‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 589 sur 743 · RESSENTIR. — RESTE · texte numérisé non relu

RESSENTIR. — RESTE

RESSENTIR (se), témoigner son ressentiment :

Malgré notre amitié je m'en dois ressentir. (Suite du Vent., y, 5.)

Les dieux qui tôt ou tard savent se ressentir.

Dédaignent de répondre à qui les fait mentir. (0£d., i, 5.)

Gaston de France, duc d'Orléans, frère de Louis XIII, lassé de l'exil volontaire qu'il s'étoit imposé à Bruxelles à la suite de l'exécution du duc de Montmorency, dont il n'avoit pu obtenir la grâce, témoigna vouloir s'en ressentir et rentrer encore une fois en France à main armée. (Blém.de Campion, ann. 1634.}— Ils se persuad oient que s'ils ponvoient une fois perdre Ximenés , ils Tiendraient facilement à bout de Ferdinand, et se tireraient de l'obéissance d'un Maître qu'ils haïssoient secrètement,' parce qu'ils l'a voient offensé, et qu'Us le voyoient en état de s'en ressentir. (Flbch., Hist. de Ximenès, ni.) — Le célèbre visir Achmet Couprougli... avait traité le fils d'un ambassadeur de France avec outrage, et ayant poussé la brutalité jusqu'à le frapper, l'avait envoyé en prison, sans que Louis XIV, tout fier qu'il était, s'en fût autrement ressenti qu'en envoyant ma autre ministre à la Porte. (Volt., iiist. de Pierre le Grand, 2e p., c. i.)

RESSERRER, renfermer dans une limite moins étendue, en parlant de temps et de lieu :

La nécessité indispensable de les réduire dans la règle nous force d'en resserrer les temps et les lieux. [Exam de Sert.)

— resserrer a, restreindre dans les limites de :

Pour l'unité de lieu et d'action, ce sont deux règles* que j'observe inviolablement; mais j'interprète la dernière À ma mode; et la première, tantôt je la resserre à la seule grandeur du théâtre, et tantôt je l'étends jusqu'à toute une ville. (La Veuve, Au lect.)

— resserrer, rendre moins large, moins strict, en parlant de règles :

Voici une seconde partie des pièces de théâtre un peu plus supportables que celles de la première. Elles sont toutes assez régulières, avec cette différence, toutefois, que les règles sont observées avec plus de sévérité dans les unes que dam les autres; car il y en a qu'on peut élaigir et resserrer, selon que les incidents da poème le peuvent souffrir. (Aver't. au Ucteur de la seconde partie des Œuvres de P. Corn.)

RESSUSCITER quelqu'un, au sens moral, comme lui rendre la

vie :

Enfin, par ce dessein vous me ressuscitez. (La PL Roy., m, 6.)

RESTE, un reste d'esclavage, pour dire un ancien esclave :

Du moins de votre gloire ayez un soin égal,

Et ne me préférez qu'un illustre rival.

J'en mourrai de douleur, mais j'en mourrais de rage,

Si vous me préfériez un reste d'esclavage. [Oth.f tv, 1.)

RETATER. — RETENIR. 283

— reste, avec le singulier, comme restes, reliques :

0 vous, à ma douleur objet terrible et tendre,

Éternel entretien de haine et de pitié,

Besie du grand Pompée, écoutez sa moitié. {Pornp., v, 1.)

Je jure donc par vous, d pitoyable reste,

Ma divinité seule après ce coup funeste,

Par vous, qui seul ici pouvez me soulager,

De n'éteindre jamais l'ardeur de le venger. [làkL)

— reste, avec le plur. Emploi très-poétique au fig. :

Et n'ai pu faire moins que de tout exposer

Pour vous revoir encor, et vous désabuser.

J'ai laissé hasarder à cette digne envie

Les restes languissants et une importune vie,

A qui l'ennui mortel d'être éloigné de vous

Sembloit à tous moments porter les derniers coups. {OEd., iv, 5.)

— les restes d'un rival, pour désigner la possession d'une Jammft qui a appartenu à un autre homme :

Dans l'âme il hait Félix et dédaigne Pauline,

Et, s'il l'aima jadis, il estime aujourd'hui

Les restes d'un rival trop indignes de lui. {Pol.t v, 1.)

RETATER, retoucher, traiter de nouveau :

La Sophenuàe de Mairet a des endroits inimitables, et qu'il seroit dangereux de relater après lui. {Exam. de Sophon.)

On a dit d'une manière analogue :

Mes ouvrages, il s'en faut tant qu'ils me rient, qu'autant de fois que je les reuuie, autant de fois je m'en despite. (Montaigne, Ess,% u, 17.)

RETENIR de, empêcher de :

Qui vous rend votre femme et m'arrache à ma perte,

Qui vous a retenu d'en prononcer l'arrêt. (flicom., iv, 2.)

Vous-même êtes- vous sûr que ce nœud la retienne

D'ajouter, s'il le faut, votre perte à la mienne? (Oth., n, 1.)

Ne nous restant plus rien qui nous retienne de partir. (Lett. miss, de Henri IV, U it, p. 240.) — L'appréhension qu'ils avoient de nostre division les retenoU de me favoriser contre l'insolence des Espagnols. Jbid., p. 407.) — La crainte ne le retint point de déclamer contre le cardinal. (La Rochep., Mém., Guerre de Paris.) — L'union de ces puissances étoit un gage si solide de la tranquilité du royaume, qu'elle donnoit trop de confiance aux ministres, et ne retenoit point Emery, surintendant des finances, de faire de grandes levées de deniers. (ld., ibid.)— Cette considération ne m'a jamais retenu de faire ce que j'ai cru bon et utile. J.-J. Rouas., Lett., à M. Moultou, 25 avr. 1762.)

— retenir que... ne..., empêcher de, faire éviter la faute ou le malheur de :

Et le retiennent qu'il n'y fonde

Ou son amour ou son espoir. {Imit.y i, 12, éd. 1651.)

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