‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 619 sur 743 · SOUDAIN. — SOUFFRIR · texte numérisé non relu

SOUDAIN. — SOUFFRIR

Peu soigneuse de toy, court sus les claires eaux, Par les prez bien fleuris, sur les frais arbrisseaux.

(J. Baïf, Êglogues, xu, Brin on, Œuv., t. u, f»4, r.j

SOUDAIN que, tout aussitôt que :

Soudain qu'elle m'a vu, Ces mots ont éclaté d'un transport imprévu. (La Veuve, iv, 1 )

Cette locution conjonctive, qui n'a pas d'équivalent aussi énergique en français, était autrefois d'un usage aussi fréquent qu'heureux. On disait également soudain que et tout soudain que:

Tout soudain qu'il en eut aval lé une cueillerée, luy vint tel escbauffement de gorge avecques ulcération de la luette, que la langue luy pela. (Rabel., n, 8.) Ce que je sens la langue ne refuse

Vous découvrir quand suis de vous absent,

Mais tout soudain que prés de moy vous sens Elle devient et muette et confuse. (De Bellay, L'Olive, xxviu.)

Soudain que les jeunes gens s'étoient frottez à sa robbe (de Ronsard), ils se faisaient accroire d'être devenus poètes. (Pasq., Rech. de la France, vu, 6.) — Sondai* que cette défaite est advenue, ils se sont présentez au roy. (Id., Leu.* xi, 15.) — U vaut donc mieux que je rentre dedans et tienne l'buys entrouvert, pour la former soudain que j'entendray quelqu'un. (Larivey, Le Morf.. ut 1.) — Soudan que je fus en mon cabinet, je me mis à prier Dieu que... (Marguerite de Valois. Ulém., t. i, 157-2.) — Soubdain que j'ay eu résolu ce que je deviendray, je vous ay depeschê ce courrier pour vous dire que jeudy, pour le plus fard, je partiraj de Rennes pour nous acheminer vers la grande cité. [Lett. miss, de Henri If, t. iv, p. 983, 8 mai 1598.) — Le naturel du François est si inquiet, si insolent, si ambitieux, si entreprenant et si insatiable, que soudain qu'il a donné un coup de bonnet aux ministres, incontinent après qu'il leur a parlé , qu'il leur a dit ou fait dire qu'il étoit leur serviteur, il en veut être payé. (Nacdê, Le Mascurai, p. 500.) — Soudain qu'elle eut ce présent, elle y serra avec joie ses plus précieux bijoux. (Furet., Le Roman bourg.)

On a dit aussi soudain après que :

Soudain après que ces gens de bien eurent dépesebé leurs deux ambassade* vers les Espagnols et les Napolitains, ils s'acheminèrent à l'exécution de leur entreprise. (Pasquier, Leil., xvu, 2.)

Et, d'une manière analogue, sans que, comme on dit aussitôt :

Gargantua, qui estoit issu de Paris, soubdain les lettres de son père leues, sv sa grande jument venant, avoit jà passé le pont de la Nonnain. (Rabbl., i, 34.)

SOUFFLET, donner un soufflet a l'art, avec un nom de chose pour sujet :

Et qu'une faible pointe à la fin d'un couplet

En dépit de Pbébus donne à Cari un soufflet. (Excuses à Ârisu.

SOUFFRIR, fig. souffrir a quelqu'un de, lui permettre de :

Souffre-moi toutefois de tâcher à por traire

D un roi tout merveilleux l'incomparable frère.

(Les Victoires du roi en 1667.)

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