‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 705 sur 743 · ARRÊT. — ASSURER (S · texte numérisé non relu

ARRÊT. — ASSURER (S

ARRÊT, chose qui arrête.

Ajouter :

Arrêt, pour signifier en général tout ce qui peut arrêter, retenir» soutenir, est ancien dans la langue :

Si va adoncques pour se seoir sur le perron ; mais il ne trouvast point d'arretf , si ra eheoir les jambes levées en un flos qui derrière luy estoit. {Perceforesi. vol. n, f* 32, y, col. 2.)

Il s'est encore dit, au sens moral, pour signifier ce qui arrête, ce qui contient :

Le repentir qu'on prévoit n'est-il pas naturellement un frein au désir et un arrêt à la volonté? (Boss., 2* Serm. pour le 2* dm. de C A vent, m.)

ARRÊTER, neutr., comme s'arrêter.

On a dit très-longtemps avant Corneille :

Hz n'y arrêtèrent que deux jours ou environ. (J. Chartibr, Chroniq. de Char- U$ VII, e. 151.)— Toulesfois, pour l'amour qu'il avoit à son dict neveu , il arretia M lieu de Chalon. (Oliv. de La Marche, Aflm., î, 21.)

Et dans un autre sens, mais toujours neutralement :

Us avoient esté bien un mois sans pain, et ne mangeoient seulement que chair de cheval, qui est une chose peu ou point nourrissante : et falloit que ceux qui en mangeoient aUassent deux ou trois heures après à la selle, ei comme en rien cette nourriture ne pouvoit arrester au corps d'une personne. (Jov. des Ursins, Hist. de Ourles F/, 1420.)

ARTIFICIEUX , en parlant de choses littéraires , qui renferme de l'art.

Ajouter cet exemple, d'une époque antérieure à celle où Corneille écrivit ses Discours sur l'Art dramatique :

L'hyperbole de Pharaon en. ces mots : Quoy doneques de F univers, etc., est un excès artificieux, et je l'ay fait parler ainsi à dessein, comme un fou et un arrogant qu'il estoit. (St-Amant, Lett. à Bochart, 5 mars 1654.)

ASSURER (s') a, mettre sa confiance dans :

A ce nouveau parti l'âme les prit au mot, Et $' assurant bien plus au rabot qu'à la rime. Elle entra dans le corps de matire Adam Billaut.

{Poés. dit;., à M. A. Billaut. Sonnet sur tes chevilles.)

S'assurer à était d'un usage fréquent au dix-septième siècle, avec diverses nuances de signification :

L'amant qui voit pour lui franchir un tel obstacle Doit-il impunément douter de cet oracle ?

Ui AUPARAVANT. — AVANT.

Et n'est-il pas coupable en ne s assurant pas

À ce qu'on ne dit point qu'après de grands combats?

(Mol., Le Misantk., îv, 3.

Quand d'une égale ardeur l'un pour l'autre on soupire, Et que de la contrainte ayant banni les loix

On se peut assurer au silence des bois. (La Fort., Adonis.)

Faites tout ce que vous pouvez de votre côté, et assurez-vous à ma foi de princesse que je n'oublierai rien du mien. iSaxdral, La France galante, Amours de Mademoiselle.)

L'élégant Racine a dit lui-même :

Mais je rn assure encore aux bontés de son frère. [Bajai., n, 1.)

«c On dit je m'assure dans vos bontés, et non pas je m'assure à vos bontés, * observe La Harpe [Lyc, liv. I, ch. m, sect. 4), en faisant, à l'exemple de Voltaire, une critique exclusive et étroite, juste seulement au point de vue du dix-huitième siècle.

AUPARAVANT, employé avec un régime.

Ajouter :

Cette manière de parler, dont nous avons cité de nombreux exemples justifiant celui de Corneille, fut proscrite, non à tort, vers la fin du dix-septième siècle. A propos de la Remarque CCCCXLVIII de Vaugelas, Th. Corneille dit :

« Non-seulement auparavant lui et auparavant que vous soyez venu ne sont point du bel usage, mais ce sont des fautes contre la langue. Il faut dire avant lut et avant que vous soyez venu, auparavant ne pouvant être qu'adverbe. »

AVANCER, dans le sens de rendre plus prochain, ou de causer. Nous avons cité cette locution de Corneille :

Vous avancez ma mort... (La Gai. du Po/.f u, 8.)

On en rencontre des exemples semblables ou analogues :

Tu luy avanceras sa mort

Par ton orgueil, ingratitude.

(Moralité de charité, Ancien Théâtre français, t. m, p. S56.J Vous voulez que je meure, bé bien, il faut mourir, J'y consens, et croirai mon sort digne d'envie Si ma mort avancée assure votre vie. (T. Corn., Pers. et Démétr., u, 3.)

AVANT que, elliptique.

Ajouter cet exemple :

11 éteindra ma vie avant que mon amour. (Œd., i, *•)

C'est-à-dire : il 'éteindra ma vie avant que d'éteindre mon amour.

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