‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 588 sur 743 · RESSAISIR. — RESSENTIMENT · texte numérisé non relu

RESSAISIR. — RESSENTIMENT

Racine a dit aussi, dans Britannicus, à l'imitation de Corneille:

Quoi ! vous à qui Néron doit le jour qu'il respire. (Acte i, se. 1.)

— respirer, fig., souhaiter avec ardeur, respirer la mort de quelqu'un :

On m'en vent plus qu'à vous ; c'est ma mort qu'ils respirent.

C'est contre mon pouvoir que les traîtres conspirent. {Pomp., îv, 6.)

Selon Lacurne de Sainte-Palaye, la locution respirer le sang, la vengeance, semble être venue de ces paroles de l'Écriture sainte appliquées à saint Paul : Spirans erat cœdis et minarum in discipmlos.

RESSAISIR, avec un nom de chose pour sujet, faire reprendre :

Mais d'ailleurs toutefois n'attendez rien de moi,

S'il faut prendre congé de Creuse et du roi :

L'objet de votre amour et de sa jalousie

De toutes ses fureurs Yauroit tôt ressaisie, (M éd., m, 2.)

— se ressaisir de, se rendre de nouveau maître de :

Je vous demande donc sûreté tout entière

Contre la violence et contre la prière.

Si par l'une ou par l'autre il veut se ressaisir

De ce qu'il ne peut voir ailleurs sans déplaisir. {Sert., i, 3.)

— être ressaisi de, être rentré en possession de :

Par là de nos trois cœurs l'amitié ressaisie

En déracineroit et haine et jalousie. (CM., u, 4. )

Et, puisque de sa foi vous êtes ressaisie,

Faites cesser l'aigreur de votre jalousie. [laid., v, 3.)

é RESSENTIMENT, sentiment de reconnaissance, souvenir reconnaissant :

Reçois avec les vœux de mon obéissance

Ces vers précipités par ma reconnoissance.

L'impatient transport de mon ressentiment

N'a pu pour les polir m'accorder un moment.

{Pots du/., Remerciement à Mazarin) L'honneur imprévu de votre présence est pour moi une rencontre si favorable, que je ne puis vous en dissimuler mon ressentiment. (Boss., Pan. de S, Gorgon.) — J'ai fait dire à mes yeux, aussi bien qu'à ma bouche, le désespoir de mon amour; j'ai poussé à ses pieds des soupirs languissants; j'ai même répandu des larmes; mais tout cela inutilement ; et je n'ai point connu qu'elle ait dans l'âme aucun ressentiment de mon ardeur. (Mol., Les Amants magnif., i, 2.) — M. de la Chambre dit à madame la marquise de Sablé : Quoy, j'aurois perdu le souvenir et le ressentiment de toutes les boutez que vous m'avez témoignées? (Bouh., Rem. nouv. sur la long, franc., p. 267.) — Je ne puis vous exprimer, madame, tout le ressentiment que j'ai de vos bontés. (Le Sage, Crispin, se. 5.)

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