ÊTRE SANS OMBRAGE
Soyez moins curieux, plus secret, plus modeste,
Sans ombrage, et demain nous parlerons du reste. [Suite du Ment., iv, 0.)
- ombrage, ombre, nuage, obscurité :
Nos sens sont des trompeurs dont les fausses images A notre entendement n'offrent rien d'assuré, Et ne lui font rien voir qu'à travers cent nuages
Qui jettent mille ombrages
Dans l'œil mal éclairé. {Imii., i, 3.)
Pour moi, je ne vois goutte en ce raisonnement Qui n'attend point le temps de votre éloignement ; Et j'ai devant les yeux toujours quelque nuage Qui m'offusque la vue et m'y jette un ombrage. (iVirom., m. 4.)
it «
M OMBR\GE.
Tous les dictionnaires français existants renferment nombre d'articles déplorablement confus et illogiques. Une des principales causes de ce vice, c'est qu'on y omet des signification, obsolètes à la vérité, mais qui demandaient impérieusement d'être notées, parce qu'elles pouvaient seules jeter de la lumière sur des locutions usuelles. Le mot ombrage est dans ce cas. Ouvrez un des dictionnaires les moins incomplets, tous lirez :
€ Ombrage, assemblage des branches et des feuilles des arbres qui donne de l'ombre.
€ En style poétique, les ombrages verts, Y ombrage produit par une épaisse feuillée. » Puis , sans plus de transition : € Figuré : Défiance, soupçon ; faire, porter ombrage, inquiéter. » Quel est ce chaos? Comment a-t-on passé d'ombrage, assemblage des branches et des feuilles des arbres qui donne de l'ombre, à ombrage, défiance, soupçon? Tout le désordre et toute l'obscurité cesseront si Ton dit qu'ombrage, dans notre vieille langue, a été synonyme d'ombre, au propre comme au figuré. Cette signification, employée par Corneille, remonte à une époque fort ancienne, et s'est conservée très-longtemps, témoin ces exemples :
Au propre :
Clothu les prent, Lachesis les présente
A Atropos. et sont revisitez
Par preux hardis en la guerre usités
Oui les livrent a gens de moyenne aage
Les desirans plus qu'amoureux le moy (l'arbre de ma»
Kl ne craignent en soleil ou umbraigc,
l'ng Dieu, ung roy, une foy, une loy.
(Gringoee, Le$ folle* Entrepr.. bibl. elxëv., p 36.) Fai-nous œil à œil, sans ombrage.
Face à face, non par image.
Ton flll veoir en majesté. (Le Miserere du Heclus de Mo tient, m$. Bibl. de FArs., in-fol., n° 175, fol. 216, r*. col. 1> Enclos dans mon secret répagule , sur celluy point que opacosité noctiale t terminé ses timbrage*, et Diane luciférante commence ses rays illuminatifs par le climat universel espandre. (Blaisb d'Auriol, La Départie d'amour.) Qu'il me tarde, 6 Titan! que ton œil nous esclaire Du plus juste milieu de ta traitte ordinaire, Et qu'au bas du cadran Y ombrage descendu M'ameino enfin le temps du voyage attendu î
(J. de Schel., TyretSido*, 2# journ., iv. 1. On doit bien sçavoir meller une couleur, donner les dimensions, les proportions et les latitudes au corps qu'on veut peindre; puis on doit sçavoir parfaitement la perspective, les raccourcissemens , relever les ombrage* par des couletrs proportionnées et vives. {Invttu. univ. de Tabarm, xxx.)