‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 531 sur 743 · PURGER · texte numérisé non relu

PURGER

Cette locution s'emploie particulièrement en termes de poétique, pour signifier détruire, modérer, épurer les passions. C'est ainsi que Corneille dit :

Là crainte tragique ne devance pas le malheur du héros, elle soit; elle n'est pas pour loi, eUe est pour nous ; et, se produisant par une prompte applicaù» que la vue de ses malheurs nous fait faire sur nous-mêmes, elle p*r§« en dm iu panions que nous en voyons être la cause. [D. Sanche, £pttre.)

Le poète dit de même purger telle ou telle passion particulière, l'amour, la curiosité, l'orgueil, des attachements d'amour, l'opiniâtreté, la facilité de confiance :

La mort de Théodore peut servir do preuve à ce que dit A ris tôle, que < un ennemi tue son ennemi, il ne s'excite par-là aucune pitié dans Time des spe> tateurs. Placide en peut faire nattre, et purger ensuite ces forts atiacheneati d'amour qui sont cause de son malheur; mais les funestes désespoirs de Marcelle et de Flavie, bien que Tune ni l'autre ne fasse de pitié, sont encore plis capables de purger l'opiniâtreté à faire des mariages par force! [Esam de Tkétil — Cette pitié nous doit donner une crainte de tomber dans un pareil malheur.et purger en nous ce trop d'amour qui cause leur infortune et nous les fait plaindre. (Deux. Di#c.j— Si sa représentation d' Œdipe) nous peut imprimer quelque crainte, et que cette crainte soit capable de purger en nous quelque inclination blâmable ou vicieuse, elle y purgera la curiosité de savoir l'avenir, et nous empêchera d'avoir recours à des prédictions qui ne servent d'ordinaire qu'à nous faire choir dans le malheur qu'on nous prédit par les soins même que nous prenons de les éviter. [Ibid,) — La mort du comte peut mieux purger en nous cette sorte d'orgueil envieux de la gloire d'autrui, que toute la compassion que nous avons de Rodrigue et de Chiméne ne purge les attachements de ce violent amour qui les rend à plaindre l'un et l'autre. (Ibid.) — La crainte d'une infortune semblable, ou approchante, peut purger en une mère l'opiniâtreté à ne se point dessaisir ds bien de ses enfants, en un mari le trop do déférence à une seconde femme au prejt* dice de ceux de son premier lit. en tout le monde l'avidité d'usurper le bien ot la dignité d'autrui par violence. [Ibid.)— Si nous imputons son désastre à sa bonne foi, quelque crainte pourra suivre la pitié que nous en aurons; mais elle ae purgera qu'une facilité de confiance sur la parole d'un ennemi réconcilié, qui est plutôt une qualité d'honnête homme qu'une vicieuse habitude, et celte purgaBOi ne fera que bannir la sincérité des réconciliations. (Ibid.)

Corneille dit enfin absolument :

La pitié qu'il prendra de lui n'ira point jusqu'à cette crainte qui purge, parti qu'il ne lui ressemble point. (Deux. Dite)

On a dit d'une manière analogue :

Si quelqu'un eti purgé par cette voie-la, à la bonne heure; encore ne voii-je pas trop bien à quoi il peut être bon d'être guéri de la pitié. (Fo.ntkk., Béjkx. ** la Poét.t xlv.)

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