! {Ibid., îv, 3.)

Mais, quand j'aurai vengé Rome des maux souferts,

Je saurai le braver jusque dans les enfers. (Cw.f u, 3.)

A propos de ces derniers vers, Voltaire fait une remarque trèsjuste :

« L'esprit de notre langue, dit-il, ne permet guère «ee participe»; nous bc pcs>

vous dire des maux soufferts, comme on dit des maux passés. Soufferts suppose par quelqu'un ; les maux quelle a soufferts : il serait à souhaiter que cet exemple de Corneille eût fait une règle ; la langue y gagnerait une marche plus rapide. »

Quelquefois Ton rencontre aussi chez Corneille la proposition infinitive purement latine , comme dans ce vers où Voltaire a vu à tort un solécisme :

Je ne me croyais pas être ici pour l'entendre.

On dirait très-bien mot à mot en latin : Non me credebam hic adesse ut hoc audirem.

Le grand poëte dit encore de même :

Dorise se feint être un jeune gentilhomme. (Pré/, de Clit.)

Inutile d'observer que l'emploi de la proposition infinitive

était des plus fréquents dans l'ancienne syntaxe :

Qui persuade aux peuples la religieuse créance suffire seule et sans les mœurs à contenter la divine justice. (Montaigne, Ess.$ m, 12.}

Corneille affectionne aussi la forme optative, comme dans ce vers :

En fussions-nous tous trois à jamais ignorants. [CEd., y, 5.ï

11 se sert du pronom relatif d'une manière toute latine :

Comte, c'est un effort à dissiper la gloire Des noms les plus fameux dont se pare l'histoire, El que le grand Auguste ayant osé tenter p N'osa prendre du cœur jusqu'à l'exécuter. [Penh., uT 5.)

* 11 emploie plus que comme le magis quant ut des Latins , dans f le sens de trop pour :

lff Vois-tu, par tous moyens je te veux soulager;

f Mais j'ai bien plus d'esprit que de m'en affliger. [La PL Roy , î, 2.)

Je vous juge plus sage, et plus aimer votre aise, T ' Que d'y tarder ainsi sans que rien vous y plaise. (La Gai. du PaLt u,l.)

r L'exacte correction demanderait : Je vous juge trop sage, et je

\ crois que vous aimez trop votre aise pour... Du reste, c'est eo-

y core un latinisme comme dans la phrase précédente : 75? sapien-

v tiorem puto quant ut. Plus aimer, après plus sage, qui parait on

\ peu singulier et moins heureux, est également imité du latin. u On le voit assez par les exemples que nous avons réunis, les

\ latinismes de Corneille ne sont pas les latinismes lourds et gênés

';. du seizième siècle. Ils sont toujours clairs, vifs, ils facilitent et

* varient la versification en enrichissant la langue.

[■* LE, pronom relatif, accordé, bien qu'il ne se rapporte pas à un

) substantif, mais à un adjectif ou à un verbe.

Voltaire a signalé cet emploi comme une faute chez Corneille :

Vous êles satisfaite, et je ne la suis pas. (Pomp., v, 2.)

« On sait aujourd'hui, dit-il, qu'il faut je ne le suis pas; ce le est neutre. Êtes vous satisfaites? nous lé sommes, et non pas nous les sommes. »

Et encore :

Vous en êtes instruits, et je ne la suis pas. (D. Sanc, 1, 3.)

« Observez qu'il faut, « et je ne le suis pas. » S'il y avait là plusieurs reines, elle dirait, « nous ne le sommes pas, » et non, « nous ne les sommes pas. » Ce le est neutre. »

C'est seulement dans la seconde partie du dix-huitième siècle qu'on a établi invariablement la règle que toutes les fois que le remplace un adjectif, masculin ou féminin, singulier ou pluriel, ou bien une proposition résumée par ellipse, il est neutre et invariable.

Tout le dix-séptième siècle a parlé comme Corneille :

