TANT
Il était très-français au dix-septième siècle, comme il l'avait été antérieurement, et Corneille a pu l'employer plusieurs fois, avant et après Sertorius. Notre poète a encore dit dans le même sens :
Différez pour le mieux un peu cetle visite,
Tant que, mattre absolu de votre jugement,
Vous soyez en état de faire un compliment. (Mil., v,2.;
Ainsi nos feux secrets n'avoient point de jaloux,
Tant que leur sainte ardeur, plus forte devenue,
Voulût un peu de mal à tant de retenue.
(C/tf., v, 2, 1"* édit. jusqu'en 1644 inclus.)
Réglons sur son humeur toutes nos actions ;
Réglons tous nos desseins sur ses intentions,
Tant que par la douleur d'une longue hantise
Comme insensiblement elle se trouve prise. (La Veuve, i, 1.)
Cependant pour ce soir ne me refusez pas
L'heur de vous voir ici prendre un mauvais repas,
Afin qu'à ce qui reste ensemble on se prépare,
Tant qu'un mystère saint deux à deux nous sépare. (laid., v, 10.
Adieu. Je vais traîner une mourante vie,
Tant que par ta poursuite elle me soit ravie. {Le Cad, m, 4.)
Sans cesse je veux Jusqu'au ciel, jusqu'à toi pousser mes humbles vœux, Tant que ma triste voix enfin mieux entendue, Tant que ta grâce enfin à mes soupirs rendue Tu daignes... (Imit., n, 21.)
L'Académie, dans ses Sentiments sur le Cid> a aussi critiqué un emploi semblable :
« Et veux tant que j'expire.
« Cela n'est pas françois, pour dire jusqu'à tant que j'expire. »
Les vers blâmés ici sont de l'acte m, se. 4. Dans ce même examen, le rédacteur de l'Académie a employé l'acception taxée par lui de n'être pas française :
« Tant qu'il (Scudéry) ait prouvé que le sujet du Cid est trop diffus pour n'embarrasser pas la mémoire, nous n'estimons point qu'il pèche en excès de grandeur, pour avoir ramassé en un seul jour les actions de plusieurs années, s'il est vraisemblable qu'elles puissent être avenues en un jour. »
Tant que ne signifie-t-il pas dans cette phrase jusqu'à ce que, jusqu'à tant que, exactement comme dans Corneille ?
Du reste, ainsi que nous l'avons dit, cette locution se trouve employée, en prose comme en vers, au seizième et au dixseptième siècle :
Ne me retire encor en ma blanche vieillesse,
TAPABORD. — TARDER. 344
Tant que j'aie achevé d'élever ta hautesse
Aux siècles à venir. (D'Aubignb, Bist. univ., Append.)
La charité se nourrit et s'élève pins sûrement, quand elle est comme gardée
par la crainte. C'est ainsi qu'elle se fortifie, tant qu'enfin elle soit capable de se
soutenir par elle-même. (Boss., Fragm. sur diverses matières de conirov., 3a frag.)
— tant, employé devant un adverbe, comme si :
Tu ne fais pas tant mal. (La Veuve, iv, 8.)
Tout le monde a longtemps parlé ainsi :
En vérité, monsieur, cela n'est pas tant mal pour des inquisiteurs qui ne font encore que commencer. (Le Maistre, Leti. d'un Avoc. au pari. , etc.) — Vous, à qui la mort mesme , de tant prés que vous l'ayez veuë , n'a jamais pu faire peur. (Toiture, Lett., xxxv.) — Le souverain qui quitte tant peu que ce soit de son authorité, gaste tout. (Charr., La Sag., m, 3.)
De même devant un adjectif :
Tant sage qu'il voudra, mais enfin c'est un homme. (Montaigne, Ess., u, 2.) — L'on vient bien et fait-on bien son effet sans cette ardeur, et cette tant grande contention de volonté. (Charr., La Sag., u, 2.) — Voilà, monsieur, l'histoire exacte de ce tant célèbre pèlerinage qui court déjà les quatre coins de la France. (J.-J. Rouss., Lett., à M. L. C. D. L., 10 octobre 1769.J
Qilelques-uns de nos romantiques ont essayé de remettre à la mode l'emploi de tant devant un adjectif.
— en tant que, comme autant que :
Je ne la fais amoureuse que par ambition, et en sorte qu'elle semble n'avoir point d'amour, qu'en tant qu'il peut servir à sa grandeur. (Exam. de Pompée.)
TAPABORD, coiffure ancienne que le Dictionnaire de Richelet, 4680, définit ainsi:
« C'est une sorte de bonnet à l'anglaise qui était fort commode et qu'on portait sur mer, il y a environ 52 ou 53 ans. On dit qu'on portait des tapabords au dernier siège de La Rochelle, au moins M. Bouillaud , qui était alors dans sa verte jeunesse , me l'a assuré. »
Il est temps d'avancer, baissons le tapabord. (La Veuve, m, 9.)
TARDER , s'arrêter, faire un séjour prolongé, séjourner :
Comme Félix craignoit ce favori, qu'il croyoit irrité du mariage de sa fille, il étoit bien aise de lui donner le moins d'occasion de tardtr qu'il lui éloit possible, et de tâcher, durant son peu de séjour, à gagner son esprit par une prompte complaisance. (Exam. de Polyeucte.) — D'où Ton peut tirer une conséquence infaillible , que si le plus jeune des deux frères étoit en âge de se marier quand César partit d'Egypte, l'atné en étoit capable quand il y arriva, puisqu'il n'y tarda pas plus d'un an. (Exam. de Pompée.)