‹ Lexique comparé de la langue de Corneille et de la langue du XVIIe siècle en généralChapitre 708 sur 743 · BROUILLER. — CAJOLER · texte numérisé non relu

BROUILLER. — CAJOLER

. BROUILLER, dans le sens de griffonner, écrire, composer à la hâte.

A l'exemple de Ronsard, ajouter celui-ci :

Contraint, ne brouille que des vers

Qui sentent l'air d'un poëtastre. (Tahdreau, Poés., à J. de Coyttier.)

BUTTE, fig., être la butte de, comme on dit, être en butte à : Avant l'exemple de Perrault, cité dans le Lexique, ajouter : On a dit de même avant et après Corneille :

Et moy, répliqua Célidée, je me plains, grande nymphe, à'estre la butte det importunitez de tous les deux. (D'Urfé, V Attirée, n, 1.) — Je suie la butte de l'ingratitude et de la mesconnoissance. (Id., Ibid., u, 2.)

CADÉDIOU, espèce de jurement gascon, par le cap, ou le chef de Dieu :

Cadédiou, ses valets feroient quelque insolence. (VIllus. com., m, 4.)

Cadédiou, comme cadédis, dont la signification est la même, est Un juron qu'on rencontre bien souvent dans nos anciennes comédies où figurent des Gascons.

CAJOLER, abs. cajoler avec, user de cajoleries envers :

Et je m'assure aussi tellement en ta foi,

Que bien que tout le jour il cajole avec toi,

Mon esprit te conserve une amitié si pure,

Que sans être jaloux je le vois et l'endure. [La Suiv., u, 8.)

Cajoler, employé absolument, n'est pas indiqué par les dictionnaires, mais se rencontre assez fréquemment dans les auteurs :

Il danse bien, il joue bien à toutes sortes de jeux, il s'habille bien, il chante bien, il cajole bien, il a bonne mine. (S. Fhanç. de Sales, Introd. à la vie dévoie.) —Cajoler tout le soir et fort tard, se lever à huit ou neuf heures, fréquenter les compagnies, parler beaucoup, jouer, rire, folâtrer, passer le temps, c'est le che-

CARACOL. — CARFOUR. 447

min large, plusieurs y entrent. (Le Jeune, Serin, choisis, vi.) — J'ai perdu mon temps à cajoler, à badiner, à folâtrer. (Id., ibid., xu, 3* part.)

Constance ne hait pas qu'on vante son éclat :

A son humeur ainsi la mienne s'accommode ;

Je cajole à propos, je badine à la mode.

(Mohtflkury, La Femme juge et partie, i, 3 )

Corneille se sert aussi, et même dans le style tragique, de cajoler, avec un régime direct :

L'amour vous est bien doux, et votre espoir tranquille

Qui vous fit consumer deux ans chez Hypsipile,

En consumeroit quatre avec plus de raison

A cajoler Médée, et gagner la Toison. (La Toit, dot, i, 5.)

Nicot, avec beaucoup de vraisemblance, fait venir le verbe cajoler de l'ancien mot geôle, et dit que par métaphore on le tire de ces preneurs d'oiseaux qui, au chant d'un oiseau enfermé au bas d'une cage à deux étages, attirent les autres dans le haut

et les v attrapent par le moven d'un trébuchet.

:■# La phrase suivante présente un excellent exemple de l'emploi des deux significations, la propre et la figurée :

A peine, dans ce délire universel, ai- je trouvé dans tout Paris quelqu'un qui ne s'avilît pas à cajoler fadement un homme qu'ils vouloient tromper, comme od cajole un oiseau niais qu'on veut prendre. (J.-J. Rousseau, Lcil, à M— ♦•*, 14 août 1772.)

CARACOL, subst. m., pour caracole, fém.

Ajouter :

Ce mot se trouve fréquemment employé au masculin en terme de guerre :

Monsieur de Bouillon n'ayant fait qu'une fausse charge (comme il dit depuis n'avoir dit autre chose à M. de Villars, et non une furieuse charge comme nous l'assurions), et un caracol pour reprendre le chemin de la retraite, etc. (Sully. CEcon. roy., i. il, p. 406.)

Les dictionnaires de Cotgrave et de Monet indiquent encore l'expression faire le caracol, pour dire charger l'ennemi en caracolant.

CARFOUR, pour carrefour.

Cette orthographe n'est pas particulière à Corneille. « Tout le monde, dit le frère du grand tragique, prononce car four, et non pis- carre four, et il y en a même qui l'écrivent en deux syllabes.» [Not. sur les Remarques de Vaugelas, CCCXII.)

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