‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 568 sur 743 · V» REDUIRE · texte numérisé non relu

V» REDUIRE

— Corneille dit eqcora, avec une nuance différente, mais dans un sens analogue au fond :

Héla* 1 ti ces honneur» tant vous comble U Mine

Méduisent mon espoir en une attente vaine,

Si les nouveaux desseins que vous en coaoevei

Vous ont fait oublier ce que vous me devez. (D. Sanche, n, 4.)

Réduire en, réduire dans, s'emploie en plusieurs acceptions qui ont de l'analogie avec celle que blâme Voltaire, et sont très-françaises, quoique omises par les dictionnaires. Ainsi, dans le sens de ramener à un certain état, à une certaine situation :

Cette femme affligée d'une longue infirmité, qui Y avoit réduite dans une extrême langueur... (Bodrd., Serm. pour le xxiu* dm. de la Pent.% Désir et dégoût de lt sainte comm.) — La flotte danoise étoit réduite dont la dernière misère. (Vbbtot, Révol. de Suède.) — La ville étoit réduite dans une grande misère à cause de lt disette des vivres. (Fbnblon, Les Vies des anciens philos., Bias.) — Ma santé est toujours languissante, mon tempérament a toujours été assez détical, l'âge et les chagrins ne le fortifient pas ; c'est beaucoup que je ne sois pas réduite dans un lit, où, par la situation où je suis, je souflrirois beaucoup. (MM db Maihtbior, Leu.t au duc de Noailles.)

Dans un sens analogue, réduire son ennemi dans les anciennes bornes, l'y ramener, l'y rejeter :

Il étoit bien résolu de ne point quitter l'Asie, qull n'eut réduh son ennemi par la force des armes, ou par un traité, dans les anciennes bornes de ses États. (Vbbtot, Révol. rom.t 1. x,.J

Dans le même sens :

A l'égard des plébéiens qui, par leur débauche on leur paresse, étoient tombés dans l'indigence, ils les réduitoient dans une classe inférieure. (Vbbtot, Bévohtt. rom., 1. vi.) — Par la peur d'être rayé de sa classe, et réduit dans la dernière, ou du moins dans une des centuries moins honorables que la sienne. (14., ibid.)

— se réduire a, descendre jus<m'à, se contenter de :

On s'étonne de voir qu'un homme tel qu'Otbon,

Othon, dont les hauts faits soutiennent le grand nom,

Daigne d'un Vinius se réduire à la fille. [Otkou, i, 1.

— se laisser réduire a l'hymen d'un sujet, consentir à l'humiliation d'épouser un sujet :

La reine d'Arménie Est due à l'héritier du roi de Bithynie, Et ne rendra jamais un cœur assez abjet Pour se laisser réduire à r hymen d'un sujet. {Nicom., i. 1.)

— réduit, part, passé, réduit e^tre, borné h l'enceinte de :

Je vis votre royaume entre ces murs réduit, (fladsjy., u, S.)

RÉFÉRER. — REFU1R. 259

— - un coeur réduit, un cœur humblement soumis :

Vivre en communauté sans querelle et sans bruit, Porter jusqu'au trépas un cœur vraiment réduit,

C'est se rendre digne d'envie. tfwtit., i, 17.)

RÉFÉRER, rapporter, faire hommage :

L'une aime les honneurs où le monde l'appelle.

Les reçoit avec joie, et court même au-devant :

L'autre m'en fait toujours un hommage fidèle,

Et sur ceux qu'on lui rend son zèle s'élevant

Me les réfère tous sans en vouloir pour elle. (Imit., m, 54.)

On a dit dans ce même sens, nullement particulier à Corneille :

Vous voulez bien que, suivant les sages maximes que vous m'avez données dans ma jeunesse, je ne me glorifie pas de la prospérité de mes armes et que je la réfère à Dieu. [Œuv. de Louis XIV, t. m, p. 414.)

Et dans un sens analogue, en parlant des afflictions :

Ainsi vous comprenez comment vous pouvez les référer i Dieu, en y reconnoissant la volonté de Dieu, et vous y appliquant par ce motif et en cette vue. (Boubdaloue, ltutrucu sur la prud. du salut, Xili.)

REFLATTER, flatter à son tour :

Je flattois son image, elle me reflatioii.

Je lui faisais des vœux, elle les acceptait, (C/ù., v, 4.)

