CEPENDANT
CEPENDANT que, locution conjonctive, pour pendant que :
Ce Philandre est bien crédule de se persuader d'être aimé d'une personne qu'il n'a jamais entretenue, dont il ne connott point f écriture, et qui lui défend de l'ailer voir, cependant qu'elle reçoit les visites d'un autre. {Exam. de Mil)
Cependant que leurs rois engagés parmi nous,
Et quelque peu des leurs tout percés de nos oo#ps,
Disputent vaillamment et vendent bien leur vie. {Le Cid, iv, 3.)
L'auditeur aime à s'abandonner à l'action présente, et à n'être point obligé, pour l'intelligence de ce qu'il voit, de réfléchir sur ce qu'il a déjà vu, et de fixer sa mémoire sur les premiers actes cependant que les derniers sont devant ses yeux. [Examen de Cinna.)
Cependant que Félix donne ordre au sacrifice,
Pourrai-je prendre un temps à dues veaux ai propice? (Po/., u, 1.)
Plus fidèle qu'à moi, tenez-lui mieux parole ;
J'en vais rougir pour vous cependant qu'il me vole. [Androm., v, 2.)
Corneille s'en sert encore plusieurs fois, notamment dans Ç&npée, i,1.
Il suffira de rappeler quelques exemples pour montrer que cette locution était employée par les écrivains les plus élégants du dix-septième siècle :
Cependant que le sort l'arrétoit sur la terre,
Tous ses vœux ne tendoient qu'à retourner aux cieux.
(Racan, Stances, Cons. à M. de Bellegarde.) Cependant que mon front au Caucase pareil, Non cornent d'arrêler les rayom du soleil.
Brave l'effort de la tempête. (La Font., Fab., î, 22.)
Néanmoins, les grammairiens en condamnèrent l'usage.
« Nous avons de très-beaux ouvrages, disait Th. Corneille, où cependant que est employé, c'est assurément une faute, et il faut dire, en vers aussi bien qu'en prose, pendant que je faisois, et non pas cependant que je faisois. » {Not. sur les Remarques de Vaugelas, CCXVI.)
Pendant que prévalut, mais cependant que ne fut pas tout à fait rejeté, et on en trouve des exemples jusque chez des poètes célèbres du dix-neuvième siècle :
Cependant que du Nil les montagnes altières,
Cachant cent royales poussières,
Du monde inutile fardeau, Du Temps et de la Mort attestent le passage, Et ne sont déjà plus à l'œil ému du sage
Que la ruine d'un tombeau. (Y. Hugo, Od., i, 6.)