Les chaloupes mettoient nos soldats à terre auprès du marabou, où la descente avoit paru la plus aisée, et l'étoit en effet. (Pklliss., Hiu.de Louis XIV, 1. u, 1664.) —Je ne yeux point qu'elle soit malade, encore moins qu'elle se la fasse. (Boas., Leu., à MDe du Mans, 17 janv. 1692.)— J'ai parlé ce malin à madame de Maintenon, et lui ai même donné une lettre que je lui avois écrite sur ce sujet, la mieux tournée que j'ai pu. (Racine, à Boil., 30 mai 1693.) — La lettre que tous m'avei écrite est parfaite, soit pour le caractère, soit pour l'orthographe ; le style est simple et net; il n'y a rien d'inutile, et on ne peut en être plus contente que je la suis. (Mae de Maintbn., Leu. sur Céduc, Aux dem. de la classe bleue, 1700.) — 11 n'est pas même question de parler beaucoup en ces sortes d'occasions» où il ne s'agit que d'être repentante de ses péchés, comme je ne doute point que vous ne la soyez. (MBt Du Noyer. ÛBiiv. mêl., p. 117.)— La pauvre idiote se crut condamnée, quoi qu'elle ne la fût pas. (Id., ibid.) — Je ne puis vous l'avoir dépeinte aussi prudente, aussi juste, et aussi capable de porter la couronne, qu'elle la parut à ce commencement de sa nouvelle dignité. (MBV de Villbd., Alcid., î, 1.)— Je vois bien que j'ai encore quelque temps à souffrir de votre éloignemeut. Au moins, croyez bien que c'est celui de tous mes maux auquel je suis la plus sensible. (M" de Courc, Leu., xix.) — Je n'ai jamais été affligée au point où je la suis. (Id., ibid., XIV.)

va mi re. Mais vous seriez toujours demeurée insensible. iLDKGON. Je l'avoue, et sans doute encor même aujourd'hui,

S'il n'avoit rien aimé, je la serois pour lui. (T. Cork., Théod., u, 1.)

Contentez-vous d'aimer les personnes qui en sont aussi reconnaissantes que je la suis. (Madame, duch. d'Ohs^, dans les Mém. de D. de Cosnac.)

M°" deSévigné, on le sait, aurait trouvé ridicule d'employer le dans des cas pareils : elle se serait crue transformée en homme.

On trouve encore au dix-huitième siècle des exemples de cet emploi du féminin, tels que les suivants :

J'ai un fils qui est un fort honnête homme, dont j'ai toujours été très-contente, et dont je ne la suis pas aujourd'hui. (Mafuv., La fie de Marianne, vr.)

Aux exemples cités de Corneille on en pourrait ajouter plusieurs autres, comme :

Il faut de deux raisons que l'une vous retienne: Ou vous aimez Placide, ou vous êtes chrétienne. thbod. Oui, je la suis, madame, et le tiens k plus d'heur

Qu'une autre ne tiendroit toute votre grandeur. {Thtod., u,L)

Il faut aussi rapporter aux faits précédents cette phrase plus singulière :

Je plains cette abusée, et c'est moi qui la suis

Peut-être, et qui me livre à d'éternels ennuis. (OiÀ., ui, 1.)

— De même, les pour le :

Infidèles témoins d'un feu mal allumé,

Soyez-les de ma honte. ' (La Gai. du Pal., in, 10.)

Cela nous doit suffire pour... avoir de la défiance des choses mêmes dont nom croyons être les plus assurés. (Nie. Ess. de Mor.% t. vin, lett lxiji.)

— le, la, explétif, ou remplaçant que, lequel:

Ce qu'il faut entendre un peu plus généralement que les termes ne semblent porter, et retendre à la réconciliation de toute sorte de mauvaise intelligente. (Prem. Dise»)

Corneille, lorsque sa langue semble le plus particulière, est toujours dans la tradition antique et constante. Les exemples assez nombreux qui suivent montreront daus toutes ses variétés un fait non encore observé, que nous sachions :

Benoist est l'homme, sire, que vous avez apprins et endoctriné, et favex enseigné en vostre loy affin que vous luy soyez doulx et débonnaire es maulvais jours. (L'Iniern.con$ol.tu,3.) — Ce duc Jehan augmenta, par acquest de ses deniers, la maison de Bourgongne de la comté de Charolois : laquelle il achepta , et la paya au comte d'Armignac, qui la possedoit par héritage. (Oliv. de LaMabchk, Màm., introd., c. m.) — Ayant affaire à an homme hardy et adventureux, que jamais il ne pouvoit attirer à bataille rangée, ny /'attraper en pleine campaigne. (Amtot, Vies, Sertorius.) — Et feirent sçavoir de leurs nouvelles à ceulx de dedans la ville par des lettres qu'ils attachoyent à des flesches, elles tiroyent par dessus les murailles. (Id., ibid., Cimon.) — Il réfute entièrement le discours de ceulx qui maintiennent que ce feut une pointe de rocher, que la violence d'un tourbillon de vent arracha de la cime de quelque montaigne, et le porta par l'air tant que... (Id., ibid., Lysandre.)— Nous trouvons qu'en ces nouvelles terres, presque toutes les choses que nous estimons icy tant, et les tenons nous avoir esté premièrement révélées et envoyées du ciel, estoient en créance et observance commune plusieurs mille ans auparavant qu'en eussions ouy les premières nouvelles. (Csuiaox,

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