TANT
Par un chemin caché je veux monter là-haut; Mais tandis fais semblant d'y donner un assaut.
(Montfleurt, La Mort d'Asdrubal, iv, 5.)
Vaugelas et Ménage proscrivirent remploi de tandis, adverbe. « M. de Vaugelas a décidé , dit Ménage, que tandis ne se devoit jamais ni dire ni écrire qu'il ne fût suivi de que; comme : tandis que vous ferez cela, je ferai telle chose. Et il soutient que c'est trèsmal dit : faites cela, et tandis je me reposerai. Sa décision est contraire à cet endroit de Malherhe : Tandis la nuit s'en va; ses lumières s'éteignent; et à cet article de Ronsard [Ode x, 1. i) :
Tandis l'ignorance arma L'aveugle fureur des princes.
« Mais sa doctrine est bonne et saine. » [Obs. sur la langue fr., 1rep.,C. 327.)
Voltaire , à propos du vers des Horaces, a fait cette remarque juste :
• Tandis, sans un que, est absolument proscrit, et n'est plus permis que dans une espèce de style burlesque et naïf, qu'on nomme marotique : « Tandis la perdrix vire. »
Cette forme de langage s'est longtemps conservée dans les classes illettrées. On lit dans la Liste alphabétique des anciens termes qui se trouvent dans les œuvres de Clément Marot (édit. de La Haye, 4731) : « Tandis, en tandis, pendant ce temps-là. Terme encore d'usage parmi le peuple de quelques provinces. » Il n'est pas encore tout à fait tombé en désuétude dans la campagne.
TANT, pour autant :
Je ne puis dire tant de bien de cette pièce que de la précédente. [Examen de la Place Royale.)
— tant que, jusqu'à ce que :
Tout mon bien est encor dedans l'incertitude :
Je n'en conçois l'espoir qu'avec inquiétude;
Et je craindrai toujours d'avoir trop prétendu,
Tant que de cet espoir vous m'ayez répondu. (Sert., i, 3.)
Encore une locution reprochée au grand poète par son commentateur :
« Tant que de cet espoir vous m'ayez répondu.
« On ne répond point d'un espoir, on répond d'une personne, d'un événement, dit Voltaire. Tant que, n'est pas ici français en ce sens. »