REFUIR, dans le même sens, mais avec un degré d'énergie de phis que/Wtr;

C'est de sa pleine grâce un sacré mouvement

Qui sur la chair fragile agit si puissamment,

Que tout homme lui cède et se fait violence,

Que tout ce qu'il abhorre, et que ce qu'il rtfuit,

Sitôt que cette grâce entre dans la balance,

Devient tout ce qu'il aime et tout ce qu'il poursuit. (/mil., n, 12.)

Vois arriver sans trouble et supporter sans bruit

Tout ce qu'obstinément ta volonté rtfuii. (lbid.t u, 40.)

St l'on s'avance mal, quand on refuit ma table

Pour des empêchements que chaque jour produit. Ibid., iv, 10.

C'est ainsi que la terre au retour du printemps

Des grâces du soleil se défend quelque temps,

De ses premiers rayons refuit les avantages,

Et pour les repousser élève cent nuages. {Sur U$ vici. du roi, en 1667.)

Corneille a employé aussi ce verbe absolument :

Mais il y faut venir : c'est en vain qu'on reculs.

C'est eu vain qu'on refuiu tôt ou tard on s'y brûle ;

Pour libertin qu'on soit, on s'y trouve attrapé. (Mil., i, 1

Il est curieux de remarquer que Corneille a emprunté l'ex

260 REFUITE. — REFUS.

pression de refuir à rinternelle consolation, cette première traduction en français, ou ce texte original de f Imitation de Jésus- Christ. Qu'on remarque la frappante ressemblance du passage de Corneille : C'est de sa pleine grâce, etc., avec celui-ci de Gerson, Fauteur probable de rinternelle consolation :

Et cecy n'est pas la force et vertu de l'homme, mais la grâce de Dieu, qui luy donne si grant force qu'il paisse en la chair et fresle corps faire si grans merveilles que ce que naturellement il refuyt et a horreur, par force et ferveur d'esperit il ayme, et si ardamment entreprent. {Inlemelle consolation, i, 12.)

Refuir se rencontre encore dans d'autres auteurs :

Mon aine de sa complexion refuit la menterie. (Montaigne, Es*., u, 17.)

REFUITE, fig., fuite, échappatoire:

Oui, sur votre visage, et non en vos paroles.

Hais cesseï de chercher ces refuites frivoles. [Mil., î, 2.)

Cette expression s'emploie par allusion aux ruses d'une bête qu'on chasse. On a dit dans le même sens :

Nous sortîmes donc en cachette, Créqui et moi, qui me mena derrière le fanbourg Saint-Germain, et puis alla quérir le marquis ; mais il fit tant de refaites que Cramail, qui parloit à Créqui de sa part, car il ne lai voulut jamais parler lui-même, l'entretint d'excuses jusqu'au soir. (Bassomp., Mém., I1* part.) — La chicane, maltresse des cavillations, et féconde en refuites, veut être forcée dans ses retranchements. (Saint-Simon, Mém., t. vi, ch.Sl.) —Je demeurai donc ferme dans mes compliments et mes refuites. (Id., ibid., t. m, ch. 27.) — Madame la duchesse du Maine ne prit pas le change. Accoutumée à ses refaites, eUe le suivit jusqu'à ce qu'elle l'eût atteint. (Maa de Staal, Mém., t. m.)

On a dit anciennement dans un sens analogue, dans celui de moyen pour se garantir de, pour fuir :

S'est moult bien gorrez a nature De refuites por la froidure, S'a de rapine et d'avarice Chape forrée de malice.

(Fabl. ms., n* 7218, f* 224, v*, col. 2. Cité par Sainte-Palaye.)

REFUS, objet du refus :

Je pense mieux, valoir que le refus d'une autre. (La Gai. du Pal., m, 5.)

Erixe, ma captive, Erixe, cette reine

Qui des Gétuliens naquit la souveraine,

Eut aussi bien que moi des yeux pour ses vertus,

Et trouva de la gloire à choisir mon refus. (Sophon., î, 2.)

Est-ce vous offenser que m'offrir vos refus,

Et vous doit-il un cœur dont vous ne voulez plus? (Tite et Bér., m, 2.)

Elle a trop d'un amant, et si sa flamme heureuse

Me renvoyoit celui dont elle ne veut plus,

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