‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 47 sur 743 · ASSURER · texte numérisé non relu

ASSURER

— assurer ses regards, donner de l'assurance à ses regards :

Et dès que je vois jour sur la scène à te peindre,

11 rallume aussitôt ce feu prêt à s'éteindre :

Mais comme au vif éclat de tes souhaits inouïs

Soudain mes foibles yeux demeurent éblouis,

J'y porte au lieu de toi ces héros dont la gloire

Semble épuiser la Fable et confondre l'histoire,

Et m'en faisant un voile entre la tienne et moi,

y assure mes regards pour aller jusqu'à toi. {Au Roi sur son Hct. de Fland.)

— assurer son aspect, tourner fixement son visage, fixer son regard :

Le prêtre avoit à peine obtenu le silence,

Et devers l'orient assuré spn aspect,

Qu'ils ont fait éclater leur manque de respect. {Pot., m, 2.)

Corneille veut dire que le prêtre s'était à peine tourné, et avait à peine fixé ses regards vers l'orient. L'expression qu'il emploie est singulière et obscure; elle a échappé à la critique de Voltaire qui censure si souvent lorsqu'il n'y a aucune faute véritable à relever.

On trouve, dans un sens qui a de l'analogie avec les exemples de Corneille :

Il avoit les yeux fixes et assurés. (Pbrbfixe, ttist. de Henri IV, 3« p., 2610.)

— s'assurer a, se fier à :

Si l'on peut en amour s assurer aux serments,

Dans trois jours au plus tard, par un bonheur étrange,

Clarice est à Philiste. (La Veuve, m, 3.)

— s'assurer sur, s'autoriser avec confiance de :

Je ne conseillerais à personne de s'assurer sur cet exemple (1* Disc.) Et d'une manière moins particulière, dans le sens de prendre confiance sur :

Ne tous assurez point sur cette conjecture,

Et souffirez qu'elle cède à la vérité pure. (CEd., m, 3.)

On dit s'assurer de quelque chose : prendre ses précautions pour en être le maître, pour l'avoir à sa disposition. On trouve dans Corneille, par extension, en parlant d'une chose morale :

11 voudra, ce rival, qui que l'on puisse élire,

S'assurer par l'hymen de vos droits à l'empire. (Pnlch.. i, I )

— assuré, au lieu de certain qu'on dirait plutôt aujourd'hui :

Cette régie et cette exception sont générales et assurées. {Prif. du Théâtre de P. Corn., éd. 1682.)

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