AVIS
Incontestablement, cette phrase est lourde, et il est préférable d'employer simplement la préposition, comme dans cet exemple :
Je suis discret, Et Ton aura ma vie avant votre secret. (T. Cohh., Darius, n, 5.)
Du reste , — et Sainte-Palaye Ta déjà constaté , — l'emploi d'avant que pour avant, suivi d'un substantif ou d'un mot équivalent, est fréquent dans l'ancienne langue. On trouve :
Avant que li, pour avant lui. [Vie cTIsab., à la sqite de Joinv., p. 474.) — Avant que sa femme, pour avant sa femme. [Ord. des Rais de Fr., t. I, p. 422.) — Avant que moy, pour avant moi. (J. Marot, Poes., p. 245.)
J. de Meung, faisant le portrait d'une jeune et jolie personne,
dit:
Les yeulx doulorez et faictx Qui ryoient tousjours avant Que sa bouche, le plus souvent.
(Jehan de Meung, Le Roman de ta Rote, v. 8601.)
— Corneille a dit encore, et toujours d'une manière peu poétique :
Avant que sur Creuse ils agiroient sur moi. [Méd.t îv, 2.)
— ayant, adv. s'expliquer plus avant, pousser plus loin les explications.
Nous avons cité cet exemple de Corneille :
Et lai revu souvent Sans nous être tous deux expliqués plus avant. {Œd., îv, 4.)
Un de nos vieux auteurs de comédies populaires a dit d'une manière analogue :
Nous en parlerons plus avant. (Farce de Guillerme,)
On dirait aujourd'hui, plus au long; mais la locution en parler plus avant, c'est-à-dire plus à fond, est en soi excellente, comme la locution de Corneille, s'expliquer plus avant.
AVIS, opinion, prendre les avis de quelqu'un, comme prendre Vopinion, prendre la voix :
De Maxime et de toi j'ai pris les seuls avis,
Et ce sont, malgré lui, les tiens que j'ai suivis. (Cinna, v, 1.)
Cet emploi est excellent, mais assez rare; on dit plus habituellement, avec le singulier, prendre l'avis, prendre avis de..
m avis.
Cette locution est citée sans observation dans plusieurs dictionnaires ; si nous la répétons, c'est surtout pour avoir l'occasion de donner l'étymologie et d'expliquer le vrai sens du mot avis. On lit, dans le prétendu Dictionnaire national, signé du nom de M. Bescherelle :
« Avis, s. m. (Pr. a-vi et s devant une voyelle ou un h aspiré ; et. lat. barb. advUare, voir ; d'autres le font venir de l'italien aviso, opinion.) Ce qu'on a vu et qu'on a aperçu dans l'examen d'une question. Ce mot est aujourd'hui inusité dans cette acception. »
Le bas latin n'était pas nécessaire ici, et il fallait remonter plus haut que l'italien, qui, contrairement à une opinion encore trop répandue, est d'une formation bien postérieure au français.
Le mot avis vient de la préposition à, et du vieux mot français vis, signifiant vue, apparence, ce qu'on voit, ou ce qu'on croit voir. On a dit : Cette chose était à vis à l'assemblée, cou ert a vis à l'assanlée, mot à mot : cette chose était à vue à rassemblée, elle croyait la voir, etc.
Quant li rois vint, ço fu à vis Que tôt en branlast le pais.
(Rkn. de Bbaujeu, Li Biaus Desconneus, t. 5845, éd. Hipp.)
Et les ondes de la mer emportèrent la nef si haut que avis estoit qu'elle fust as nues et puis rechéoit aval. {Chron. de Ruins, c. vu.)— Et assemblèrent si grant ost qu'avis estoit que toute la terre deust croller dessous ans. (Ibid., c. xx.) — Et monstre Ion encore la fonteine auprès de laquelle il luy fut advis qu'il veit le satyre. (Amyot, Vies, Alex, le Grand.)
Cette locution, appliquée d'abord aux choses matérielles, s'est étendue ensuite aux choses morales ; bientôt, de deux mots l'on n'en a fait qu'un, et l'on a employé avis pour signifier la vue, l'idée qu'on avait d'une chose; d'où les acceptions modernes.
A l'appui de l'étymologic certaine que nous avons présentée, nous ajouterons qu'on disait : il lui est vis, vis li est; ce leur estoit vis, cou lor ert vis% comme ce lui esttavis, etc., pour signifier il lui semble, il leur semblait; quelquefois les deux formes se rencontraient dans la même phrase :
Cou eri a vis à l'assanlée.
Que la maisons soit alumée :
La terre tranle, vis torfu :
De la paor sont tout kaù.
(Floire et Blanceflor, édit. Du Mér., Append., v. 93.) Vis li est que la veie aloingne.
(Rbn. ds Bkaujeu, Li Biaus Descowuus, y. 3881, édit. Hipp.